Au procès de la filière jihadiste de Lunel, une relaxe et jusqu'à sept ans de prison

Au procès de la filière jihadiste de Lunel, une relaxe et jusqu'à sept ans de prison

Croquis fait le 4 avril 2018 à Paris montrant 3 des 5 accusés (en partant de la gauche) Hamza Mosli, Adil Barki et Ali Abdoumi lors de leur procès à Paris pour association de malfaiteurs terroriste

AFP, publié le vendredi 13 avril 2018 à 16h15

Pour avoir "encouragé les départs" en Syrie ou être partis eux-mêmes, quatre hommes ont été condamnés vendredi à Paris à des peines de cinq à sept ans de prison au terme du procès de la "filière de Lunel", petite ville de l'Hérault dont une vingtaine de jeunes sont partis faire le jihad.

En l'absence de la plupart des Lunellois partis en Syrie - sur une quinzaine toujours visés par des mandats d'arrêt, une dizaine sont présumés morts - seuls cinq hommes aux profils hétéroclites avaient comparu pendant cinq jours devant la 16e chambre correctionnelle.

Si cette vague de départs, échelonnés entre 2013 et 2014, avait fait de cette ville de Petite Camargue un symbole de l'ampleur du phénomène jihadiste jusque dans de petites villes françaises, ce jugement "n'a pas vocation à expliquer ce qui s'est passé à Lunel", a déclaré la présidente en préambule.

S'étaient toutefois esquissés au cours du procès des éléments d'explication à cette "émulation jihadiste collective", comme l'avaient décrite les juges d'instruction.

Les thèses de l'organisation Etat islamique (EI) avaient prospéré à Lunel sur fond de chômage massif, de sentiment de rejet chez certains enfants d'immigrés et de vide religieux, la mosquée s'abstenant de condamner explicitement les départs.

Elles s'étaient diffusées par le biais d'échanges soutenus de propagande jihadiste entre ces jeunes, mais aussi au travers d'"assises" religieuses, ces réunions qui se tenaient chez un particulier ou au snack "Le Bahut" tenu par Abdelkarim, premier à aller en Syrie fin 2013.

Dans ce contexte, les juges ont considéré que deux des prévenus, par leurs discours et leur diffusion de la propagande de l'EI, avaient encouragé les départs en Syrie.

Hamza Mosli, 29 ans, dont deux frères cadets y sont morts en 2014, "a joué un rôle moteur dans les décisions de certains de partir vers des groupes terroristes", a expliqué la présidente. Il a été condamné à sept ans d'emprisonnement, avec période de sûreté des deux tiers.

En animant certaines des "assises" religieuses, Jawad Salih, 34 ans, a "encouragé, légitimé les départs", a déclaré la présidente, pointant sa "responsabilité extrêmement importante". Sa peine de cinq années devrait lui permettre de ne pas retourner en prison, au vu du temps déjà passé en détention. Le tribunal a jugé son évolution encourageante.

Lors de l'audience, les deux hommes avaient regretté avoir propagé ces thèses d'une extrême violence, et expliqué ne plus y adhérer.

- Un jeune relaxé -

Deux autres prévenus étaient accusés d'être des "revenants" de Syrie.

Ali Abdoumi, 47 ans, a soutenu n'être allé qu'en Turquie. Il a été condamné à sept ans avec deux tiers de sûreté. Devant les dénégations persistantes de cet homme qui était alors éloigné de l'islam radical mais en conflit avec l'administration française, le tribunal s'est interrogé sur "son devenir et sa dangerosité".

Quant à Adil Barki, 39 ans, qui avait passé quelques semaines au sein du groupe jihadiste "L'armée de Mahomet", affecté à l'intendance en raison de crises de panique, il a été condamné à cinq ans. "Déjà à l'époque", fin 2013, ce groupe avait une "visée terroriste", a estimé le tribunal.

Tous quatre ont été condamnés pour association de malfaiteurs terroriste et Hamza Mosli également pour financement du terrorisme.

Le tribunal a enfin relaxé Saad B., 29 ans, frère d'Abdelkarim. Ce jeune homme sans aucun lien avec l'islam radical était poursuivi pour avoir accompagné sa belle-soeur à l'aéroport alors qu'elle repartait en Syrie et lui avoir transmis une collecte de 190 euros. Le tribunal a estimé que cela ne constituait pas, dans son cas, des délits.

Ce jugement était l'un des derniers rendus par le tribunal correctionnel entre les vieux murs du Palais de justice de l'île de la Cité, en plein déménagement vers un gratte-ciel flambant neuf de l'ouest parisien.

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