"Ça crame!" : scènes de guérilla urbaine en plein cœur de Paris

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Des membres des forces de l'ordre à proximité d'une voiture incendiée lors de la manifestaion des "gilets jaune", le 1er décembre à Paris
Des membres des forces de l'ordre à proximité d'une voiture incendiée lors de la manifestaion des "gilets jaune", le 1er décembre à Paris
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© AFP, Zakaria ABDELKAFI

AFP, publié le samedi 01 décembre 2018 à 21h40

"Ça sent la Révolution": de l'Opéra à l'avenue Foch en passant par la rue de Rivoli et le boulevard Haussmann, plusieurs quartiers huppés de Paris ont été le théâtre samedi de scènes de guérilla urbaine en marge de la mobilisation des "gilets jaunes".

Tractopelle en feu, voitures retournées et incendiées, vélos en libre service arrachés, radars et lampadaires mis à terre, pavés jonchant la chaussée: plusieurs arrondissements cossus du centre et de l'ouest de la capitale ont été livrés au chaos pendant plusieurs heures, noyés dans des nuages de gaz lacrymogènes ou nappés d'épaisses fumées noires. 

"Ca crame !", hurle une adolescente avant de tourner les talons, alors que deux départs de feu commencent à prendre de l'ampleur boulevard des Capucines, haut lieu du shopping parisien.  

Sur la prestigieuse avenue Foch, une quarantaine de manifestants érigent des barricades avec des troncs d'arbre et des barrières, avant d'être aspergés de gaz lacrymogène. Plus loin sur l'avenue, un radar tombé à terre est piétiné par une cinquantaine de personnes. 

Des drapeaux français, dont certains ont été hissés sur le toit de l'Arc de Triomphe, côtoient des drapeaux bretons ou ceux représentant des têtes de morts.

En début de soirée, de petits groupes de jeunes restaient postés sous l'Arc de Triomphe. Les principales artères situées à l'est de la place de l'Etoile, point de départ des violents heurts, étaient marquées par les mêmes scènes de désolation, après le passage de "gilets jaunes": distributeurs et vitrines détruits, boutiques de luxe pillées, arbustes arrachés, barricades érigées. 

En début de soirée, la situation était "plus apaisée", "mais pas totalement sécurisée", a indiqué le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner.

Une banque LCL a été complètement détruite par le feu en haut du boulevard Haussmann. Sur le très chic Faubourg Saint-Honoré, une voiture de police a été incendiée et une boutique de Champagne Nicolas Feuillatte pillée par des manifestants. 

Avenue Hoche, quasi déserte vers 20H30, Frédéric, 34 ans, agent de nettoyage de Compiègne (Oise), se désolait de "se faire gazer depuis 09H00 ce matin", sans avoir eu "le temps de dire ce (qu'il) avait à dire". 

Les scènes de violences urbaines se sont répétées toute la journée en plusieurs points de Paris, au grand dam de "gilets jaunes" et leurs soutiens venus protester pacifiquement. 

Dans la soirée, la tension restait vive à Bastille où des poubelles ont été incendiés, des panneaux de signalement arrachés, a constaté une journaliste de l'AFP.

"Purée mais que se passe-t-il, ça fait peur", dit Anne-Charlotte, étudiante qui vit près de Bastille.

- Sirènes de police et touristes médusés -

Depuis les premiers heurts résonnent de manière incessante des bruits d'explosions liés aux incendies de voitures et les sirènes de police et des camions de pompiers, sous le regard médusé de touristes en balade. 

Avenue Raymond-Poincaré, envahie de fumée noire après la mise à feu de plusieurs voitures, l'intervention des pompiers se fait sous escorte des gendarmes et sous l'oeil de "gilets jaunes". "Vous savez, nous aussi on a du mal à finir les fins de mois, mais on n'a pas le droit de faire grève", glisse un membre des forces de l'ordre.

A un autre point de la capitale, un manifestant, gilet jaune sur le dos et crâne en sang, explique avoir "rencontré un flic". Selon le bilan communiqué peu avant 20H00, les affrontements ont fait 110 blessés, dont 17 parmi les forces de l'ordre. 

"Il y a beaucoup plus de casseurs que la semaine dernière, c'est plus tendu", observe Romain, 39 ans, employé à l'Opéra de Paris, pour qui les dégradations sont "un mal nécessaire", "une manière de s'exprimer". "Avec des fleurs au fusil on n'arrive pas à grand-chose", lâche David, la trentaine, travaillant dans les travaux publics en région Rhône-Alpes.

Chantal, 45 ans, venue de Lorraine avec son mari et ses deux enfants approuve une "violence légitime", réponse selon elle "au silence de Macron". "Tous les mois, on finit avec 500 euros de découvert. Ça fait trois ans qu'on n'est pas partis en vacances", souffle cette fonctionnaire qui gagne 1700 euros par mois.

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