"Carnets de profs": en REP+ ou en milieu rural, "jamais de tensions fortes" avec les parents

"Carnets de profs": en REP+ ou en milieu rural, "jamais de tensions fortes" avec les parents
Quelle place pour l'égalité fille-garçon sur les bancs des collèges? Et dans la cour de récréation? Chaque semaine, trois professeurs racontent à l'AFP leur expérience de terrain.
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, publié le mercredi 10 mars 2021 à 08h10

Quelle place donner à la famille au collège? A l'automne dernier, après l'assassinat du professeur Samuel Paty dans les Yvelines, de nombreux enseignants ont fait part d'une pression grandissante des parents d'élèves sur leur travail.

Les trois correspondants réguliers de l'AFP, professeurs en collège REP+ et en zone rurale, décrivent plutôt des relations apaisées avec les parents de leurs élèves et souhaiteraient même les voir davantage présents.

- "Jamais de tensions fortes" -

Céline, professeure d'histoire-géographie dans un collège REP+ d'une ville moyenne du Haut-Rhin:

"Je n'ai jamais été dans un établissement avec une population très favorisée mais des amis, dans ce type d'établissements, me racontent avoir affaire parfois à des parents extrêmement tatillons. Ils montrent une forme d'angoisse par rapport à l'école et à la réussite de leur enfant.

En ce qui me concerne, c'est ma 21e année d'enseignement et je n'ai jamais eu de tensions fortes avec des parents d'élèves.

Ces derniers ont vraiment à cœur de mettre l'intérêt de leur enfant en avant, font ça avec beaucoup de sérieux, de disponibilité, d'intelligence, d'humour. C'est toujours intéressant de discuter avec eux.

J'ai juste une anecdote, il y a longtemps. Une maman avait contesté que j'enlève un point de présentation à son fils, qui était dyslexique. Il avait rendu une copie avec beaucoup de ratures.

La maman était allée jusqu'à rencontrer l'infirmière scolaire pour faire pression. Je l'avais reçue gentiment et lui avais dit: +OK, à partir de maintenant c'est vous qui allez faire l'évaluation de votre fils+. Elle était gênée mais je n'avais pas cédé.

La fois d'après, son fils avait rendu une copie très propre. J'avais demandé à revoir sa mère et je lui avais montré la copie: +Vous voyez, en enlevant un point une fois de temps en temps, ça fait progresser votre fils+."

- Des parents qui "n'osent pas" - 

Camille, 39 ans, professeure d'histoire-géographie dans un collège classé REP+ d'une petite ville des Yvelines:

"Les parents d'élèves sont assez absents en Rep+ et les associations de parents d'élèves n'existent pas vraiment. Nous le regrettons et proposons des réunions sur des thématiques différentes pour les faire venir au collège.

Je ne pense pas qu'ils ne soient pas concernés, plutôt qu'ils n'osent pas. Les objectifs du primaire sont plus clairs à saisir, le collège reste plus mystérieux et leurs enfants sont devenus adolescents.

Ils ont aussi une grande confiance dans l'institution. Et c'est d'une certaine manière, une petite victoire pour nous.

Les sujets de crispation peuvent porter sur les questions d'orientation mais je n'ai jamais rencontré de parents qui n'étaient pas à l'écoute. Très souvent, les parents de mes élèves envisagent le meilleur comme une entrée au lycée général.

Une mère d'élève m'a dit vouloir un métier +propre+ pour son fils. Après discussion, j'ai fini par comprendre que cette maman souhaitait un métier propre pour son enfant au sens propre, c'est-à-dire un métier de bureau, dans lequel il ne salirait pas ses vêtements.

D'autres parents ne sont pas allés au lycée général et le regrettent. Ils veulent offrir cet avenir à leurs enfants."

- "Deux rencontres par an" -

Philippe, 54 ans, enseigne l'histoire-géographie dans un village du Puy-de-Dôme:

"Dans mon établissement, nous avons l'habitude d'organiser deux rencontres avec les parents d'élèves par année scolaire. A ma connaissance, cela nous distingue d'autres collèges. Quand il m'est arrivé d'en discuter avec des collègues d'autres établissements, cela les a même surpris.

Certaines rencontres sont plus faciles que d'autres et il m'est arrivé d'avoir des échanges un peu plus tendus. Parfois, le constat fait par le professeur peut être vécu comme une intrusion dans l'éducation donnée par la famille.

Malgré ma présence de trois décennies dans le même collège, je ne sais pas si les attentes des parents d'élèves ont beaucoup changé.

Ce que je constate néanmoins, c'est la montée de parents un peu démunis face à l'environnement de leur enfant. L'envahissement des appareils électroniques, surtout le téléphone portable, pose des problèmes. Ce sujet prend un peu la suite de la place du téléviseur dans la chambre des adolescents que des parents m'évoquaient il y a quinze-vingt ans."

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