Bolloré: "Complément d'enquête" diffamatoire ou pas, la justice tranche mardi

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Vincent Bolloré à Paris le 10 mai 2018
Vincent Bolloré à Paris le 10 mai 2018
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© AFP, Zakaria ABDELKAFI

AFP, publié le lundi 04 juin 2018 à 22h26

Le reportage de "Complément d'enquête" consacré à Vincent Bolloré et diffusé en 2016 était-il diffamatoire? Le tribunal correctionnel de Nanterre doit trancher mardi.

L'auteur de cette enquête diffusée sur France 2 avait été mis sur le gril lors de l'audience début avril par l'avocat de l'homme d'affaires breton qui avait dénoncé un travail journalistique "à charge".

"Tout est vrai dans ce que j'ai dit", s'était défendu son auteur, le journaliste d'investigation Tristan Waleckx, qui a travaillé six mois sur ce reportage.

Dans ce portrait, récompensé par le prix Albert-Londres et diffusé en avril et juillet 2016, le journaliste retraçait le parcours de l'industriel, de la reprise de la fabrique familiale de papier à cigarettes OCB en Bretagne à la construction de son empire, en passant par la reprise en main de Canal+ et sa présence en Afrique.

Neuf passages de 72 minutes étaient mis en cause par l'entrepreneur, ainsi que par ses sociétés Bolloré SA et Bolloré Africa Logistics, également parties civiles.

Notamment les extraits consacrés aux activités de la Socapalm, société qui produit de l'huile de palme au Cameroun et dont M. Bolloré est actionnaire. Des sous-traitants, pour certains présentés comme mineurs, payés à la tâche, travaillant sans vêtements de protection et logeant dans des conditions insalubres, y témoignaient face caméra.

Le reportage évoquait également les conditions d'attribution d'une concession portuaire de la ville camerounaise de Kribi en 2015, le journaliste posant la question d'éventuels "passe-droits" ayant profité à Vincent Bolloré.

Le ministère public avait requis la relaxe pour les extraits du reportage concernant la Socapalm, mais concernant Kribi, le procureur a laissé au tribunal le soin d'en apprécier le caractère diffamatoire.

Réclamant "150.000 euros par partie civile", le conseil de Vincent Bolloré, Olivier Baratelli, avait fustigé "une charge de la garde montée" contre son client et son empire et repoussé l'accusation de "procédure-bâillon". 

Tristan Waleckx "n'est pas allé sur place au Cameroun pour enquêter", mais "pour braconner une histoire qui devait illustrer sa thèse préconçue", a estimé samedi l'avocat, interrogé par l'AFP. "La reconnaissance pénale du caractère diffamatoire des propos tenus sonnerait comme un désaveu d'une forme de journalisme qui allie propos tronqués et approximations superficielles", selon lui.

Les avocats de la défense ont pour leur part dit espérer "que le tribunal reconnaîtra la qualité de l'enquête". Selon Me Juliette Félix et Jean Castelain, "les débats du 3 avril ont clairement fait apparaître qu'il s'agissait d'une procédure-bâillon diligentée par le groupe Bolloré qui cherche à dissuader les journalistes enquêtant sur ses activités africaines".

Devant le tribunal de commerce de Paris, qui doit trancher le 12 juin, Vincent Bolloré réclame parallèlement 50 millions d'euros d'indemnisation pour atteinte à ses intérêts commerciaux. Une autre procédure en diffamation a également été intentée au Cameroun par la Socapalm contre Tristan Waleckx et France Télévisions. 

"Il est temps de mettre un terme à ces multiples poursuites qui relèvent du harcèlement judiciaire", a indiqué lundi soir Arnaud Froger, responsable du bureau Afrique de Reporters sans frontières, dans un communiqué. Selon lui, "les journalistes n'ont pas à être exposés à des poursuites d'ordre commercial à chaque fois que leur​s enquêtes déplaisent à certains intérêts économiques".  

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