Carnets de profs: les vacances, miroir des inégalités

Carnets de profs: les vacances, miroir des inégalités
Quelle place pour l'égalité fille-garçon sur les bancs des collèges? Et dans la cour de récréation? Chaque semaine, trois professeurs racontent à l'AFP leur expérience de terrain.

, publié le mercredi 31 mars 2021 à 07h45

Intercalées en principe toutes les six semaines dans le calendrier scolaire, les vacances, qui doivent consacrer un temps de repos et d'ouverture, constituent en fait un miroir des inégalités entre élèves, racontent des professeurs à l'AFP.

Pour leurs quatorzièmes "carnets de profs", ces trois correspondants réguliers de l'AFP, enseignants en collège public REP+ ou en zone rurale, soulignent également que le dispositif des "vacances apprenantes", qui prolonge l'ouverture des établissements et offre des séjours en colonies de vacances, devrait être élargi.

- "Leurs horizons ne sont pas très larges" -

Camille, 39 ans, professeure d'histoire-géographie dans un collège classé REP+ d'une petite ville des Yvelines:

"Pendant les vacances, mes élèves restent soit dans leur cité, soit ils partent au +bled+. Le coût des billets étant élevé, il est rare qu'ils puissent y aller tous les ans. Je ne suis pas sûre qu'ils découvrent beaucoup le pays dans lequel ils vont lorsqu'ils rentrent voir leurs familles. Leurs horizons ne sont donc pas très larges.

Visiter un musée, aller au bord de la mer, faire du piano... Toutes ces activités non scolaires sont également très éducatives et permettent une ouverture sur le monde. Mes élèves n'y ont accès que par le biais de l'école.

Mon collège ouvre une semaine sur les vacances de février et de printemps. Le matin est consacré au soutien scolaire et des activités sportives ou manuelles et des sorties à la piscine par exemple sont organisées. Je pense qu'il faudrait élargir ce genre de mesures."

- "Immersion dans une autre langue" -

Céline, professeure d'histoire-géographie dans un collège classé REP+ d'une ville moyenne du Haut-Rhin:

"Certains vont voir leur famille dans les pays d'origine des parents. Pas tous, mais ce n'est pas rare. Cela leur permet de se mettre à un certain niveau de langue, ils sont en immersion dans une autre langue, même si ce n'est pas forcément une langue scolaire. Ils ne vont pas améliorer leur moyenne en allemand parce qu'ils sont allés passer l'été en Turquie.

Les vacances creusent-elles les inégalités entre élèves? Celui qui pendant les vacances retourne dans le pays d'origine de sa famille ou s'inscrit dans un centre aéré c'est très bien, il y a une ouverture culturelle, sportive. C'est positif. Mais il y en a qui ne font rien de l'été, c'est compliqué.

Le dispositif vacances apprenantes? Les activités proposées dépendent vraiment des profs qui s'inscrivent. C'est intéressant pour le français et les maths, mais ma matière se prête moins à ça."

- "Je me rends compte..." -

Philippe, 54 ans, enseigne l'histoire-géographie dans un village du Puy-de-Dôme:

"Je ne crois pas qu'il y ait un calendrier idéal, d'autant plus que d'autres intérêts viennent s'en mêler, particulièrement l'économie du tourisme. Dans l'année, j'apprécie assez le rythme de sept semaines travaillées suivies de deux semaines de congés.

Je consacre une partie de mes vacances, principalement les intermédiaires, à mon métier aussi bien pour préparer/modifier des séances de cours que pour corriger des évaluations.

Sans vouloir faire parler mes élèves de leurs vacances, je me rends compte de ceux qui ont des occupations plus enrichissantes, plus variées par rapport à ceux qui vont être davantage dans une routine. Par conséquent, les vacances marquent les inégalités sociales et économiques entre mes élèves.

Le dispositif vacances apprenantes? Je ne pense pas que cela puisse être étendu car les enseignants, moi y compris, tiennent à leurs vacances jusqu'à la réunion de pré-rentrée. Ce dispositif à petite échelle est probablement utile pour une remise en route progressive des apprentissages quand la coupure estivale marque une vraie rupture."

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