Blocages contre la loi Travail : rationnement du carburant dans l'Ouest

Blocages contre la loi Travail : rationnement du carburant dans l'Ouest
Une station-service fermée à Tinteniac, le 20 mai 2016.
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publié le samedi 21 mai 2016 à 08h15

- Conséquences des mouvements contre la loi Travail, de nombreuses stations-services se sont retrouvées à sec cette semaine. Face au spectre d'une pénurie de carburant, les pouvoirs publics ont décidé vendredi des prendre des mesures de rationnement.

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Depuis vendredi 20 mai, les automobilistes d'Ille-et-Vilaine, des Côtes-d'Armor, du Finistère, de l'Orne, de Loire-Atlantique, de Vendée, de Mayenne ou encore de l'Eure ne peuvent plus faire le plein d'essence. En raison du blocage dans l'ouest et le nord de la France principalement, de raffineries ou de dépôts de carburants par des manifestants opposés à la loi Travail, les préfectures ont pris des arrêtés limitant à 20 ou 30 litres le volume maximal de carburant pour les voitures, et à 40 ou 150 litres pour les poids lourds.

Plusieurs préfectures ont interdit le stockage de carburant dans des bidons, comme en Seine-Maritime, dans le Calvados, mais aussi dans le Nord, la Somme ou encore le Pas-de-Calais, en appelant "au civisme et à la responsabilité de chacun", ou encore réquisitionné certaines stations pour alimenter en carburant les services d'urgence. Pour permettre le réapprovisionnement des stations-service, le gouvernement a également pris "des arrêtés autorisant les camions de carburant à circuler ce weekend", a annoncé de son côté dans un communiqué Alain Vidalies, secrétaire d'État aux Transports.

L'Union française des industries pétrolières (Ufip) estimait entre "15% à 20% le nombre de stations en rupture totale ou partielle dans le Grand Ouest" tandis que Total en avait recensé 317 dans son réseau à la mi-journée, dont 54% de ses stations en Bretagne, 46% en Normandie, 43% en Pays-de-la-Loire, 34% en Nord-Pas-de-Calais-Picardie.

Celles qui étaient encore approvisionnées ont littéralement été prises d'assaut dès les premières heures de la matinée samedi avec des files d'attente impressionnantes. A Saint-Brieuc comme à Brest, Rennes ou Nantes, il fallait parfois plus d'une demi-heure, voire une heure, pour accéder aux pompes.



LA SITUATION S'EMPIRE DANS LES RAFFINERIES

Un retour à la normale ne semble néanmoins pas encore d'actualité. Si certains dépôts de carburant, comme ceux situés à Vern-sur-Seiche (Ille-et-Vilaine), sur le port de Lorient (Morbihan) ou encore celui du terminal Rubis du Grand-Quevilly, près de Rouen, ont été libérés par les forces de l'ordre, "parce que les services publics doivent fonctionner (...) la vie économique doit se poursuivre", a justifié vendredi soir le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve, la situation s'est crispée dans les raffineries.

Alors que la CGT Pétrole appelait vendredi matin au blocage des raffineries, afin non pas "de créer la pénurie" mais "d'obtenir le retrait de la loi Travail", les syndicats de la raffinerie Total de Gonfreville-l'Orcher, la plus grosse raffinerie de France située dans la région du Havre et bloquée depuis jeudi matin, ont voté vendredi l'arrêt des installations et entamé la procédure d'arrêt des installations qui va durer plusieurs jours. Il en est de même pour la raffinerie Total de Feyzin, près de Lyon et celle de Donges (Loire-Atlantique) selon les syndicats. La 3e raffinerie de France, celle d'Exxon Mobil, à Notre-Dame-de-Gravenchon, est également bloquée depuis jeudi et va le rester, selon les syndicats.

La levée des blocages vendredi de plusieurs importants dépôts de carburants et les arrêtés permettant aux camions-citerne de circuler le week-end ont toutefois permis de réalimenter certaines stations dès samedi matin. Selon la préfecture de Seine-Maritime, on notait ainsi une nette amélioration de l'approvisionnement, avec quelque 200 camions attendus au dépôt de Grand-Quevilly.

Plusieurs dépôts restaient toutefois perturbés samedi, notamment dans le Nord où quatre centres de stockage du Dunkerquois et du Valenciennois ont de nouveau été bloqués, après l'évacuation de trois d'entre eux la veille, ou à Cournon d'Auvergne (Puy-de-Dôme). Et les salariés de la raffinerie Total de Donges (Loire-Atlantique), qui ont voté à 55% vendredi l'arrêt complet des installations, ont bloqué le dépôt attenant.

"PAS DE RISQUE DE PÉNURIE D'AMPLEUR NATIONALE"

Faut-il craindre une pénurie, à l'instar de ces nombreux automobilistes qui se ruent dans les stations-service ? Alain Vidalie a tenté de rassurer vendredi matin sur France Info. "Nous n'avons pas utilisé pour l'instant les stocks stratégiques, donc il n'y a pas pas de risque de pénurie à court terme", assurait le ministre, faisant le même constat qu'il avait fait deux jours plus tôt, rappelant qu'"en France, il y a un système organisé qui s'appelle 'les stocks stratégiques'" qui n'avaient pas encore été utilisé.



Des propos corroborés par le spécialiste Francis Perrin un peu plus tard dans la journée sur la même radio. Selon le président du groupe de presse Stratégies et politiques énergétiques, il n'y a "pas de risque de pénurie d'ampleur nationale". "Nous avons en France des stocks stratégiques, qui ont été conçus pour éviter des ruptures d'approvisionnement venant de l'étranger", mais pouvant servir dans d'autres situations, comme lors d'une grève, a-t-il détaillé. "Ces stocks sont calculés pour nous permettre de faire face à trois mois d'importation nette de pétrole". Il n'excluait néanmoins pas "des pénuries locales ou régionales", évoquant de "vrais problème dans l'Ouest".

Selon ce spécialiste, tout dépendra de la façon dont les appels à la grève illimitée dans les raffineries, relayés notamment par la CGT, seront suivis ou pas. "Nous parlons d'un mouvement social : on sait comment ça commence, pas comment ça finit. Il faut être prudent", a souligné Francis Perrin. En cas de blocage de l'ensemble des raffineries françaises, "on irait forcément au-devant de sérieux problèmes", a-t-il estimé.

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