Avocats, médecins, pilotes... Les professions libérales mobilisées à leur tour contre la réforme des retraites

Avocats, médecins, pilotes... Les professions libérales mobilisées à leur tour contre la réforme des retraites
Le Conseil national des barreaux (CNB) s'attend à une "mobilisation extrêmement forte" des avocats contre la réforme voulue par Emmanuel Macron (illustration).

Orange avec AFP-Services, publié le lundi 16 septembre 2019 à 08h14

Les professions libérales descendent dans la rue ce lundi 16 septembre pour défendre leurs "régimes autonomes" de retraite contre le "système universel" voulu par l'exécutif. Elles sont notamment contre la hausse des cotisations annoncée pour les professions libérales.

La fronde contre la future réforme des retraites se poursuit. Après la grève massive à la RATP vendredi, des avocats, médecins et paramédicaux, pilotes, hôtesses et stewarts se mobilisent ce lundi 16 septembre. Ces professions libérales "qui n'ont pas l'habitude de manifester" descendent dans la rue pour défendre leurs "régimes autonomes" de retraite contre le "système universel" voulu par l'exécutif. Elles se rassembleront à partir de 13h place de l'Opéra, à Paris.





"Pour la première fois dans l'histoire sociale de ce pays, des avocats, des professionnels du soin et des salariés du transport aérien réunis en collectif défileront ensemble pour dénoncer le projet de captation sans sommation de leurs régimes autonomes de retraite", a souligné dans le Journal du dimanche le collectif "SOS Retraites", créé par ces professions pour défendre la spécificité de leurs régimes.




Les signataires de cette tribune entendent dénoncer le projet de réforme, qui consiste, selon, eux à "capter sans sommation leurs régimes autonomes de retraite". Ils refusent, disent-ils, de "faire les frais du dogmatisme consistant à fusionner tous les régimes dans un seul régime universel". 

Les avocats en grève

Cette mobilisation est portée par les avocats. Le Conseil national des barreaux (CNB) s'attend à une "mobilisation extrêmement forte" des avocats contre la réforme voulue par Emmanuel Macron. Cette manifestation sera doublée d'une grève des audiences qui s'annonce très suivie, avec la quasi-totalité des 164 barreaux français "mobilisés" selon la Conférence des bâtonniers.

Partout ou presque, les avocats ont décidé de ne plaider aucune affaire et de demander le renvoi des procès. Il n'y aura pas non plus de commis d'office, de consultations gratuites ni de permanences pénales. Seule exception, le contentieux de la liberté (garde à vue, détention provisoire...) restera assuré. Désertant les palais de justice, "des trains entiers d'avocats monteront vers Paris" selon la présidente du CNB, Christiane Feral-Schuhl.

Ce que craignent les professions libérales

À Paris, où exerce près de la moitié des 70.000 avocats français, la bâtonnière Marie-Aimée Peyron fait état d'une "mobilisation sans précédent", car "c'est l'avenir de la profession qui est en jeu". Le "système universel" promis par le chef de l'État doit en effet se traduire par une forte hausse des cotisations "que bon nombre d'entre nous ne pourrons pas supporter", affirme-t-elle. Le rapport Delevoye, qui jette les bases de la réforme, prévoit en effet pour les indépendants un taux de cotisation globale de 28%., contre 14% à l'heure actuelle.

Cette réforme doit aussi entraîner la disparition de la caisse nationale des barreaux (CNBF) et ses 2 milliards d'euros de réserves financières dont Mme Feral-Schuhl craint la "spoliation".

Les infirmiers et kinésithérapeutes libéraux craignent également de devoir doubler leurs cotisations pour assurer leur retraites, tandis quel es médecins conventionnés redoutent une baisse de leurs pensions. Selon Les Échos, ils se demandent si l'Assurance maladie continuera à prendre en charge "une partie de leurs cotisations dans le cadre de leur régime supplémentaire ASV" (Allocations Supplémentaires de Vieillesse).

Les pilotes, mais aussi hôtesses de l'air et stewards veulent de leur côté garder leurs avantages spécifiques, notamment la possibilité de partir plus tôt à la retraite. "On se battra extrêmement fort pour que notre régime ne disparaisse pas", prévient Yves Deshayes, du Syndicat national des pilotes de ligne (SNPL). Il veut sauvegarder la possibilité pour les pilotes de partir à la retraite entre 60 et 65 ans, "car après 35 années de vols de nuit et de décalages horaires, certains sont trop fatigués pour continuer", explique-t-il aux Échos. Ils s'opposent également à l'instauration d'un plafond de cotisations de 120.000 euros de revenus d'activités. "Le recours à la capitalisation au-delà de 120.000 euros par an revient à une perte de rendement de 25 %", regrette Yves Deshayes.

Des rendez-vous d'ici mi-octobre

Pour contenir la fronde, le Premier ministre Édouard Philippe, a chargé le haut-commissaire aux Retraites Jean-Paul Delevoye de rencontrer "d'ici le 15 octobre" les représentants des 42 régimes amenés à s'éteindre, pour "dresser un état des lieux" et "fixer un calendrier de travail".

"Il y a des solutions pour chacune des professions", avec "des durées de transitions adaptées à chacun des cas", assure le haut-commissaire, qui veut "lever les inquiétudes injustifiées". M. Delevoye et la garde des Sceaux Nicole Belloubet recevront ainsi mardi matin les responsables du CNB, de la CNBF et de la Conférence des bâtonniers.

Dans le même temps, la concertation avec les organisations syndicales et patronales, débutée il y a près de 2 ans, va reprendre "jusqu'au mois de décembre" pour tenter de trouver enfin un accord sur l'âge de départ ou la durée de cotisation. Le haut-commissaire va enchaîner les entretiens : lundi avec le Medef, la CFDT et la CPME, mercredi avec l'Unsa, jeudi avec la CFE-CGC et la FNSEA, vendredi avec l'U2P...

Des "consultations citoyennes" s'étaleront en parallèle de fin septembre à "la fin de l'année", via des réunions publiques et une plateforme numérique. Toutes ces discussions doivent déboucher sur un projet de loi qui sera adopté "d'ici l'été prochain", d'après M. Philippe.

En attendant, le dialogue passera aussi par la rue : Force ouvrière et la CGT manifesteront respectivement samedi 21 et mardi 24. Le secrétaire général de la CGT Philippe Martinez a appelé dimanche "à généraliser les grèves". "Ce qu'ont fait les salariés de la RATP, c'est un bon signe qu'il faut généraliser", a-t-il estimé.




 

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