Autotests dans les lycées : les raisons d'un fiasco

Autotests dans les lycées : les raisons d'un fiasco
Des autotests réalisés dans un lycée de Seine-Saint-Denis.
A lire aussi

publié le jeudi 20 mai 2021 à 10h02

Jean Castex voyait dans les autotests au lycée "une nouvelle arme" pour "casser les chaînes de contamination".

Seulement 5 à 10 % de taux d'acceptation. Les autotests restent pour l'heure un véritable échec au lycée.

"Les autotests arrivent en ordre dispersé pour les élèves, avec très souvent un manque de doses par rapport à l'effectif global, mais on espère que le ministère n'en a finalement pas commandé tant que cela car le taux d'acceptation n'est que de 5 à 10%" en moyenne, a décrit Philippe Vincent, secrétaire général du principal syndicat des chefs d'établissement (SNPDEN).



Censée être simple d'utilisation et indolore, cette forme de test antigénique sur prélèvement nasal à réaliser soi-même donne un résultat rapidement, en 15 à 20 minutes. Son objectif est de dépister les personnes qui n'ont pas de symptômes et ne sont pas personnes contacts, selon le ministère de la Santé. Déployés depuis le retour des lycéens en présentiel le 3 mai, le Premier ministre Jean Castex avait alors présentés les autotests comme "une nouvelle arme" pour "essayer de casser les chaînes de contamination".

"Une logique collective" 

Sur Franceinfo jeudi 20 mai, Bruno Bobkiewicz, proviseur de la cité scolaire Berlioz de Vincennes et également cadre du SNPDEN-UNSA apporte des explications à cette défiance. "On est sur une période où quasiment chaque lycéen a un enjeu important : passage en classe supérieure ou des examens sur cette fin d'année. Les élèves ont envie d'être présents et n'ont pas envie de prendre le risque d'un éventuel résultat positif qui entraînerait une éviction", a-t-il expliqué. Autre raison ? "La logique collective. C'est-à-dire qu'à partir du moment où je suis positif j'entraîne avec moi l'intégralité de ma classe", poursuit-il. "Les élèves et les familles n'adhèrent pas à ce dispositif", lâche-t-il. Preuve à l'appui dans son propre établissement de la cité scolaire Berlioz à Vincennes : "Sur 400 élèves potentiels, 52 se sont préinscrits et 10 autotests ont été réalisés réellement".

Des écouvillons qui font peur

Dans un lycée d'Amiens, on complète la liste des raisons de bouder ces tests. "Le système d'écouvillon leur fait peur, certains ont l'expérience du test PCR où il monte plus haut dans le nez", avance Mme Gadroy pour l'AFP, qui reçoit les élèves pour les autotests à leur demande. Elle évoque également la lassitude des jeunes vis-à-vis des protocoles sanitaires. "On sent qu'on a un travail à faire auprès des familles pour expliquer ces autotests et l'intérêt qu'ils présentent dans la lutte contre le virus", note de son côté Raphaël Muller, recteur de l'académie d'Amiens, en visite dans cette cité scolaire. 

Un problème de packaging ? 

Autre difficulté, l'obligation de réaliser ces tests au lycée. Le 8 mai déjà, dans un communiqué de presse commun (ID-FO, Sgen-CFDT et SNPDEN), les chefs d'établissement expliquent que "face au manque de personnels pour faire passer ces autotests et les livraisons au fil de l'eau, la mise en place de ce dépistage est impossible au lycée". "Cela va être compliqué voire infaisable car nous n'avons pas de personnel volontaire suffisant, pas de retour sur les médiateurs évoqués par le ministre et pas assez de locaux", prévoyait déjà Christel Boury, secrétaire nationale du SNPDEN. "Alors on fera ce que l'on peut mais l'équation telle qu'elle est posée est insoluble", lance cette cheffe d'établissement à Paris. 

Sur Franceinfo, Bruno Bobkiewicz précise : "on est en capacité de faire de la prévention, de les distribuer le vendredi soir pour que potentiellement l'élève se teste le week-end". Là encore une nouvelle difficulté se pose, concernant le packaging des autotests cette fois. "Ce sont des boîtes de 25 qu'on ne peut pas séparer", regrette le le secrétaire national du SNPDEN-UNSA.

Au total, le gouvernement a promis de livrer 60 millions d'autotests d'ici l'été dans les lycée. Si le chiffre est respecté et que le taux d'acceptation ne grimpe pas, le gâchis promet d'être immense. "Si les livraisons d'autotests sont acheminées trop tard dans les lycées, une partie va rester sur les bras de l'administration car dès début juin, les élèves ne seront plus très nombreux à venir dans les établissements", avance Sophie Vénétitay, secrétaire générale adjointe du Snes-FSU, premier syndicat du secondaire, auprès de l'AFP.
 

 

Vos réactions doivent respecter nos CGU.