Cancer : le retrait du rein n'est plus automatique

Cancer : le retrait du rein n'est plus automatique
Cette année, le professeur Arnaud Méjean, chef du service urologie de l'hôpital européen Georges-Pompidou, à Paris, est mis à l'honneur du congrès de cancérologie de Chicago

leparisien.fr, publié le dimanche 03 juin 2018 à 19h12

Un médecin français est au centre du congrès de cancérologie de Chicago. Il démontre que des patients atteints d'un cancer du rein avec des métastases peuvent préserver leur organe, gagnant ainsi en qualité de vie.

En France, le cancer du rein touche chaque année 13 000 personnes, dont 20 % qui présentent, dès le début, des métastases. Pour celles-ci, c'était jusqu'à présent la double peine. Car la découverte de la maladie signifiait également néphrectomie. En d'autres termes, l'ablation de l'organe qui filtre les déchets du corps. « Dans ce type de cas, c'est une opération souvent lourde, faite sous anesthésie générale, avec plusieurs semaines à l'hôpital et un risque de complications », note le professeur Arnaud Méjean.

Mais cela, c'était avant l'espoir suscité par l'étude Carmena qu'a menée le chef du service urologie de l'hôpital européen Georges-Pompidou, à Paris (AP-HP). Les conclusions, sur 450 malades suivis entre 2009 et 2017, sont claires : non seulement un traitement médical seul par thérapie ciblée (le Sunitinib) est aussi efficace que l'actuelle combinaison chirurgie plus thérapie ciblée, mais la survie globale moyenne est même plus importante dans le premier cas. 18,4 mois contre 13,9 dans le second.

Vers une meilleure prise en charge du cancer

« La question était : est-il toujours utile d'opérer avant de commencer le traitement, reprend le médecin. La réponse est non, pas toujours. Cela clarifie les choses car imposer une chirurgie non nécessaire à des patients avec une espérance de vie assez faible n'est pas éthiquement acceptable. »

Ces résultats vont bouleverser les standards de prise en charge de ce cancer lorsqu'il est métastasé. Preuve en est, ils ne sont pas annoncés n'importe où... Arnaud Méjean passe ce dimanche après-midi en « plénière » à l'Asco, le plus grand congrès de cancérologie, à Chicago (Etats-Unis).

Salle gigantesque, milliers de sièges, écrans géants, annonces mondiales... seule une infime poignée (quatre au total !) des publications sur la maladie obtiennent le Graal de la plénière.

L'urologie française à l'honneur deux années de suite

Et pourtant, bonne nouvelle, c'est la deuxième année consécutive que l'urologie française y est mise à l'honneur. L'an passé, le professeur Karim Fizazi de l'Institut Gustave Roussy de Villejuif (Val-de-Marne) avait été longuement applaudi en plénière pour son étude Latitude sur le cancer de la prostate avec métastases (10 à 15 % des cas).

Menée auprès de 1 200 patients, elle démontrait qu'associer dès le diagnostic de la maladie une hormonothérapie traditionnelle à une hormonothérapie de nouvelle génération (l'abiratérone) augmente les chances de survie de 38 %. Et diminue de 53 % le risque de rechute.

Un an après, l'Abiratérone poursuit son bonhomme de chemin. Nous l'avons retrouvée dès l'ouverture du congrès ce vendredi. Une atypique et intéressante publication américaine indique que dans les cas de cancer de la prostate avancée, elle répondrait mieux sur les hommes noirs que sur les blancs. Si les études ethniques sont interdites en France, celle-ci permet tout de même de rappeler que les minorités sont encore sous-représentées dans les essais cliniques.

Tabac et obésité sont des facteurs de risque

« On ne peut être qu'heureux que l'onco-urologie française soit mise ainsi à l'honneur à Chicago », reprend Arnaud Méjean. Cela permet d'aborder un cancer mal connu des Français et de faire de la prévention. Car il existe pour le rein des facteurs de risque (50 % des patients en ont un ou plusieurs) : le tabac, l'hypertension, l'obésité. Dans la grande majorité des cas, la tumeur est découverte de manière fortuite lors d'un examen médical. Mais il faut consulter si vous percevez des saignements, une masse au niveau des reins, des douleurs...

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