Bavures policières : retour sur quatre affaires emblématiques de l'importance prise par les vidéos, qui pourraient bientôt être encadrées

Bavures policières : retour sur quatre affaires emblématiques de l'importance prise par les vidéos, qui pourraient bientôt être encadrées
©Martin BUREAU / AFP

, publié le dimanche 15 novembre 2020 à 11h00

De la mort de Cédric Chouviat aux violences contre les "gilets jaunes" en passant par l'affaire Benalla, les vidéos ont joué un rôle considérable. 

Faut-il encadrer la possibilité de filmer et surtout de diffuser l'image des policiers et des gendarmes ? Tournées au smartphone, parfois visionnées des milliers de fois sur les réseaux sociaux, avant de devenir des éléments-clé de certaines enquêtes, les vidéos de policiers accusés de dérives en intervention s'invitent à l'Assemblée la semaine prochaine, avec l'examen, à partir du mardi 17 novembre de la proposition de loi "sécurité globale" dont l'article 24, un texte LREM controversé, qui divise au sein même de la majorité, prévoie notamment d'encadrer la diffusion de l'image des policiers et gendarmes.



Si l'article est adopté, le fait de diffuser "l'image du visage ou tout autre élément d'identification" d'un policier ou d'un gendarme en intervention dans le but de porter atteinte à son "intégrité physique ou psychique" deviendra passible d'un an de prison et de 45.000 euros d'amende

Les opposants à cette disposition dénoncent un risque "d'autocensure" chez les témoins de violences et une "grave atteinte" au droit de la presse. Ses partisans assurent au contraire que les policiers pourront toujours être filmés, seule "la volonté de les filmer afin de (leur) nuire" pouvant être sanctionnée.

Pour les deux corapporteurs du texte, il s'agit d'ailleurs de "protéger ceux qui nous protègent", les forces de l'ordre, confrontés à une montée de la défiance voire de la violence.

Retour sur quatre affaires, emblématiques de l'importance prise par ces vidéos ces dernières années.

L'interpellation documentée de Cédric Chouviat

Ce livreur à scooter de 42 ans est mort après son interpellation lors d'un contrôle routier houleux à Paris en janvier 2020. Très vite, les avocats de la famille de la victime s'appuient sur des vidéos de témoins ayant filmé la scène pour dénoncer une "bavure". 

Ces vidéos, comme celles retrouvées dans le téléphone du livreur et celles faites par un des policiers, seront versées au dossier. Dans l'une des vidéos tournées par Cédric Chouviat juste avant sa mort, on l'entend dire "j'étouffe" à plusieurs reprises, des mots que les policiers assurent ne pas avoir entendus. Trois d'entre eux ont depuis été mis en examen pour "homicide involontaire".

Cette affaire a relancé le débat sur la "clé d'étranglement", une technique policière controversée. Un rapport d'autopsie a attribué la mort de Cédric Chouviat à une asphyxie avec "fracture du larynx" et à "un état cardiovasculaire antérieur".

Affaire Benalla : la vidéo qui a secoué l'Elysée 

Le 1er mai 2018, Taha Bouhafs, militant devenu journaliste, filme un homme casqué et portant un brassard de police en train de violenter des manifestants sur la place de la Contrescarpe à Paris. Il poste la vidéo sur son compte Twitter.

Les images sont visionnées des milliers de fois mais l'affaire prend une autre ampleur lorsque Le Monde révèle qu'il s'agit d'Alexandre Benalla, "chargé de mission" pour la sécurité à l'Elysée et présent parmi les forces de l'ordre ce jour-là en tant que simple "observateur". 

Le collaborateur du président Emmanuel Macron a été mis en examen, ainsi que quatre autres personnes dans cette affaire, qui a eu des répercussions jusqu'aux plus hauts sommets de l'Etat.

"Gilets jaunes" : les violences policières virales

Des policiers frappant des manifestants dans un Burger King, Jérôme Rodrigues, figure du mouvement, recevant un éclat de grenade tirée par les forces de l'ordre dans l'œil, un CRS jetant un pavé dans la foule : lors des rassemblements des "gilets jaunes", les vidéos des manifestants ou des journalistes deviennent vite incontournables. Chaque action controversée de policiers est systématiquement filmée et aussitôt mise en ligne.

Les séquences deviennent ensuite virales, relayées notamment sur Twitter par le journaliste David Dufresne, l'un des plus mobilisés contre le fameux article 24 et l'un des contempteurs les plus médiatiques des violences policières à travers son décompte "Allô, place Beauvau ?".

Plusieurs de ces vidéos entraîneront l'ouverture d'enquêtes. Jeudi encore, un policier a été condamné à Paris pour des violences lors de l'interpellation de deux "gilets jaunes". L'enquête qui le visait avait été ouverte après des signalements à l'IGPN, la "police des polices", de la part d'internautes ayant vu la vidéo de l'interpellation sur les réseaux sociaux.

Les Misérables : le "copwatch" des quartiers

Bien avant les "gilets jaunes", le "copwatch", c'est-à-dire le fait de filmer la police pour faire connaître des dérives, s'est d'abord développé en banlieue. Symbole de cette pratique importée des Etats-Unis, la vidéo de la violente arrestation d'un jeune, tournée en 2008 par le réalisateur Ladj Ly dans sa cité des Bosquets à Montfermeil (Seine-Saint-Denis).

Ladj Ly transmet les images à la presse et la vidéo servira de preuve à charge contre les policiers, qui seront condamnés. Des années plus tard, cette séquence sera le point de départ du scénario de son film, Les Misérables, primé aux César et au festival de Cannes.
 

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