Bernard Tapie : "J'ai une tête à être copain avec Christine Lagarde ?"

Bernard Tapie : "J'ai une tête à être copain avec Christine Lagarde ?"
Bernard Tapie le 12 mars 2014 à Marseille.

publié le dimanche 11 décembre 2016 à 13h30

Dans une interview accordée au Journal du dimanche (JDD), Bernard Tapie assure que l'ancienne ministre de l'Économie, Christine Lagarde, ne lui a fait "aucun cadeau" lors de l'arbitrage avec le Crédit Lyonnais en 2008. "Le scandale, ce n'est pas l'arbitrage qui m'a donné raison mais la façon dont il a été annulé.

Je le démontrerai", assure-t-il.

Christine Lagarde comparaît à partir de ce lundi 12 décembre devant la Cour de justice de la République (CJR) pour son rôle dans l'arbitrage Crédit Lyonnais-Bernard Tapie. Jugée pour "négligence ayant permis un détournement de fonds publics", l'ancienne ministre de l'Économie (2007-2011) encourt une peine maximale d'un an de prison et une amende de 15.000 euros. Une condamnation qui fragiliserait son second mandat à la tête du Fonds monétaire international (FMI). Bernard Tapie va-t-il prendre sa défense ? "Sûrement pas. Elle a dit un jour : 'Est-ce que j'ai une tête à être copine avec Bernard Tapie ?'. Je lui retourne le compliment. J'ai une tête à être copain avec Christine Lagarde ?", déclare-t-il au JDD.



"Elle ne m'a jamais fait de cadeau", poursuit-il. "Si elle a accepté un arbitrage pour solder mon contentieux avec le Crédit Lyonnais - qui durait depuis 13 ans - c'est en y mettant des conditions très sévères : les arbitrages devaient juger en droit, c'est-à-dire en tenant compte de toutes les décisions de justice rendues dans cette affaire ; je devais aussi renoncer à tous mes procès contre la banque et le montant de ce que je pouvais toucher, si je gagnais, était plafonné". Pour l'ancien président de l'Olympique de Marseille, "en tant que ministre, Christine Lagarde a fait ce qu'elle avait à faire. Ni plus ni moins".

"JE SUIS FRUSTRÉ"

À l'origine du dossier, Bernard Tapie reproche au Crédit Lyonnais de l'avoir roulé en lui achetant Adidas pour 315,5 millions d'euros en février 1993 pour le revendre 701 millions en 1994. L'homme d'affaire lance alors plusieurs actions judiciaires contre la banque publique, laquelle frôle la faillite en 1993 avant d'être sauvée par l'État. Un recours à une procédure privée d'arbitrage est finalement décidé à l'automne 2007 par Christine Lagarde. Celle-ci débouche, en juillet 2008, à la condamnation du Consortium de réalisation ou "CDR", qui gère le passif du Crédit lyonnais, obligé de verser 404 millions d'euros (avec les intérêts) à Bernard Tapie. Mais en février 2015, la cour d'appel de Paris annule au civil cet arbitrage. Cela pour "fraude". Bernard Tapie est finalement condamné dix mois plus tard à rembourser ces 404 millions d'euros.


Bernard Tapie ne sera pas entendu devant le CJR. "J'aurais bien aimé être appelé à témoigner mais personne - ni l'accusation ni la défense - ne m'a fait citer. Je suis frustré... Peut-être que personne n'a envie d'entendre ce que j'ai à dire. Tant pis, je trouverai d'autres occasions. Il y en aura!", prévient-il. "Le scandale, c'est n'est pas l'arbitrage qui m'a donné raison mais la façon dont il a été annulé. Je le démontrerai". Et d'ajouter : "Tout le raisonnement qui a permis de dénoncer l'arbitrage est basé sur le rapport d'un commandant de la brigade financière qui, unilatéralement, a revisité des années de procédure pour démontrer l'indémontrable, à savoir que l'arbitrage aurait été truqué. C'est un tissu de mensonges", dénonce-t-il.

"ON NE VEUT PAS SOULEVER LE COUVERCLE"

En cause donc, l'utilisation d'un rapport de police dans la procédure qui a poussé l'homme d'affaires à déposer plainte en septembre contre le policier qui a rédigé le rapport. Une audience est fixée au 6 mars 2017 devant le tribunal correctionnel de Paris. "À a ce procès-là, je serai bien présent", assure-t-il. "Il n'y aura plus d'ambiguïté sur qui a volé et qui a été volé. J'invite tous ceux qui veulent comprendre l'affaire à venir au spectacle. Entrée gratuite !" Et Bernard Tapie de conclure : "Je veux qu'on arrête de dire que j'ai floué le contribuable. Ce que j'ai perçu par cet arbitrage a servi, pour la plus grande partie à rembourser mes créanciers (notamment le fisc). On a ordonné des saisies sur tous mes biens. On me réclame plus d'argent que j'en ai reçu de l'arbitrage".

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