Avec son périple armé, Abdelhakim Dekhar voulait "scénariser" son suicide

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 Croquis d'audience du procès d'Abdelhakim Dekhar, jugé aux assises pour tentatives d'assassinat en 2013 à Paris, le 17 novembre 2017

Croquis d'audience du procès d'Abdelhakim Dekhar, jugé aux assises pour tentatives d'assassinat en 2013 à Paris, le 17 novembre 2017

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© AFP, Benoit PEYRUCQ
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AFP, publié le vendredi 17 novembre 2017 à 20h17

"Plutôt que m'immoler dans l'indifférence générale, j'ai voulu scénariser mon suicide": Abdelhakim Dekhar a commencé à expliquer vendredi, devant les assises, son périple armé à Paris en novembre 2013, mêlant, confus, son désespoir et ses positions anti-capitalistes.

Son parcours avait démarré à BFMTV le 15 novembre 2013, où il avait menacé avec un fusil à pompe un rédacteur en chef. Trois jours après, il avait grièvement blessé par balle un assistant photographe au quotidien Libération. Il avait ensuite tiré sur l'immeuble de la Société générale dans le quartier d'affaires de la Défense. Sa traque avait duré cinq jours.

"A aucun moment je n'ai voulu m'en prendre à la personne humaine", a affirmé Abdelhakim Dekhar, jugé pour tentative d'assassinat. "Je voulais m'en prendre de manière symbolique à une structure. Le but, c'était mon suicide, j'ai voulu scénariser ma mort", a poursuivi l'accusé, qui voulait "une mort romantique".

Pendant l'enquête, cet homme aujourd'hui âgé de 52 ans et aux cheveux grisonnants avait expliqué vouloir être tué par la police. Mais à chaque étape de son périple, il avait rapidement pris la fuite, sans attendre l'arrivée des forces de l'ordre. 

Il avait été identifié après avoir été dénoncé par un ami qui l'hébergeait. Les policiers l'avaient retrouvé allongé dans une voiture, à demi-conscient après avoir tenté de se suicider en avalant des médicaments.

A propos de César Sébastien, l'assistant-photographe qu'il a grièvement blessé par balle au thorax, l'accusé déclare: "Une tragédie a eu lieu. Je ne l'ai pas souhaitée. M. César a subi une grave injustice".

- "Combattre les journalopes" -

Au début de l'enquête, Abdelhakim Dekhar avait mis en avant son "combat politique" pour expliquer ses gestes. Devant la cour d'assises, il revient sur ces propos qu'il aurait tenus parce qu'il était affaibli par une grève de la faim.

"J'ai confondu mon désespoir avec ma pensée politique", affirme-t-il. "Des malheurs sont devenus ingérables", explique Abdelhakim Dekhar depuis le box des accusés. Le "déclic" a été la séparation d'avec ses enfants, une fois que sa compagne l'a accusé de violences. Il dit avoir démarré "un travail d'introspection" en prison. 

Mais la politique revient toujours à grands pas, et souvent de manière inattendue, avec Abdelhakim Dekhar. Il invite l'avocat général à relire Bourdieu, cite Orwell. "Le néo-libéralisme a entrainé l'atomisation de l'individu", lâche-t-il.  

Quand le président de la cour lui demande de se présenter, il explique que son nom a été donné à sa famille "par l'administration coloniale en 1870" en Algérie et dénonce "la politique coloniale de spoliation des terres".

Revenant à son rapport aux médias, la partie civile cite une lettre de 2008, où l'accusé appelait à "combattre les +journalopes+ où qu'ils soient". "J'ai été formé avec Libération, journal de gauche, qui défendait la cause du peuple. En voyant Libération se faire le chantre du néo-libéralisme, (...) j'étais choqué, perturbé". 

"Vous avez tendance à romancer un peu votre existence", lâche l'avocat général, quand Abdelhakim Dekhar affirme qu'il a travaillé pour les services secrets algériens, contre l'islamisme. 

Une experte-psychologue, qui a rencontré l'accusé, a affirmé à la cour qu'il "avait trouvé du plaisir" dans ses attaques de novembre 2013. Il lui a confié qu'il avait vécu ces moments comme "intenses", "vivifiants". "Il n'a aucune tendance à se remettre en question", a-t-elle noté, le qualifiant de "narcissique". 

Me Pierre-Randolphe Dufau, avocat du rédacteur en chef de BFMTV qui avait été visé par Abdelhakim Dekhar, a critiqué "le charabia idéologique" de l'accusé. Il a déploré un "déni de responsabilité pathétique".

C'est la deuxième fois qu'Abdelhakim Dekhar est jugé aux assises. Il avait été condamné en 1998 dans un dossier criminel majeur de l'époque lié aux milieux de l'ultragauche.

Il était soupçonné d'être "le troisième homme" de l'équipée de deux membres de cette mouvance, Florence Rey et Audry Maupin: une fusillade au cours de laquelle trois policiers, un chauffeur de taxi et Maupin avaient été tués en 1994. 

Le procès doit se terminer le 24 novembre.

 
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