Blanquer : "Non, je ne défends pas une vision passéiste de l'école"

Blanquer : "Non, je ne défends pas une vision passéiste de l'école"
Le ministre de l'Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, le 20 avril 2018 à Paris.
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, publié le dimanche 20 mai 2018 à 12h40

"Être moderne, ce n'est pas édulcorer". Dans une interview accordée au Journal du dimanche, le ministre de l'Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, défend son bilan et sa stratégie et réfute l'idée de favoriser "une vision passéiste de l'école".

Dédoublement des CP et CE1 en zone prioritaire, assouplissement de la réforme du collège et des rythmes scolaires, réforme du bac et du lycée...

Depuis son arrivée rue de Grenelle, Jean-Michel Blanquer a lancé une série de réformes assez consensuelles. Il a aussi publié des recommandations sur l'apprentissage de la lecture, la dictée ou les mathématiques, plus contestées par les syndicats d'enseignants et certains parents d'élèves. Le ministre est d'ailleurs souvent présenté comme "un conservateur" par ses détracteurs. Il est aussi régulièrement soutenu par certains ténors de l'opposition à droite.

"Nous fixerons des repères de progression annuels en français et en maths"

"Je suis souvent caricaturé, j'ai besoin d'expliquer que je suis souvent plus subtil que ce qui est décrit dans la presse", expliquait le ministre vendredi à la presse lors de la présentation de son troisième livre L'École de la confiance. Prenant l'exemple du débat autour des différentes méthodes de lecture, il a invité à "dépasser les clivages stériles" ou autres "fake news". "Je suis souvent décrit comme passéiste pour l'école, c'est évidemment faux", avait-il ajouté.



"Être moderne, ce n'est pas édulcorer", ajoute-t-il dimanche dans le JDD. "N'en déplaise aux agacés professionnels, il faut examiner nos forces et nos faiblesses, regarder ce qui marche mieux dans d'autres pays et ce que dit la recherche internationale. Ceux qui nient l'apport des sciences nouvelles peuvent-ils se proclamer progressistes ?", lance-t-il.

"On n'est jamais trop ambitieux pour les élèves"

"Au primaire, il faut apprendre la conjugaison de tous les groupes de verbes, à tous les temps et à toutes les personnes", poursuit-il. "Au passé simple, on ne peut pas se contenter de la troisième personne du singulier et du pluriel ! Nous fixerons cet été des repères de progression annuels en français et en maths pour éviter de se retrouver à la fin avec des lacunes irrattrapables", prévient-il. "Je veux en finir avec l'illusion du 'cet élève ne sait pas lire en fin de CP mais il apprendra plus tard'".



"Je ne vois pas pourquoi pourquoi un enfant de 2018 n'aurait pas les même capacités qu'un enfant de 1960 ou de 1905", explique-t-il également. "J'entends déjà les critiques : 'La Fontaine, c'est du vieux Français, les enfants sont dépassés !' Mais j'ai constaté l'inverse" . "Quand j'ai lu Le Laboureur et ses enfants dans un quartier défavorisé de Tourcoing, les CM2 ont tout compris. La leçon de cela, c'est que les élèves adorent découvrir : on n'est jamais trop ambitieux pour eux".

"Retrouver le goût de l'excellence"

A-t-il l'impression d'avoir enclenché de véritable transformation à l'école ? "Je l'ai souvent répété : 20% des élèves sortent de l'école primaire sans maîtriser les savoirs fondamentaux", répond-il. "Améliorer ces résultats médiocres et retrouver le goût de l'excellence sont mes obsessions".



Et le ministre d'ajouter : "Un an, c'est court mais nous avons fixé des priorités : le primaire, le lycée professionnel et une action résolue pour les territoires défavorisés, urbains et ruraux". Selon lui, "beaucoup de leviers" de levier ont été actionnés. "Les premières remontées sur le dédoublement du CP montrent des progrès très nets dans la fluidité de la lecture", annonce-t-il.

Vers un meilleur taux d'encadrement en maternelle

"L'idée est d'enclencher le cercle vertueux de la confiance", ajoute-t-il. "C'est la clé du succès : les pays qui s'en sortent le mieux sur le plan scolaire sont ceux où la société a confiance en son école. Les professeurs y sont respectés et les élèves prennent plaisir à apprendre".

Envisage-t-il de dédoubler certaines classes de maternelle ? "Cette idée n'a rien d'absurde", répond-il. "Je l'ai moi-même envisagée dans un livre précédent. Mais il y a des contraintes économiques et pratiques - comme l'exiguïté des locaux. Nous travaillons avec les communes pour développer le travail en équipe et valoriser celui des Atsem [personnel de service]. Notre objectif est de parvenir ainsi à un meilleur taux d'encadrement des enfants".

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