Bertrand Cantat ou l'impossible droit à l'oubli

Bertrand Cantat ou l'impossible droit à l'oubli

Le chanteur Bertrand Cantat lors d'un concert à La Rochelle le 1er mars 2018

AFP, publié le vendredi 16 mars 2018 à 19h49

Il a purgé sa peine mais paie toujours une condamnation morale: quinze ans après la mort de Marie Trintignant, Bertrand Cantat a décidé de rester en pleine lumière, un choix légal qui le prive du droit à l'oubli, expliquent magistrats et avocats.

Alors que les passions se déchaînent autour des concerts de l'ancien chanteur de Noir Désir, certains sommant Bertrand Cantat de renoncer à toute apparition publique, des voix s'élèvent pour rappeler qu'il a, comme tout justiciable ayant purgé sa peine, le "droit de vivre sa vie".

Bertrand Cantat a été condamné à huit ans de prison en Lituanie pour coups mortels sur sa compagne, la comédienne Marie Trintignant, tuée en 2003 à Vilnius. Transféré en France, il a été libéré en 2007 après avoir purgé plus de la moitié de sa peine en détention, et est resté soumis plusieurs années à un devoir de discrétion.

Le juge d'application des peines qui lui a accordé sa libération conditionnelle a dénoncé "la dictature de l'émotion" et le "tribunal médiatique tout-puissant" qui fait passer au second plan "l'institution judiciaire", dans une tribune publiée jeudi sur le site Franceinfo.fr.

S'il pense "pleinement légitime" le combat pour "la libération de la parole et l'action des mouvements féministes", le juge Philippe Laflaquière estime que celle-ci "tourne maintenant à la vindicte publique" au mépris de la chose jugée.

"Bertrand Cantat a le droit de mener sa vie, il a payé", a martelé de son côté vendredi la ministre de la Culture, Françoise Nyssen.

Que dire aux associations de défense des victimes, qui considèrent que Cantat aurait été bien plus lourdement condamné en France? Que la "clémence" dont il aurait bénéficié devrait l'inciter au silence?

En France, les "coups mortels" avec la circonstance aggravante qu'ils sont portés sur un conjoint sont passibles de 20 ans de réclusion criminelle. Plusieurs magistrats estiment que la moyenne des peines infligées tourne autour de dix ans, soit "un peu plus" que la condamnation de Bertrand Cantat à Vilnius. Mais relèvent qu'il n'y a pas de règle, le principe même du droit français étant celui de l'individualisation de la peine, chaque dossier étant différent.

- 'Pas de cadeau' -

Quant à la libération conditionnelle, elle participe de la réinsertion qui est la "première mission" de la peine, comme l'a réaffirmé la loi pénitentiaire de 2007.

"La peine est exécutée, il n'y a pas de cadeau", affirme Cécile Dangles, présidente de l'Association nationale des juges d'application des peines (Anjap). "Il faut permettre aux condamnés qui se comportent bien de préparer leur réinsertion. Il y a beaucoup moins de récidive si la sortie se fait dans le cadre d'un aménagement de peine".

Le cas Cantat est particulier: le chanteur est devenu malgré lui le symbole de la violence contre les femmes, comme l'ex-ministre du Budget Jérôme Cahuzac est encore celui du mensonge et de la fraude fiscale.

"La réinsertion passe par l'exercice de son métier. Dans son cas, c'est d'être chanteur, ce qui cristallise les critiques et le prive, inévitablement, du droit à l'oubli", explique Céline Parisot, de l'Union syndicale des magistrats (USM).

Aux familles de victimes qui affirment qu'elles ne pourront jamais "oublier" la perte d'un enfant, elle rappelle que "la justice n'est pas rendue au nom des victimes mais du peuple français. Ce n'est pas une vengeance".

Ces dernières années, souligne-t-elle, la place de victime a beaucoup progressé dans la procédure judiciaire: elles peuvent se constituer partie civile à différents moments, peuvent donner leur avis dans le cadre d'un aménagement de peine.

Une place parfois si importante qu'elle risque de biaiser le débat, car "on s'identifie plus facilement à celui qui souffre qu'à celui qui est mis en cause", avertit l'avocate Marie-Pompéi Cullin, qui a défendu Jawad Bendaoud, finalement relaxé de recel de terroriste, face à plus de 700 parties civiles.

Pour la pénaliste, la pression des victimes tend à "enfermer une personne dans l'acte, la réduire à l'infraction", sans réhabilitation possible.

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32 commentaires - Bertrand Cantat ou l'impossible droit à l'oubli
  • Cantat aujourd'hui il a tout gagné finalement, les anti-cantats ont perdu la bataille, et stupidement
    Après enquête de police, il y a jugement usant de lois... écrit par des élus du peuple
    Donc démocratiquement il a été incarcéré pour 8 ans, il en est sorti pour 4 ans, et aujourd'hui il est libre de faire ce qu'il veut... ce n'est pas Cantat le responsable, et il est là l'erreur des anti Cantat
    La loi a t'elle évoluée sur le sujet depuis ? Les anti Cantat ont fait quelque chose en ce sens ? pas à ma connaissance, juste à aboyer inutilement au point qu'aujourd'hui ils se sont fait remettre à la place trois fois :
    1-Par la justice, un juge parle de Cantat et du droit à sa liberté d'exercer légalement
    2-Par l'Etat, un ministre de la culture dit la même chose
    3-Le coup de grâce, par la Ligue des Droits de l'Homme
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    Et pour finir de les achever, car quoi que fasse Cantat auprès de ces manifestant, qu'il les ignores (il sera pris pour un lâche), qu'il tente le dialogue (ils ne l'écouteraient pas), qu'ils les insultes ou qu'ile les frappe (ils n'attendent que ça), il a décidé de leur porter le coup fatal : prendre une des manifestante par la tête pour lui déposer un baiser sur le front...
    Désormais, ils sont perdant sur toute la face...
    Alors qu'il aurait été 1.000 fois plus intelligents de se tourner démocratiquement vers les politique pour sensibiliser l'affaire afin d'éviter un autre Cantat, car il y en a eu surement plein depuis, pas assez croupi en prison...
    Bref... stupide, les anti Cantat sont pris pour des extrémistes, et c'est ce qu'ils sont finalement, et la violence continue
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    Le pire, c'est que le gouvernement tente de palier aux soucis de place de prison, et en parallèle commence à plus réfléchir à pouvoir définir plus d'aide pour un détenu qui sort de prison (comme Cantat), qui tente de se réinsérer (comme Cantat), que si on apprend ce qu'il a fait il sera rejeté (comme Cantat), et là Cantat va devenir une icône, un prophète même si ce n'est pas le cas de tous ces anciens prisonniers qui tentent de revivre
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    Stupide... le modéré que je suis (ni pro ni anti Cantat) trouve que les anti Cantat sont des abrutis...

  • il a purgé sa peine , ceux qui ne sont pas d'accord ne vont plus le voir, mais il faut le laisser vivre et chanter c'est son métier.
    quand je vois l'américain je ne me souviens pas de son nom mais il a violé c'est un crime aussi, la France l'accueille, l’honore dans dans les spectacles et cela ne choque personne.....

  • Qu'il pense sa réinsertion autrement que sur scène.

  • la victime a droit à la réinsertion? revenir du royaume des morts?
    Ce monsieur devrait se faire oublier et méditer avec sa conscience.

    Bien sûr.

  • Moi aussi je veux avoir la conscience tranquille pour après donc monsieur cantat j'ai besoin d'un conseil car je suis continuellement en désaccord avec ma femme et désirant m'en séparer je vois qu'avec un simple meurtre ou assassinat la condamnation est très légère et après quelques mois nourri blanchi et logé on retrouve le monde normal en ayant tous les droits ça a l'air génial .
    Donc dites moi ce qu'il faut faire et comment et avec quel avocat.
    En attente de vous lire merci pour vos futurs conseils...