Bergman fait son entrée à la Comédie-Française

Bergman fait son entrée à la Comédie-Française
Julie Deliquet au Théâtre Gérard Philippe de Saint-Denis, le 28 septembre 2015-

AFP, publié le lundi 11 février 2019 à 10h10

C'est l'un des films les plus longs de l'histoire -- plus de cinq heures en version originale: une metteuse en scène va tenter un tour de force en adaptant au théâtre "Fanny et Alexandre", introduisant d'emblée Ingmar Bergman dans le répertoire de la Comédie-Française.

Un défi pour Julie Deliquet tellement cette épopée familiale semi-autobiographique de 1982 et oeuvre-testament du maître du cinéma suédois a marqué les esprits comme l'un des chefs-d'oeuvre du cinéma.

Film aux quatre Oscars diffusé chaque année à Noël à la télévision suédoise, "+Fanny et Alexandre+ est comme un résumé de toute ma vie comme cinéaste", disait le réalisateur, également grand homme de théâtre.

Dans la Suède du début du 20e siècle, Fanny et son frère Alexandre grandissent au sein d'une famille heureuse de comédiens, les Ekdahl. Mais leur destin bascule avec la mort du père et le deuxième mariage de la mère avec un évêque luthérien strict et impitoyable. Le théâtre permet aux enfants et notamment à Alexandre d'échapper à la réalité oppressante.

"Ce film a sa place sur scène justement parce que ça parle tellement de théâtre et de sa confrontation avec la vie", explique la metteuse en scène Julie Deliquet dans un entretien à l'AFP.

Le réalisateur légendaire, qui disait "Le théâtre est mon métier, le cinéma est ma vocation", fait des références dans le film à Shakespeare: le père de famille, Oscar, meurt d'une crise cardiaque en jouant le rôle du fantôme du roi dans Hamlet; le personnage du beau-père, Edvard Vergérus, fait écho à Claudius, le "roi usurpateur" qui a épousé la mère de Hamlet.

"Je n'ai absolument pas l'intention de rivaliser avec la beauté du film, je voulais en faire une version scénique et non pas une adaptation complètement farfelue", explique Julie Deliquet.

- "Aller plus loin au théâtre" -

Au départ un roman écrit par Bergman, "Fanny et Alexandre" est devenu un téléfilm de plus de cinq heures avant qu'il ne soit raccourci à trois heures dans les salles de cinéma, tout comme la pièce qui se joue jusqu'au 16 juin.

Si le film se déroule à travers les yeux des enfants, Julie Deliquet a choisi les benjamins de la Comédie-Française pour interpréter Fanny et Alexandre.

"Je ne voulais pas des enfants qui fassent de la figuration. Je parle d'une génération écrasée à travers les jeunes comédiens de la troupe, comme Jean Chevalier (Alexandre) ou Rebecca Marder (Fanny) qui à l'âge de 23 ans est la plus jeune pensionnaire de la Comédie-Française depuis Isabelle Adjani", poursuit le metteuse en scène.

Face à eux, des acteurs et actrices "cultes" de la Maison de Molière comme Dominique Blanc, Denis Podalydès ou Elsa Lepoivre.

"Fanny et Alexandre" est en grande partie autobiographique: Bergman était lui-même fils de pasteur luthérien ayant eu une enfance à la fois joyeuse et austère. De nombreux éléments et personnages du film étaient inspirés de la famille du réalisateur dont le centenaire de sa naissance a été célébré en 2018.

Julie Deliquet a fait le choix de situer l'action dans un théâtre et non pas dans la maison familiale comme dans le film, mais elle n'est pas dupe des pièges que sous-tend la version scénique.

"Au cinéma, on nous montre quelque chose et on y croit tout de suite. Au théâtre, pour y croire, c'est tellement dur. Dans les scènes de violence, je suis obligée d'aller plus loin au théâtre", souligne la metteuse en scène qui a déjà monté pour la troupe "Oncle Vania" de Tchekhov il y a plus de deux ans.

"Pour faire peur, c'est tellement plus difficile. Un fantôme au cinéma, c'est dingue. Au théâtre, ça peut être la chose la plus nulle au monde", sourit-elle.

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