Aux assises du Puy-de-Dôme, l'insondable vérité sur la mort de Lilian, 4 ans

Aux assises du Puy-de-Dôme, l'insondable vérité sur la mort de Lilian, 4 ans
Aux assises du Puy-de-Dôme, l'insondable vérité sur la mort de Lilian, 4 ans

, publié le lundi 12 octobre 2020 à 20h51

Enième coup ou chute dans l'escalier ? La cour d'assises du Puy-de-Dôme a tenté de faire la lumière lundi sur la mort de Lilian, 4 ans, pour laquelle comparaît son beau-père qui a admis pour la première fois des violences. 

Cheveux bruns, blouson noir, Steven Gomes a reconnu dès l'ouverture de son procès à Riom (Puy-de-Dôme) qu'il "tapait" régulièrement sur l'enfant et sa mère, jugée à ses côtés pour "non assistance à personne en danger".

Avouant d'abord des "fessées", des "coups de pieds aux fesses" puis des "gifles", il a fini par admettre avoir également frappé le garçonnet "dans le ventre", avec la "main fermée et ouverte".

Notamment le matin des faits "parce qu'il avait fait pipi sur le canapé du salon": "Quand je perds le contrôle, je ne me rappelle plus exactement ce qu'il se passe", se justifie l'accusé âgé de 26 ans.

"Vous le frappiez tous les jours?", le presse le président Sébastien Talenti. "Non, il y a des jours où il ne faisait pas de bêtise...".

Il a toutefois fermement nié être à l'origine de sa mort le 21 février 2017, répétant que l'enfant avait "chuté dans l'escalier" de l'immeuble de Lempdes (Puy-de-Dôme) où vivait la famille suivie par les services sociaux.

Sa mère s'était absentée en début d'après-midi pour un rendez-vous médical, et lui avait confié la garde de ses trois enfants.

L'accusé l'avait appelée quelques minutes après son départ pour lui dire de revenir car Lilian était tombé. A son retour, elle avait découvert le garçonnet allongé, inconscient, dans la chambre du couple. Son compagnon avait quitté l'appartement avec les deux autres enfants alors âgés de 5 et 18 mois.

Les secours alertés par la jeune femme avaient transporté Lilian à l'hôpital où il avait succombé dans la soirée.

- "Nombreuses ecchymoses" -

Dent cassé, cheveux arrachés, "nombreuses ecchymoses": le médecin légiste a énuméré à la barre les multiples blessures, parfois anciennes, constatées sur l'enfant, tandis que les images glaçantes de son corps recouvert d'hématomes défilaient sur les écrans de la Cour.

L'ensemble des lésions observées "témoigne d'une maltraitance", a conclu le médecin, tout en jugeant "scientifiquement possible" que les blessures fatales -un traumatisme crânien- soient liées à une chute.

Une enquêtrice a dépeint un accusé "impulsif, +addict+ aux jeux vidéo, consommateur régulier de cannabis et d'alcool".

"Avez-vous recueilli des avis positifs le concernant?", l'interroge le président. "Non...", a-t-elle lâché.

L'homme a déjà été condamné pour violences, notamment sur une ex-compagne. D'autres anciennes partenaires le décrivent comme "violent" "dangereux" et "manipulateur" tandis que ses deux soeurs ont affirmé qu'il les avait frappées.

En août 2015, le père biologique de Lilian avait soustrait l'enfant à sa mère après avoir remarqué des bleus sur son visage et avait porté plainte.

"Tout le monde se rend compte qu'il y a un problème et il ne se passe rien", malgré onze passages aux urgences et quatre signalements concernant Lilian, a déploré auprès de l'AFP Me Myriam Guedj Benayoun, avocate de l'association "Innocence en danger" qui s'est constituée partie civile.

Un enfant meurt tous les cinq jours sous les coups de ses parents ou beaux-parents, a-t-elle rappelé.

La mère de Lilian, silhouette fine, cheveux longs décolorés, pantalon noir, veste claire, est restée impassible y compris lors de la diffusion des images de son enfant.

En début de soirée elle a témoigné en pleurs des coups que lui infligeait "chaque semaine" son concubin sous "n'importe quel prétexte". 

Quant aux violences sur Lilian, "j'essayais de m'interposer mais rien ne fonctionnait", a raconté la jeune femme, qui a eu depuis un quatrième enfant placé "en raison des violences conjugales" de son nouveau partenaire.

Le magistrat instructeur a estimé qu'elle ne pouvait ignorer "le danger que constituait la présence de son compagnon auprès de Lilian". Elle encourt pour cela deux ans de prison et 30.000 euros d'amende.

L'accusé risque quant à lui la réclusion criminelle à perpétuité. Verdict mercredi.

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