Blocages contre la loi Travail : risque-t-on la pénurie de carburant en France ?

Blocages contre la loi Travail : risque-t-on la pénurie de carburant en France ?
Une station-service fermée au Havre, le 18 mai 2016.

publié le vendredi 20 mai 2016 à 11h15

- Alors que la CGT appelle ce vendredi matin au blocage des raffineries, le secrétaire d'État chargé des Transports répète qu'il n'y a "pas de risque de pénurie à court terme" de carburant. -

La contestation contre la loi Travail ne se fait plus seulement dans la rue.

Depuis mardi matin, la plateforme Total de Gonfreville-l'Orcher en Normandie, la plus grosse raffinerie de France (16 millions de tonnes/an) et une des plus importantes en Europe, est bloquée par des opposants au projet de loi porté par Myriam El Khomri. L'autre grande raffinerie du secteur, celle d'Exxon Mobil, à Notre-Dame-de-Gravenchon, la 3e de France (11 M/T) est elle bloquée depuis jeudi matin.

En Bretagne, les dépôts pétroliers de Lorient (Morbihan), de Vern-sur-Seiche (Ille-et-Vilaine) ainsi que la raffinerie de Donges (Loire-Atlantique) étaient également bloqués rapporte Le Télégramme. Dans le Nord, quatre dépôts de carburants à Mardyck, Saint-Pol-sur-Mer, Dunkerque et Douchy-les-Mines (près de Valenciennes) étaient toujours bloqués vendredi matin par une soixantaine de personnes. Conséquence : près d'une station-service Total sur cinq, soit 70, étaient en rupture dans le quart nord-ouest jeudi soir selon le groupe pétrolier.

Une situation qui pourrait empirer, Emmanuel Lépine de la CGT pétrole ayant appelé ce vendredi matin 20 mai sur France au blocage des raffineries. "Le but n'est pas de créer la pénurie" mais "d'obtenir le retrait de la loi Travail", a ajouté le dirigeant syndical qui a parlé d'une "étape supplémentaire" dans le bras de fer entre les opposants à la loi Travail et le gouvernement.

VERS UNE INTERVENTION DES FORCES DE L'ORDRE ?

Le secrétaire d'État chargé des Transports a tenté de rassurer ce vendredi matin sur la même radio. "Nous n'avons pas utilisé pour l'instant les stocks stratégiques, donc il n'y a pas pas de risque de pénurie à court terme", a assuré Alain Vidalies, faisant le même constat qu'il avait fait deux jours plus tôt. "Il y a 20% des stations autour du Havre et Rouen qui sont fermées", a-t-il néanmoins reconnu, rappelant qu'"en France, il y a un système organisé qui s'appelle 'les stocks stratégiques'" ajoutant "nous ne les avons pas utilisés pour l'instant". "Évidemment, si ça durait des semaines, la question se poserait" a-t-il précisé répondant à une question sur une intervention des forces de l'ordre pour débloquer les raffineries et dépôts d'essence.



Il n'empêche, la situation inquiète des responsables économiques normands, à l'instar du Medef Normandie et la Confédération générale des petites et moyennes entreprises qui ont réagi jeudi à travers des communiqués. La préfète de Seine-Maritime et de Normandie, Nicole Klein, a publié jeudi un arrêté "interdisant l'achat de carburants hors réservoir du véhicule", et a renouvelé un appel "au civisme et à la responsabilité de chacun".

Plusieurs départements ont décidé de rationner le carburant. Dans le Finistère et en Loire-Atlantique, la préfecture limite le plein à 20 litres pour les véhicules légers (et 150 litres pour les poids lourds) à partir de ce vendredi.

Ce vendredi matin sur France Bleu Normandie, le président de la Chambre de commerce et d'industrie (CCI) Seine Estuaire a demandé l'intervention des forces de l'ordre pour lever les barrages de la zone industrielle du port du Havre. "Ce n'est pas seulement le port, mais toute la zone industrielle et même le centre-ville qui sont touchés", a indiqué Vianney de Chalus. "On sentait une économie qui repartait depuis quelques mois, on va rendre de nouveau précaires les emplois. Ce n'est pas responsable", a-t-il déclaré. La veille sur RTL, le Premier ministre Manuel Valls a assuré qu'il était prêt à faire dégager les accès.

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