Brexit : un Anglais résidant en Dordogne depuis 27 ans se voit refuser la nationalité française

Brexit : un Anglais résidant en Dordogne depuis 27 ans se voit refuser la nationalité française
Mark Lawrence à Plazac, en Dordogne, le 23 janvier 2020.

, publié le jeudi 30 janvier 2020 à 19h45

Résident depuis 27 ans en Dordogne, l'homme de 48 ans est conseiller municipal de son village. 33.000 personnes ont signé une pétition pour que lui soit accordée la nationalité française, refusée une première fois.

Une décision "cruelle et absurde".

33.000 personnes ont signé une pétition en faveur de Mark Lawrence, citoyen anglais de 48 ans. Résident en Dordogne depuis 27 ans, il s'est pourtant vu refuser la nationalité française.

Ce menuisier-charpentier de 48 ans aux larges épaules et aux yeux bleu acier, qui "pense en français et mange de l'ail un repas sur deux" ne comprend pas ce refus et entend le contester. Conseiller municipal de son village, il en appelle au ministre de l'Intérieur. Les pétitionnaires souhaitent que l'administration reconsidère sa décision "cruelle et absurde" de ne pas lui accorder la nationalité française. Pour l'Etat, M. Lawrence ne dispose pas de "ressources suffisantes et stables".


"Dans ma tête, j'étais un Français... Là, c'est comme si j'avais perdu ma place. Je suis quoi ? Pas Anglais, pas Français...", confie-t-il dans un café du bourg où tout le monde le salue. C'est dans ce village de 700 âmes, au sud-est de Périgueux, qu'il a été "conçu", assure-t-il dans un français courant mâtiné d'une pointe d'accent, ajoutant, hilare: "Je suis Made in France!"

Il y a 50 ans, ses parents y ont acheté une petite ferme à l'écart du village, dans une vallée boisée isolée et silencieuse. La famille y venait "deux à trois fois par an en vacances". A 21 ans, il n'est plus reparti à Londres et il est resté vivre sur ce vaste terrain bordé de noyers.

Depuis, il a tissé un lien fort avec ce bout de Périgord où il "se sent intégré depuis longtemps". "Je ne dis pas que je suis un saint mais je fais du bénévolat dans la commune, j'ai tenu le bureau de votre lors de la dernière présidentielle". Musicien dans un groupe, il n'est pas, assure-t-il, comme ces résidents anglais qui "restent entre eux", "qui ratent la finesse des Français et de la vie en France".

"Mark n'est pas un expatrié", abonde Alan Bennett, autre Britannique de Dordogne, à l'origine de la pétition. Cet ancien journaliste regrette le contraste entre "des Français accueillants par nature" et "des pouvoirs publics plus fermés".

Décision "malveillante"

"Mark fait partie de Plazac, c'est dur pour lui", témoigne Jane Leith, une Anglaise naturalisée française. Accoudé au comptoir, Alain Meunier renchérit: "Il est aussi Français que moi qui suis 'de souche'... Il n'y pas de différence!". Pour une autre Plazacoise, Catherine Bureau, cette décision qui va l'empêcher de se représenter aux municipales est "carrément malveillante".

"On pensait que Mark avait tout ce qu'il fallait. Il vit comme un Français, c'est son pays d'appartenance", souligne sa compagne française Camille Deyber, qui se console comme elle peut: "Au moins je n'ai pas peur qu'on le renvoie en charter, contrairement à d'autres..."
"Peut-être qu'il y avait beaucoup de demandes d'Anglais à cause du Brexit et qu'il leur fallait trouver la faille", s'interroge-t-elle.

Après un an et demi de démarches coûteuses ("1000 euros" selon lui) soldées par un ajournement de deux ans de sa demande, Mark Lawrence ne digère pas: "C'est dommage de tout baser sur le seul critère financier". "Les autorités ont peur que je demande des aides. Mais je n'ai jamais rien touché de l'Etat. Je suis même prêt à m'engager par écrit de ne jamais rien demander!", assure-t-il, appelant à l'aide le ministre de l'Intérieur.

Père de quatre enfants, il dit "faire vivre 6 Français", en comptant sa compagne sans emploi et sa fille, et déplore que l'administration ait analysé ses revenus dans une période difficile, quand son épouse, dont il est maintenant séparé, a eu un très grave accident et qu'il a moins travaillé pour s'occuper de leurs jeunes enfants.

Mark Lawrence trépigne à l'idée de devoir attendre deux ans avant de pouvoir redemander un passeport français: "Je vais travailler à fond, gagner de l'argent" pour ne pas que la mésaventure se reproduise.
Car il n'en démord pas: "Quand je suis à Londres, je sais que je ne suis pas chez moi!"
 

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