Brexit : les marins français ne peuvent plus pêcher à Guernesey

Brexit : les marins français ne peuvent plus pêcher à Guernesey
Un pêcheur au nord-est de l'Angleterre (illustration)

publié le dimanche 02 février 2020 à 13h20

Les pêcheurs français vont désormais devoir demander des autorisations individuelles dont les procédures seront définies prochainement. Cette décision inquiète les pêcheurs dont certains réalisent l'essentiel de leur travail dans les eaux de cette île anglo-normande. 

C'est l'une des premières conséquences du Brexit : depuis le 1er février, les pêcheurs français ne peuvent plus se rendre dans les eaux de l'île anglo-normande de Guernesey.

Les autorités de l'île y ont "temporairement suspendu" l'accès, a annoncé le ministère français de l'Agriculture et de la Pêche. "Pour le cas particulier des eaux de Guernesey, les accès des pêcheurs français aux 6-12 milles sont fondés sur la Convention de Londres, qui expire aussi le 31 janvier à minuit, à la suite de la dénonciation du Royaume-Uni", a expliqué le ministère dans un communiqué. Une situation délicate pour une partie des pêcheurs bretons et normands qui travaillent essentiellement dans ces eaux. 


Dimitri Rogoff, président du Comité des pêches de Normandie, s'est inquiété de la situation sur franceinfo. "Nous avons 44 bateaux qui sont privés d'un accès à la ceinture de Guernesey, c'est-à-dire à la zone qui se trouve au large de Guernesey, dans laquelle ils ont l'habitude d'aller", a-t-il expliqué. "Ce sont des bateaux de taille modeste, des entreprises familiales, ils sont riverains de la Manche et ils travaillent dans la Manche, ils n'iront pas ailleurs", a-t-il poursuivi. "On a des bateaux qui font 20% de leur chiffre d'affaires sur ces zones-là. Ce sont donc des flottilles qui vont être obligées d'aller pêcher ailleurs sauf que la Manche, c'est un petit espace, et quand on va pêcher ailleurs, on retombe sur d'autres pêcheurs, et cela crée un déséquilibre. Cela crée des concurrences sur une ressource qu'on a du mal à gérer. C'est délicat. Ce sont des zones très petites. On n'est pas dans l'océan. On ne peut pas se reporter ailleurs", a-t-il ajouté.

Pour avoir de nouveau accès aux eaux de Guernesey, les pêcheurs devront désormais demander une autorisation individuelle. "Les autorités de Guernesey ont décidé ce (vendredi) soir de l'instauration d'un régime d'autorisation individuelle. La procédure pour solliciter ces autorisations doit être mise en place la semaine prochaine", a indiqué le ministère qui précise que "pendant cette période, l'accès des navires français aux eaux de Guernesey est temporairement suspendu". Les autorités de Guernesey se sont engagées à rendre "le plus court possible le délai de délivrance de ces autorisations", affirme le ministère.

Une solution qui ne satisfait pas la députée de la Manche Sonia Krimi qui a dénoncé "une décision précipitée et irrespectueuses de l'amitié entre nos deux pays", estimant que cette "décision politique entraîne un risque inconsidéré pour notre filière". 

Le ministère de l'Agriculture et de la Pêche, qui assure "rester en contact avec la Commission européenne, les autorités britanniques et le baillage de Guernesey", a rappelé que "l'accord de sortie qui vient d'être conclu avec le Royaume-Uni instaure une période de transition jusqu'au 31 décembre 2020, pendant laquelle l'accès aux eaux du Royaume-Uni est préservé", le temps de trouver un compromis entre l'UE et le Royaume-Uni sur la pêche.

Les pêcheurs de huit États membres de l'UE sont fortement dépendants des eaux britanniques. Ces dernières représentent 30% du chiffre d'affaires des pêcheurs français. Les habitants des îles anglo-normandes, dont fait partie Guernesey, sont des citoyens britanniques. Si elles n'appartiennent pas au Royaume-Uni, ces îles ont avec lui des liens étroits. 
 

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