Bébés nés avec des malformations des bras : la cause ne sera probablement jamais connue

Bébés nés avec des malformations des bras : la cause ne sera probablement jamais connue
Un bébé à la maternité d'Angers en octobre 2013 (illustration).

Orange avec AFP-Services, publié le vendredi 12 juillet 2019 à 12h50

Pourquoi un tel nombre d'enfants sont nés avec une main, un bras ou un avant-bras manquants dans certaines zones du Morbihan, de l'Ain et de Loire-Atlantique, entre 2009 et 2013 ? La présidente du comité d'experts chargé de déterminer les causes de ce phénomène a reconnu la "complexité" d'une telle démarche.

La probabilité de trouver une cause commune à ces cas existe mais elle est "infime", a expliqué Alexandra Benachi, chef du service de gynécologie-obstétrique de l'hôpital Antoine-Beclère de Clamart (Hauts-de-Seine), vendredi 12 juillet. La veille, cette spécialiste des maladies congénitales rares a présenté aux familles concernées, aux associations et à plusieurs responsables de registres régionaux de malformations, les conclusions du travail mené par le comité d'experts.

Des conclusions que les familles jugent décevantes. 


Ce comité d'experts, composé d'une vingtaine de scientifiques, a été mis en place en février 2019 pour déterminer les causes possibles de cas groupés d'enfants nés avec une "agénésie transverse des membres supérieurs" dans certaines zones du Morbihan, de l'Ain et de Loire-Atlantique entre 2009 et 2013. Cette malformation se caractérise par l'absence de formation d'une main, d'un avant-bras ou d'un bras au cours du développement de l'embryon.

Dans son rapport, le comité d'experts recommande de mener des investigations complémentaires dans le Morbihan. Mais il écarte une nouvelle enquête dans l'Ain, concluant à "l'absence d'excès de cas" de malformations dans ce département. Pour les cas de bébés nés en Loire-Atlantique, les experts n'ont pas encore pu statuer. En effet, l'absence de registre de malformations dans ce département rend difficile la définition du "nombre de cas attendus", essentiel pour déterminer ensuite s'il y a un "excès de cas". 

Investigations complémentaires dans le Morbihan

Pour la zone de Guidel, dans le Morbihan, le comité recommande des "investigations complémentaires". Celles-ci porteraient notamment sur les pesticides épandus à l'époque des grossesses des mères concernées. Mais l'obligation de conserver les registres sur ces produits ne dure que cinq ans, rendant aléatoires les informations qui pourront être recueillies à cette occasion. Les scientifiques recommandent également de vérifier les analyses portant sur la qualité de l'environnement près du domicile des familles (eau, air, sol).

Ces mesures déçoivent les familles, car elles ne constituent pas, selon elles, l'"enquête de terrain" qu'elles appelaient de leurs vœux. "Ils n'exploreront pas la piste des produits (phytosanitaires) de contrebande" qui ont fait l'objet de saisies, regrette Flavie Benizri, représentante de l'association d'aide aux familles Assédea. De même, le comité recommande d'analyser la qualité de l'air et des sols mais à partir des mesures déjà enregistrées, il n'y aura "pas de nouveaux prélèvements". "On attendait plus de réponses, des hypothèses plus concrètes, des produits suspectés, mais rien", a regretté Isabelle Taymans-Grassin, maman d'une enfant concernée, née dans le Morbihan.

Pas d'investigations supplémentaires dans l'Ain

La décision de ne pas poursuivre les investigations dans l'Ain est également décevante pour les familles. Plusieurs cas signalés dans ce département n'ont pas été pris en compte, au motif que le registre des malformations de la région Rhône-Alpes ne prenait pas encore en compte l'Ain aux dates concernées, a expliqué Emmanuelle Amar, responsable de ce registre, disant ne pas comprendre cette décision. "L'argumentaire ne tient pas. Il n'est pas possible de discuter avec quelqu'un qui supprime des cas au motif qu'on n'était pas là", a ajouté l'épidémiologiste, qui avait alerté sur l'existence d'une concentration de cas dans certaines communes du département. 

En octobre, l'organisme public Santé publique France avait indiqué n'avoir identifié aucune cause pour les cas groupés suspects. Il avait estimé qu'il n'y avait pas d'"excès de cas" dans l'Ain. Mais les inquiétudes dans les zones concernées avaient poussé le gouvernement à lancer une nouvelle enquête, menée par Santé publique France et l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses). 

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