Caroline Fourest : "Les 'Je ne suis pas Charlie' finiront comme tous les perdants de l'histoire"

Caroline Fourest : "Les 'Je ne suis pas Charlie' finiront comme tous les perdants de l'histoire"
L'essayiste Caroline Fourest le 5 octobre 2013 à Paris.

Orange avec AFP, publié le samedi 06 janvier 2018 à 19h30

Pour l'essayiste Caroline Fourest, l'expression "Je suis Charlie" n'a pas changé de sens en trois ans : "C'est un message très simple et très fédérateur : refuser qu'on puisse mourir pour avoir ri des intégristes ou parler de religion", explique-t-elle ce samedi 6 janvier au journal Libération.

"Dans 'Je suis Charlie', chacun est libre d'y lire un message plus ou moins ambitieux, du droit de dessiner sans mourir au droit revendiqué de blasphémer". Selon elle, "parmi les 'Je suis Charlie' est née une nouvelle génération prêt à défendre la laïcité et ses acquis".



"NOUS NE SOMMES PAS À ÉGALITÉ"

"Les 'Je ne suis pas Charlie' sont minoritaires et finiront comme tous les perdants de l'histoire. Je peux admettre que des jeunes se laissent manipuler et ne sachent pas faire la différence entre incitation à la haine raciste et critique des idées religieuses ou intégristes. Ce qui est beacoup plus grave, c'est qu'il ne sont pas seulement manipulés ou tirés vers le bas par des intégristes mais aussi par des experts, des universitaires et des intellectuels".



"Pour moi, les gens les plus dangereux ne sont pas les terroristes, mais ceux qui ont raconté partout que la France méritait ce qui lui arrivait, parce qu'elle était 'islamophobe', tout comme Charlie Hebdo". "Depuis le 11 janvier, on se sent moins seul et plus entendu", explique Caroline Fourest. "Mais d'un autre côté, il est bien plus dur de continuer à endurer les calomnies, la mauvaise foi et les procès d'intention en 'islamophobie' des réseaux anti-Charlie après ces massacres. D'autant que nous ne sommes pas à égalité. Il y a d'un côté ceux qui risquent la mort en parlant sur l'intégrisme, et de l'autre ceux qui ne risquent rien à cracher sur les laïques".

Trois ans après la mort de 12 personnes dans l'attentat contre l'hebdomadaire Charlie Hebdo, des centaines de militants de la liberté d'expression se sont réunis ce samedi 6 janvier aux Folies Bergères à Paris pour que vive "l'esprit Charlie". Un slogan remis en cause depuis 2015.

61% DES FRANÇAIS SE SENTENT ENCORE "CHARLIE"

Le 11 janvier 2015, plus de quatre millions de personnes étaient descendues dans les rues des grandes villes du pays, suivant souvent le mot d'ordre "Je suis Charlie", en défense de la liberté d'expression. Mais "depuis trois ans, l'unanimité de janvier 2015 s'est émoussée", a regretté samedi le président de la Licra, Mario Stasi.

"Nous sommes la majorité, chez nos concitoyens, à être toujours Charlie, je crois qu'il ne faut pas se laisser impressionner par ceux qui disent le contraire", a estimé Laurent Bouvet, cofondateur du Printemps républicain. Cet "esprit" s'érode cependant : selon un sondage de l'institut Ifop pour Europe 1, 61% des Français se sentent encore "Charlie", dix points de moins qu'en janvier 2016.



Cette journée "Toujours Charlie" était organisée aux Folies Bergère par le Printemps républicain, le Comité Laïcité République et la Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme (Licra). Ces trois organisations défendent une conception offensive de la laïcité, contre les "communautarismes" religieux et ethniques. Ce positionnement leur vaut de nombreux opposants, notamment à gauche, où certains dénoncent un combat "islamophobe". L'ancien Premier ministre, Manuel Valls, et la maire de Paris, Anne Hidalgo, étaient également présents.

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