Bordeaux: les "gilets jaunes" jouent au chat et à la souris avec les forces de l'ordre

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Des "gilets jaunes" face aux forces de l'ordre sur la rocade périphérique bordelaise, le 19 novembre 2018
Des "gilets jaunes" face aux forces de l'ordre sur la rocade périphérique bordelaise, le 19 novembre 2018
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© AFP, NICOLAS TUCAT

AFP, publié le lundi 19 novembre 2018 à 17h53

Des dizaines de "gilets jaunes" ont joué lundi au chat et à la souris avec les forces de l'ordre à Bordeaux, se laissant déloger dans le calme par un important dispositif de sécurité pour mieux se réinstaller quelques heures plus tard.

Ciblant depuis trois jours l'entrée du Pont d'Aquitaine, ils ont été délogés lundi matin, avant de revenir dans l'après-midi, pour en être à nouveau chassés en fin de journée par des forces de l'ordre au pas de charge.

"On ne lâchera pas l'affaire !", avait averti l'un des quelques dizaines de manifestants évacués en matinée de l'un des principaux axes routiers du Sud-Ouest de la France et point de passage important sur la rocade périphérique bordelaise.

"On a été chassés dimanche... On est revenus, on se refait chasser (lundi) mais c'est pas grave, on tiendra bon, on va encore revenir à la charge", assurait un autre.

Comme promis, il sont revenus dans l'après-midi installer un barrage filtrant.

Bouclée en quelques dizaines de minutes, sans heurts, l'évacuation matinale n'avait visiblement pas douché la motivation des manifestants, qui sont revenus à plus d'une centaine à l'entrée du grand pont suspendu enjambant la Garonne.

Dans la matinée, quand les CRS se mettaient en place pour les déloger, les "gilets jaunes" avaient mis le feu à leurs barrages de fortune, faits de branchages, de troncs d'arbres et de pneus, qui bloquaient totalement les deux sens de circulation. 

Derrière eux, une longue file de camions coincés depuis la veille, selon des conducteurs qui sont restés placides, même à l'arrivée des dizaines de fourgonnettes des forces de l'ordre. Certains ont même klaxonné à l'arrivée des CRS, comme pour donner de l'ardeur aux manifestants.

"Ce n'est pas rassurant mais je n'ai pas peur", confiait Ruben, 31 ans, un Espagnol qui effectue des trajets vers l'Angleterre. "Je suis en faveur de ce mouvement, c'est une bonne chose."

"C'est la démocratie, tout le monde doit pouvoir s'exprimer", renchérissait Buda, un Roumain de 36 ans, juché dans son poids-lourd et qui roule habituellement entre l'Espagne et les Pays-Bas. "Nous n'avons eu aucun problème avec ces gens, tout s'est bien passé".

- "Pas faire du grabuge" -

A l'approche des forces de l'ordre le matin, les "gilets jaunes" ont entonné une Marseillaise, dans une épaisse fumée noire.

Mais elle a résonné comme un chant du cygne toutefois pour ces irréductibles, qui se sont dispersés sans violence et sans provocation. "On est des pacifiques", lançait l'un d'eux.

"Notre seule arme c'est de chanter, de s'asseoir, on n'est pas là pour faire du grabuge", expliquait ce "gilet jaune", la vingtaine, qui n'a pas voulu donner son nom. A côté de lui, certains portent des foulards sur le visage.

La veille, à quelques kilomètres au nord, sur l'A10, le face à face entre manifestants et forces de l'ordre s'était pourtant révélé plus tendu au péage de Virsac, avec des échanges de projectiles et de lacrymogènes.

Évacué en matinée par les forces de l'ordre, sans affrontements, ce point de blocage a également été réinvesti lundi après-midi et le barrage bloquant réinstallé.

Placide face aux policiers qui avancent sur le pont d'Aquitaine, Daniel, 55 ans, affirme qu'il fait 2000 km par mois pour ses trajets domicile-travail. "Je partais embaucher ce matin mais finalement je suis venu car plus on est nombreux et plus ça aura d'impact", dit-il, l'incontournable gilet fluo sur le dos. "Je ne suis pourtant pas un révolutionnaire!"

"Mais quand la France gagne la finale de la Coupe du monde, on est des millions dans les rues alors pourquoi pas là ? Il faut être unis dans les bons comme dans les mauvais moments", juge-t-il.

Menuisier, Daniel déplore que "le président de la République ne s'intéresse pas aux pauvres".

Emmanuel Macron cristallise la colère. "Il ne veut pas céder sur la hausse du carburant, de toutes les taxes et les retraités, et on en a marre!", dit un manifestant qui se fait appeler Peter.

"Le gazole est à 1,20 euro en Espagne... Il faut arrêter de nous prendre pour des cons", assure ce jeune homme dont le dos de la chasuble jaune affiche l'inscription "Macron is dead".

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