Avec le Brexit, les conseillers municipaux filent à l'anglaise

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Le Britannnique Patrick Head à la mairie de Perriers-en-Beauficel, le 24 janvier 2020 dans la Manche
Le Britannnique Patrick Head à la mairie de Perriers-en-Beauficel, le 24 janvier 2020 dans la Manche
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© AFP, Damien MEYER

, publié le mercredi 29 janvier 2020 à 20h13

Pour un maire, c'est "une perte colossale". Brexit oblige, les Britanniques ne pourront pas être élus aux prochaines élections municipales. Un casse-tête dans les petites communes, où il est souvent difficile de trouver des candidats.  

Avec sa casquette, sa veste rayée et ses lunettes épaisses, Patrick Head ne passe pas inaperçu dans les rues de Perriers-en-Beauficel (Manche). Lors des dernières élections, en 2014, ce sexagénaire originaire du Wiltshire (sud de l'Angleterre) avait raflé pas moins de 89,74% des suffrages dans ce petit village normand, où il a élu domicile en 2004. Soit le meilleur score de cette commune de 216 habitants, où les électeurs peuvent rayer ou ajouter un nom.

Malgré ce plébiscite, cet agent d'entretien chez Lactalis, 28e Britannique à avoir acheté une maison sur la commune, sera "licencié" après les élections de mars prochain, lâche-t-il, "très déçu". 

Comme tous les citoyens européens, les Britanniques avaient jusqu'à présent le droit de vote et d'éligibilité aux élections municipales françaises. Mais cela ne sera plus le cas une fois le Royaume-Uni sorti de l'Union européenne. 

Patrick Head terminera ainsi son mandat mais ne pourra pas être réélu en 2020. Plus de 700 Britanniques sont dans le même cas que lui en France, selon le Répertoire national des élus.

"Ça va nous manquer car Patrick nous aidait beaucoup", regrette la maire Lydie Brionne, qui explique que son colistier faisait "le lien" avec la cinquantaine de Britanniques installés dans ce coin de campagne normande.

A Perriers-en-Beauficel, sur les onze élus de 2014, deux sont Britanniques. "Il va falloir trouver deux nouveaux candidats. C'est difficile de trouver des gens motivés dans une petite commune", souligne la maire, par ailleurs éleveuse de vaches laitières.

"Depuis 20 ans, beaucoup de Britanniques se sont installés, ils ont repeuplé la commune, ça a donné du dynamisme", raconte l'élue. Avec le Brexit, "j'ai peur qu'ils soient obligés de repartir."

- "Très injuste" -


Loin d'être isolé, le cas de ce village normand se retrouve partout où les Britanniques sont fortement implantés. Ainsi à Poupas, village de 85 habitants dans le Tarn-et-Garonne, qui a élu 3 Britanniques sur 11 conseillers municipaux en 2014. Pour le maire Pascal Guérin, leur départ "est une perte colossale, car ils sont parfaitement intégrés à la vie du village, même plus que le reste de ma population". Deux d'entre eux ont cependant obtenu la nationalité française.

"Pour eux, le Brexit est une aberration totale, ils le vivent très mal", explique le maire. "Une conseillère municipale britannique a même pleuré quand Boris Johnson est arrivé au pouvoir."

A Bellegarde-du-Razès, commune de 240 habitants dans l'Aude, les deux élus d'Outre-Manche "apportent une valeur ajoutée" au village, avec "leur importante implication dans le milieu associatif", estime le maire Gilbert De Paoli. L'Écossaise Alisson Mackie, 63 ans, installée depuis 2011, est dépitée de ne plus pouvoir se représenter en mars. "On a construit notre maison ici, on paye des impôts ici, on consomme ici mais on a été rayés des listes électorales", déplore-t-elle.

A Jouac, village de 180 habitants en Haute-Vienne, la maire Virginie Windridge, 39 ans, elle-même mariée à un Britannique, trouve aussi "très injuste que des gens qui sont là depuis des années, payent des impôts et contribuent à la vie de la commune, aient du jour au lendemain le droit +de payer et de se taire+". "C'est dur à avaler", dit-elle.

Les deux élus britanniques actuels ont "un apport important", souligne la maire. "Déjà ils sont un relais avec la communauté britannique de la commune. Et puis ils apportent des idées différentes, une autre façon de fonctionner, de voir les choses", décrit Mme Windridge. "Ils amènent parfois un regard sur ce qui existe ou se fait ailleurs, une autre perspective". 

"Et, il faut bien le dire, culturellement, quelquefois, les Britanniques sont plus ouverts aux changements que nous, ont un peu moins peur de l'inconnu", ajoute-t-elle en donnant en exemple la décision d'éteindre l'éclairage public nocturne.

"Les élus britanniques étaient naturellement les plus ouverts sur cette idée-là, ils voyaient de suite le gagnant-gagnant, pour l'environnement et le budget de la commune", estime-t-elle.

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