Avant un ultime référendum, les indépendantistes aux commandes de la Nouvelle-Calédonie

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Louis Mapou après son élection le 8 juillet 2021 à Nouméa
Louis Mapou après son élection le 8 juillet 2021 à Nouméa
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© AFP, Theo Rouby

publié le mercredi 28 juillet 2021 à 11h21

A quelques mois du troisième référendum sur une séparation ou non avec la France, les indépendantistes du FLNKS s'installent à la tête des deux principales institutions de Nouvelle-Calédonie, après la réélection mercredi de Roch Wamytan à la présidence du Congrès.

"Pour la première fois depuis l'accord de Nouméa (1998), se dessine une conjoncture institutionnelle inédite", a déclaré M. Wamytan (Union Calédonienne-FLNKS), qui a été réélu mercredi pour un an au "perchoir".

Le scrutin est intervenu alors que le 8 juillet, Louis Mapou, issu de la seconde composante de la coalition indépendantiste, l'Union nationale pour l'indépendance (UNI-FLNKS), a lui été élu président du gouvernement collégial.

Début février, le FLNKS avait fait chuter le gouvernement, mais ses deux courants s'étaient ensuite querellés pendant plusieurs mois pour en ravir la tête.

M. Mapou, qui a succédé au loyaliste Thierry Santa, est le premier indépendantiste, mais aussi le premier Kanak, à diriger l'exécutif de cet archipel en cours de décolonisation.

"Les indépendantistes sont satisfaits mais je veux rassurer les non indépendantistes car nous voulons travailler dans l'intérêt général de la population (...), qui souffre énormément de la situation dans laquelle nous sommes", a promis Roch Wamytan, 70 ans.


La Nouvelle-Calédonie est confrontée à une crise de ses finances publiques, à des comptes sociaux au bord du gouffre et à une économie en net repli en raison des incertitudes politiques et de l'épidémie de Covid-19.

Les frontières du Caillou sont fermées depuis mars 2020.

"C'est un immense défi", a reconnu le ténor de la lutte kanak, alors que l'action des indépendantistes au cours des prochains mois pèsera sur le résultat du troisième et dernier référendum sur l'indépendance de la Nouvelle-Calédonie prévu le 12 décembre.

- "Destin commun" -

Le premier scrutin en novembre 2018 avait été remporté avec 56,7% par les pro-France avant, lors du second en octobre 2020, un tassement de ce score à 53,3%.         

Pour limiter les risques de tensions, l'Etat et les acteurs calédoniens ont récemment décidé que quel que soit son résultat, le vote du 12 décembre sera suivi d'une période de transition de 18 mois avant un "référendum de projet" d'ici fin juin 2023.

Le 12 décembre 2021, "Chacun se décidera en conscience, mais comme je l'avais dit à Nouméa: La France serait moins belle sans la Nouvelle-Calédonie", a lancé Emmanuel Macron depuis sa visite en Polynésie française, appelant à construire d'ici juin 2023 "des institutions durables d'un destin qui devra rester commun". 

Mercredi, Roch Wamytan, candidat unique du FLNKS, a profité des divisions des loyalistes, qui ont présenté deux candidates: Virginie Ruffenach (Avenir en Confiance) et Annie Qaeze (Calédonie ensemble, centre droit).

Au Congrès, qui compte 54 élus, aucun des deux camps, indépendantiste et loyaliste, ne dispose de la majorité absolue et ce sont les trois élus de l'Eveil Océanien, petite formation non alignée, qui jouent les faiseurs de rois. 

Après avoir permis l'élection d'un indépendantiste à la tête du gouvernement collégial, Milakulo Tukumuli, leader de l'EO, s'était engagé à voter pour un loyaliste à la présidence du Congrès "pour respecter les équilibres", posant comme condition une candidature unitaire qui n'a pas été possible. 

Dès le premier tour, M. Wamytan a donc engrangé 29 voix, 26 FLNKS plus trois de l'EO, tandis que Virginie Ruffenach, qui n'a pas fait le plein des élus de son groupe dont 12 se sont abstenus, a récolté sept suffrages et Annie Qaeze, six. 

"C'est regrettable et j'appelle mes collègues à l'unité. Mais aujourd'hui, c'était une affaire de partis politiques, le 12 décembre ce sera l'affaire de tous les Calédoniens car notre destin doit rester français", a estimé Virginie Ruffenach.

En 2018 et 2020, les partis non indépendantistes ont mené campagne en ordre dispersé mais ont récemment promis de mettre cette année leurs rivalités en sourdine pour organiser "une campagne en commun".

"L'enjeu nous engage (...) si on veut éviter que les 4 à 5.000 voix qui pourraient basculer du non vers le oui ne se traduisent le 12 décembre par l'indépendance de la Nouvelle-Calédonie", a mis en garde le député Philippe Dunoyer (CE).

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