Au tribunal, le fondateur de Bygmalion nie, envers et contre tout

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Le fondateur de Bygmalion, Bastien Millot, le 20 mai 2021 au tribunal de Paris
Le fondateur de Bygmalion, Bastien Millot, le 20 mai 2021 au tribunal de Paris
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© AFP, Bertrand GUAY

publié le vendredi 28 mai 2021 à 20h50

"Vous trouvez pas ça un peu gros ?" Ses dénégations étaient attendues, elles ont pourtant laissé le tribunal pantois. Vendredi, le fondateur de Bygmalion, Bastien Millot, a soutenu, à l'inverse de ses trois ex-collaborateurs, qu'il n'avait jamais été mis au courant du système de fausses factures.

D'emblée, la présidente pose le décor : depuis mardi défilent à la barre les anciens cadres de l'agence qui a organisé les meetings de la campagne 2012 de Nicolas Sarkozy. Le responsable événementiel, son supérieur hiérarchique, et le cofondateur - avec Bastien Millot - de Bygmalion.

Tous trois ont longuement décrit comment l'UMP (devenu LR) leur a demandé pendant la campagne de mettre en place un système de doubles factures, pour masquer l'explosion du plafond des dépenses autorisées. Tous trois ont assuré que le fondateur de Bygmalion - un très proche du patron de l'UMP Jean-François Copé - avait donné son "feu vert", et était "évidemment" parfaitement au courant.  

La présidente Caroline Viguier s'adresse à M. Millot, 49 ans, costaud aux cheveux ras dans un costume gris foncé. 

"Vous, vous n'avez pas reconnu les faits". 

Bastien Millot confirme. Mais il a beaucoup de choses à dire, lui qui "attend ce moment" depuis la révélation de la fraude en 2014. 

D'abord, sur la raison pour laquelle il avait "d'emblée" prévenu ses collaborateurs qu'il ne s'occuperait "ni de près ni de loin" de la campagne du président-candidat.

"Je ne suis pas classé dans la catégorie +amis+", explique-t-il. A l'entendre, Nicolas Sarkozy l'avait cru responsable de fuites de photos du nouveau compagnon de son ex-femme Cécilia.

"Vous n'avez jamais parlé de ça", s'étonne la présidente.

"On ne m'a jamais demandé", répond-il du ton placide qu'il gardera toute l'audience. 

Le tribunal l'interroge sur le fameux moment où, selon son collaborateur Sébastien Borivent, il aurait donné l'ordre d'accepter la fraude. Là aussi, des souvenirs jamais évoqués auparavant lui reviennent. 

- "Il me dit que l'UMP demande à être désormais directement destinataire des factures. Je n'y vois pas d'inconvénient.

- Et ensuite ?, demande la présidente.

- Rien.

- Il ne vous parle pas du système de ventilation ?

- Je suis catégorique, jamais".

La présidente fait lever Sébastien Borivent. "Vous confirmez que vous lui avez bien parlé du système de ventilation ?" 

"L'information était totale, évidemment".  

- "Indignité" -

Au fil de l'interrogatoire, les trois anciens collaborateurs alternent regards ébahis, haussements d'épaules et rires nerveux. 

"Je sais pas quoi vous dire", avait lâché la veille l'ex-coprésident de Bygmalion Guy Alvès, interrogé sur l'attitude de M. Millot, qui était un ami proche. "C'est une blague", "on s'est parlé 25 fois de cette affaire". 

Au tour du procureur. Il veut parler d'un mail écrit par Bastien Millot à ses collaborateurs en avril 2012, alors que la fraude tourne à plein régime depuis un bon mois.  

Il y demande en urgence "la totalité des devis dûment signés par la trésorerie de la campagne ou le directeur financier", "les factures correspondant", ainsi que "la totalité des devis" à venir d'ici la fin de la campagne, "afin d'avoir une visibilité précise des prestations effectuées". 

Le responsable événémentiel Franck Attal et Sébastien Borivent étaient tombés des nues. "C'est ce que j'appelle moi un mail d'avocat", "un mail pour se couvrir", avait commenté à la barre Guy Alvès. 

Même lecture pour le procureur Nicolas Baïetto, qui s'étonne que ce soit le seul retrouvé en perquisition.

"On trouve un mail entièrement à décharge... et rien d'autre. Vous trouvez pas ça un peu gros ?". 

"Non".

Pendant leurs interrogatoires, les anciens de Bygmalion n'ont pas caché leur rancoeur à l'encontre du patron qui les avait lâchés. "Révoltant", avait lancé Franck Attal, la voix tremblant de colère. 

Ils n'ont pas non plus caché leur amertume envers l'UMP, où personne, sauf Jérôme Lavrilleux, n'a reconnu la fraude.

"Je ressens moi-même une colère énorme", ose Bastien Millot à la fin de son interrogatoire. "Nous avons été considérés comme des pestiférés. J'ai trouvé ça, comme dirait le président Sarkozy, d'une indignité totale".

Les anciens responsables de l'UMP seront entendus à partir de lundi. L'interrogatoire de Jérôme Lavrilleux est prévu jeudi.

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