Barkhane : le crash d'hélicoptères fin 2019 causé par une "mauvaise communication"

Barkhane : le crash d'hélicoptères fin 2019 causé par une "mauvaise communication"
Un hélicoptère Tigre, modèle impliqué dans l'accident au Mali fin 2019.

publié le samedi 30 janvier 2021 à 15h31

Un rapport éclairant détaille, deux ans après les faits, une succession de petites erreurs ayant conduit au décès de 13 militaires français, l'un des plus lourds bilans en opération extérieure de ces dernières décennies. 


Le rapport du Bureau enquête accident pour la sécurité de l'aéronautique d'Etat (BEA-E) alimente la théorie d'une communication défaillante lors de cet accident, fin 2019 au Mali. 

Selon ce rapport, "les équipages n'ont pas détecté la présence d'un autre aéronef. Leurs consciences respectives de la situation étaient erronées.

Les causes relèvent exclusivement du domaine des facteurs organisationnels et humains".


Les deux aéronefs, un hélicoptère de combat Tigre et un Cougar servant au transport de commandos, volaient à très basse altitude par une nuit noire, alors qu'ils appuyaient des commandos au sol. Aucun des occupants n'a survécu.

Le BEA-E décrit ainsi une mission tendue, marquée par des divergences d'analyse du terrain entre les équipes au sol et en vol, une "charge mentale" très importante pesant sur les militaires et des modes de communication défaillants.

Une succession de choix

Obnubilés par ce qui se passait au sol, les équipages en ont négligé certaines règles de sécurité. Le rapport décrit un "déséquilibre de priorisation entre l'implication dans les objectifs opérationnels de la mission d'une part, et les impératifs de sécurité et de la gestion du risque d'abordage d'autre part". 

Les enquêteurs énumèrent une accumulation de mauvais choix et de petites défaillances, alors que le nombre d'appareils en vol (deux Gazelle, deux Tigre et un Cougar) exigeait de prioriser leur sécurité collective.

Venus de deux bases différentes (Gao et Ménaka), les appareils qui se sont heurtés n'avaient pas reçu de briefing de sécurité commun. Des messages indispensables ont été omis sous le coup du stress, le vocabulaire employé s'est révélé imprécis et un nombre trop important de canaux de communication a été activé.

Le rapport se garde pourtant d'accabler les militaires concernés, soulignant les "compromis cognitifs" effectués dans des conditions extrêmes. "Si, a posteriori, ces décisions peuvent être parfois considérées comme non optimales par un observateur extérieur, elles restent néanmoins la solution retenue par l'opérateur pour gérer au mieux les objectifs souvent contradictoires qu'il a à atteindre et les risques auxquels il doit faire face", constatent les auteurs. 

Le crash a constitué l'un des plus lourds bilans humains essuyé par l'armée française depuis l'attentat du Drakkar au Liban en 1983. Outre cette attaque au camion-suicide contre le QG des forces françaises à Beyrouth (58 morts), 19 militaires avaient été tués à Djibouti en 1986 dans le crash d'un Breguet Atlantic (appareil de patrouille maritime).

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