"C'est risqué" : des spécialistes s'inquiètent du déconfinement

"C'est risqué" : des spécialistes s'inquiètent du déconfinement
Le jardin du Luxembourg à Paris, le 28 mars 2021.
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publié le jeudi 29 avril 2021 à 21h52

Près de 30.000 malades du Covid-19 étaient toujours hospitalisés jeudi 29 avril. Un chiffre certes en baisse, mais qui inquiètent certains spécialistes alors qu'Emmanuel Macron a annoncé un plan de déconfinement en quatre étapes, à partir du 3 mai.

Emmanuel Macron a dévoilé jeudi 29 avril un calendrier du déconfinement "en quatre étapes", qui s'étalera du 3 mai au 30 juin.

La situation sanitaire reste pourtant fragile. Selon les dernières données de Santé publique France, 29.487 malades du Covid-19 sont hospitalisés, dont 5.804 en réanimation. Des chiffres certes en baisse, mais qui font craindre à certains spécialistes ce déconfinement, qui débutera dès lundi avec la levée des restrictions de déplacement.



"Il est très compliqué de faire des prédictions, mais vu le niveau de circulation actuel, c'est risqué", explique dans les colonnes du Parisien Rodolphe Thiébaut, directeur adjoint du centre de recherche Inserm Bordeaux Population Health. "Une vigilance approfondie va-t-elle mitiger l'effet potentiellement délétère de la réouverture des écoles ? Les gens vont-ils beaucoup se déplacer lors d'un pont et accélérer la circulation ? En tout cas, l'incidence est élevée et le restera, ce qui rend l'épidémie difficilement contrôlable. C'est difficile pour le gouvernement, qui doit prendre en compte d'autres critères que le sanitaire", poursuit-il. 

"La réalité des indicateurs de suivi de l'épidémie doit nous alerter collectivement sur les risques d'un déconfinement précipité", souligne de son côté la Fédération hospitalière de France (FHF) dans un communiqué, rapporte BFMTV. "En France, l'épidémie est loin d'être sous contrôle", poursuit le texte, s'appuyant sur le nombre de décès quotidiens dus au Covid-19, qui "continue d'osciller entre 200 et 400". Ce jeudi, 321 morts ont été recensés à l'hôpital en raison du virus

La FHF pointe également le nombre de cas quotidiens, "de 30.000 à 40.000 par jour - quand l'objectif de déconfinement fixé en décembre dernier était à 5.000 cas par jour", ainsi que le nombre de personnes en réanimation. 26.538 contaminations ont été enregistrées ces dernières 24 heures, soit 26.255 par jour en moyenne sur la semaine écoulée. Des données que la FHF juge "très préoccupantes", et ce en dépit de "la progression de la vaccination". 

"On n'avait pas le choix"

"On est dans le dur et je n'imagine pas devoir de nouveau écoper au mois de juillet. Mais on n'avait pas le choix", estime de son côté Jean-Michel Constantin, chef de service réanimation à la Pitié-Salpêtrière auprès du Parisien. "Ce que propose le président me semble assez cohérent. Il n'y a pas beaucoup de marge de manœuvre et j'appelle à la responsabilité individuelle. On part de haut et si on écoute les réanimateurs, il faut mettre la France sous cloche trois semaines. Mais si on fait ça, on va faire exploser tout le monde", poursuit-il. 

"Actuellement, l'épidémie recule trois fois moins vite que lors du premier confinement, et plus les mesures seront allégées, plus ça va baisser lentement. Néanmoins, le scénario de 15.000 cas au 19 mai me semble réaliste. 5.000, ce serait mieux, évidemment, mais je table ensuite plutôt sur une baisse ralentie que sur un rebond. Il était compliqué de maintenir plus longtemps des mesures que les gens n'allaient pas appliquer. La position est plutôt réaliste. Maintenant, cela va dépendre beaucoup des gestes barrière et de la vaccination", tempère également Bruno Megarbane, chef de service à l'hôpital Lariboisière.

Un garde-fou insuffisant ?

Le plan de déconfinement en quatre étapes d'Emmanuel Macron s'appliquera au niveau national, et non pas de manière territorialisée, comme l'avaient évoqué plusieurs membres du gouvernement. Le chef de l'Etat a néanmoins prévenu que des "freins d'urgence sanitaires" pourraient être actionnés "dans les territoires où le virus circulerait trop". 

Selon lui, "à l'heure actuelle, il y a dix départements dans lesquels l'incidence dépasse 400 cas pour 100.000 habitants". Selon les derniers chiffres de Santé Publique France, huit départements sont en réalité dans cette situation : la quasi-totalité des départements d'Île-de-France : Paris, la Seine-Saint-Denis, le Val-d'Oise, le Val-de-Marne, l'Essonne et la Seine-et-Marne, mais aussi les Bouches-du-Rhône et l'Oise.

Un garde-fou insuffisant selon le groupe de réflexion Terra Nova, qui réclame dans un rapport détaillé "une stratégie d'endiguement". "On sait que le zéro Covid est un rêve inaccessible, mais une voie médiane existe, qui consiste à passer sous la barre des 5.000 cas par jour qui permet de tester, tracer et isoler de manière efficace", explique au Parisien Mélanie Heard, coordinatrice du pôle santé de Terra Nova. "Il est erroné de tout miser sur la vaccination, du fait des délais et surtout des risques de variants. On ne peut pas rester sur un plateau avec 30.000 cas détectés chaque jour. Si on présentait un cadre clair, avec des objectifs et des moyens d'y parvenir, avec une grande robustesse dans la pédagogie et la transparence, je pense que ça augmenterait l'adhésion", estime-t-elle. 

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