Cancer du sein : 10 000 chimios pourraient être évitées chaque année

Cancer du sein : 10 000 chimios pourraient être évitées chaque année
Le test dit de « signature génomique » permet d'éviter une chimiothérapie à certains malades.

leparisien.fr, publié le lundi 04 juin 2018 à 21h24

Une étude démontre que la plupart des cancers du sein à un stade précoce ne nécessitent pas de chimiothérapie. Mais pour le savoir, il faut passer un test génomique, une pratique rare en France.

A l'annonce, fin septembre, de son cancer du sein, c'est l'une des choses que Jeanne* a le plus appréhendée : faire une chimiothérapie. A 60 ans, cette esthéticienne qui exerce dans le sud de la France auprès de malades du cancer en connaît trop bien les effets secondaires.

« Même si elle a beaucoup évolué, je redoutais l'inconfort physique et moral, la prise de poids, l'isolement, le regard de l'autre quand on est fatigué », nous confie-t-elle pudiquement.

Cette chimiothérapie, Jeanne l'a évitée. Et ce, grâce à un test dit de « signature génomique » réalisé aux Etats-Unis et qui a confirmé qu'elle n'en avait pas besoin. Cette pratique, rare en France, vient pourtant de démontrer son efficacité outre-Atlantique, où se tient jusqu'à mardi le plus grand congrès mondial de cancérologie.

«Il faut se donner les moyens de les arrêter»

Ce dimanche, dans une immense salle de Chicago (Etats-Unis), ils étaient des milliers à se presser pour écouter les résultats de l'étude TAILORx menée sur neuf ans auprès de 10 273 patientes. « La plupart des femmes avec un cancer du sein à un stade précoce n'ont pas besoin d'une chimiothérapie après une chirurgie », avancent les chercheurs américains. Pour elles, l'outil génomique a aidé au choix du traitement.

Grâce à l'analyse d'un panel de gènes, un « score » de probabilité de récidive a été donné, facilitant la décision. Les conclusions parlent d'elles-mêmes : sur 50 % de femmes éligibles (avec une tumeur localisée, hormonodépendante et sans anomalie HER2), 70 % peuvent se passer de la combinaison chimiothérapie + hormonothérapie, au profit de la seule hormono.

Chef du service onco-génétique au CHU de Montpellier (Hérault), le professeur Pascal Pujol a vite fait son calcul pour la France et ses 54 000 nouveaux cancers du sein par an.

« 10 000 chimiothérapies sont inutiles et évitables ! Il faut se donner les moyens de les arrêter en utilisant au préalable ces tests génomiques auxquels les hôpitaux ont encore trop peu accès », s'agace-t-il.

Lancement d'un plan national

Jeanne a été opérée du sein gauche. Parce qu'elle entre dans un protocole particulier, l'hôpital dans lequel elle est soignée a pu financer l'envoi d'un échantillon tumoral aux Etats-Unis pour analyse. « Le test a parlé, la chimio n'était pas nécessaire. Ce fut un grand soulagement », se souvient la jeune sexagénaire.

Le plan national « Médecine génomique 2025 » devrait accélérer leur développement mais ces tests sont aujourd'hui rares en France. La logistique n'est pas encore là, ils coûtent cher (entre 1 800 et 3 000 euros), ne sont pas remboursés par la Sécu.

« Mais imaginez les économies, médicales et en termes d'arrêt de travail, si on diminue le nombre de chimios », plaide Pascal Pujol, président de la Société française de médecine prédictive et personnalisée (SFMPP). D'autant que le risque d'une médecine à deux vitesses, avec des patients qui autofinancent leur test quand d'autres n'y ont pas accès, existe.

« On guérit bien le cancer du sein, reprend le Pr Pujol. Mais ce serait une autre grande nouvelle pour les malades. Aux effets physiques de la chimio - vomissements, diarrhées, perte de cheveux, infections - s'ajoutent les conséquences sociales, conjugales, familiales, professionnelles... » Et le médecin généticien d'en appeler aux autorités pour des évaluations et recommandations rapides sur la question.

*Le prénom a été changé.

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