Affaire Benalla: simple amende pour le "couple de la Contrescarpe"

Affaire Benalla: simple amende pour le "couple de la Contrescarpe"
Georgios D. (g) et Chloe P., arrivent au tribunal à Paris le 8 février 2019 jugés pour violences contre policiers

AFP, publié le vendredi 08 février 2019 à 17h34

Petite histoire dans une affaire Benalla qui n'en finit plus de rebondir, le "couple de la Contrescarpe", dont l'interpellation brutale le 1er mai 2018 à Paris par l'ex-collaborateur de l'Elysée avait fait scandale, a été condamné vendredi à une simple amende pour violences contre des policiers.

Dans la petite salle du tribunal correctionnel où un magistrat unique juge les délits du quotidien - un couple poursuivi pour des violences réciproques, des infractions routières... - le cas de Chloé P. et Georgios D., deux trentenaires aux airs sages, détonne.

La présidente euphémise d'entrée: "Cette affaire a pris un tour beaucoup plus médiatique" qu'une simple histoire de jets de projectiles.

Le journal Le Monde avait identifié en juillet Alexandre Benalla, alors au coeur du dispositif de sécurité autour d'Emmanuel Macron, sur des vidéos le montrant en train de molester ce couple lors d'un rassemblement qui avait dégénéré le 1er mai 2018 à Paris, place de la Contrescarpe, dans le quartier latin, après une journée de manifestations émaillées de violences.

Depuis, l'affaire aux ramifications devenues multiples ne cesse d'empoisonner l'exécutif.

Alexandre Benalla, présent aux côtés des forces de l'ordre en qualité d'"observateur", et Vincent Crase, gendarme réserviste alors employé de La République en marche, avaient remis les jeunes gens à la police.

Le couple venait de lancer des projectiles vers des CRS, une carafe d'eau pour lui, un objet qui pourrait être un cendrier puis une bouteille en plastique pour elle.

Au tribunal pour en répondre, les jeunes gens jusqu'alors sans histoire, contrits, renouvellent leurs regrets.

"On veut juste que ça s'arrête", lance Chloé P., graphiste. "On paie pour ça tous les jours", décrit son compagnon, jeune homme grec vendeur chez un traiteur.

Les jeunes gens ont répété être sortis boire un verre pour fêter six ans de vie commune avant de se retrouver pris dans des heurts.

- "On a perdu le contrôle" -

La jeune femme décrit "un acte irréfléchi" après des provocations des CRS suivies par une charge de ces policiers dont elle ne peut expliquer la raison, si ce n'est de "petits jets de ballons de couleur" de la part de manifestants. "Il y avait de la fumée partout, on a perdu le contrôle".

"Nous n'avons jamais voulu faire de mal - on sait qu'on aurait pu", assure-t-elle. "Nous ne sommes ni manifestants ni fauteurs de trouble, on regrette vraiment".

Aucun policier n'avait été atteint par les projectiles et aucun n'a porté plainte.

L'exploitation des vidéos montre que "les CRS ne sont pas vraiment en train de vous charger", remarque toutefois la juge. 

Dénonçant des faits "graves et inadmissibles", la procureure requiert deux mois d'emprisonnement avec sursis et 400 euros d'amende. Pour elle, le couple "savait que ça pouvait dégénérer", l'ambiance n'étant pas si "paisible" sur la place.

La représentante de l'accusation fait mine de s'étonner de l'affluence médiatique, décrivant "un petit dossier avec des faits établis et reconnus".

Alors que l'avocat du couple, Sahand Saber, a plaidé en faveur d'une dispense de peine, ses clients ayant "suffisamment payé", le tribunal coupe finalement "la poire en deux" en les condamnant chacun à 500 euros d'amende.

Il y a "peu de risques" que les prévenus "recommencent", explique la juge. Et l'on "peut penser que ce qui a suivi cet évènement a déjà développé votre conscience de la gravité des faits", leur dit-elle.

"Nous pouvons considérer que le tribunal nous a entendus, nous ne ferons pas appel", a réagi leur avocat.

Chloé P. et Georgios D. sont par ailleurs parties civiles dans l'enquête visant Alexandre Benalla.

Concernant les faits du 1er mai, ce dernier, autour duquel s'accumulent les révélations, est mis en examen pour "violences en réunion" et "immixtion dans l'exercice d'une fonction publique", place de la Contrescarpe mais aussi au Jardin des plantes où il avait mené un peu plus tôt dans la journée une interpellation musclée. Il nie toute forme de violences et assure avoir agi par "réflexe citoyen".

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