Bordeaux : l'Académie retire un sujet proposant aux élèves de 3e d'écrire un discours nazi

Bordeaux : l'Académie retire un sujet proposant aux élèves de 3e d'écrire un discours nazi
Cet exercice voulait "faire valoir deux points de vue" entre Russes et Allemands (photo d'illustration).

Orange avec AFP, publié le samedi 23 juillet 2016 à 11h26

- L'académie de Bordeaux a retiré, vendredi de son site internet, un exercice d'Histoire proposant aux élèves de 3e de se mettre dans la peau d'un "employé du Reich à l'éducation du peuple et à la propagande". Un extrait antisémite de Mein Kampf était également fourni.

-

Le sujet, accessible en ligne depuis près deux ans, a suscité un tollé et enflammé les réseaux sociaux. Il était mis à disposition sur une page consacrée à un partage de ressources pédagogiques entre professeurs d'histoire-géographie de l'académie de Bordeaux. Les élèves, étudiant l'histoire de la Seconde guerre mondiale, étaient invités dans un premier temps à se mettre dans la peau d'un envoyé spécial du journal de l'Armée rouge soviétique pendant la bataille de Stalingrad (1942). Ils devaient ensuite répéter le même exercice mais en incarnant, cette fois, un employé du Reich chargé par le ministre de la propagande nazie, Joseph Goebbels, d'écrire "un discours en insistant sur les enjeux idéologiques et territoriaux de cette bataille pour l'Allemagne national-socialiste".

"GALVANISER LES TROUPES"

"Le Führer (Adolf Hitler, ndlr), en colère, vient de commander à Joseph Goebbels un discours à faire entendre aux troupes, sur le front, afin de les galvaniser", détaille la consigne générale. Un extrait de "Mein Kampf", ainsi qu'une affiche de propagande nazie ("La victoire, ou le bolchévisme") était ajouté en annexes. Ces exercices, répertoriés sous le nom de "tâches complexes", prévoient de mettre les élèves en situation, en relation avec des événements historiques au programme.


"Nous avons fait retirer l'exercice du site internet car la formulation de la deuxième partie de l'exercice était maladroite", a reconnu auprès de l'AFP l'inspecteur d'académie Michel Roques, inspecteur pédagogique régional en histoire-géographie. Dans ce type d'apprentissage, "les élèves ne sont pas livrés à eux-mêmes, chaque partie développe un point de vue et la confrontation se fait sous l'autorité de l'enseignant", a insisté l'inspecteur.

L'AUTEUR "AU-DESSUS DE TOUT SOUPÇON"

Selon l'inspecteur, le professeur à l'origine de cette mise en situation a déjà rempli des "fonctions de formation" et est "au-dessus de tout soupçon". "Se mettre dans la peau d'un fonctionnaire nazi, c'est là qu'est la maladresse", a reconnu Michel Roques. Mais "ce type de travail n'est jamais fait sans accompagnement", c'est pour cela qu'il "a pu ne pas paraître particulièrement choquant à la personne qui l'a validé" sur le site de l'académie, a-t-il ajouté.

Mercredi, des professeurs et des associations, comme la Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme (Licra), s'étaient émus sur les réseaux sociaux du contenu et de la formulation de l'exercice. Un syndicat d'enseignants du second degré, le Snes, avait notamment rappelé que ce genre de "maladresse" n'est pas une première. En octobre 2015, l'académie de Clermont-Ferrand avait mis en ligne un jeu de rôle sur le thème de la Défense, proposant à cinq groupes de se "constituer en ennemi impitoyable de la France" en menant une attaque contre le pays. En novembre 2014, le ministère de l'Éducation nationale avait également publié un précis anti-radicalisation truffé, selon ses détracteurs, de clichés racistes.

Vos réactions doivent respecter nos CGU.