Au procès Charlie, le silence provocateur du jihadiste Peter Cherif

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Croquis d'audience du jihadiste Peter Cherif lors de son procès devant la cour d'assises spéciale de Paris, le 23 octobre 2020
Croquis d'audience du jihadiste Peter Cherif lors de son procès devant la cour d'assises spéciale de Paris, le 23 octobre 2020
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© AFP, Benoit PEYRUCQ

, publié le vendredi 23 octobre 2020 à 20h49

"Je ne répondrai à aucune question": le vétéran du jihad Peter Cherif a opposé vendredi vingt longues minutes de silence à la cour d'assises spéciale de Paris qui l'entendait sur sa possible implication dans les attentats de janvier 2015.

Il est près de 18H00 quand le visage de ce témoin-clé, présenté par certains comme l'instigateur de la tuerie de Charlie Hebdo, apparaît enfin sur l'écran, après de multiples tentatives pour obtenir sa venue en visio-conférence. 

Mais les murmures de soulagement lâchés dans la salle d'audience sont de courte durée. Depuis la maison d'arrêt francilienne où il est incarcéré, Peter Cherif, pull bleu clair et masque sur le visage, commence à réciter d'une voix monocorde une prière en arabe. 

"Au nom de Dieu le clément et le miséricordieux, le seul témoignage que je vous apporterai aujourd'hui c'est celui de l'unité de Dieu, d'Abraham, de Moïse, de Jésus et du prophète Mahomet", déclame-t-il ensuite en français. 

Le président de la cour d'assises Régis de Jorna insiste, rappelle qu'il est entendu "comme simple témoin", étant mis en cause dans une instruction toujours en cours liée aux attentats de janvier 2015, depuis son arrestation en décembre 2018 à Djibouti et son expulsion vers la France.

Après un long monologue du président de la cour, ce proche des frères Kouachi finit par lâcher: "On m'a forcé à venir pour témoigner sur une affaire pour laquelle je n'ai rien à voir". 

"Je n'ai pas cette attitude et ce comportement dans le but de provoquer, de choquer", assure Peter Cherif, avant de conclure: "A partir de maintenant, je ne vais plus répondre à aucune question". Eloignant sa chaise de la table, il croise les jambes. 

- "On essaie de comprendre" -

Peter Cherif, mis en examen pour "association de malfaiteurs terroriste" criminelle dans un volet disjoint de l'enquête, est soupçonné d'avoir facilité l'intégration en 2011 d'un des frères Kouachi au sein d'Al-Qaida dans la péninsule arabique (Aqpa), organisation qui a revendiqué la tuerie de Charlie Hebdo. 

L'enquête cherche également à déterminer si Peter Cherif a joué un rôle dans la préparation des attentats. 

Lors de sa remise aux autorités françaises en décembre 2018, Peter Chérif avait accepté de répondre aux questions des policiers antiterroristes. Mais il a ensuite gardé le silence face aux juges d'instruction.

Le président lit une de ses dépositions. Peter Cherif disait alors: "Les attentats ça m'a dégoûté et ce n'est pas l'islam". "Est-ce que vous reconnaissez que vous avez tenu ces propos?", tente le magistrat. 

"On essaie seulement de comprendre", relance Régis de Jorna, avant de lui poser des questions sur ses liens avec les frères Kouachi, ce qu'il pense des attentats ou de cette "souffrance des victimes" mentionnée lors d'une audition. 

Mais le président n'obtient que de longs silences. 

Sur les bancs des parties civiles, Sigolène Vinson, l'une des survivantes de la tuerie du 7 janvier 2015, fond en larmes. Par un triste hasard, elle était dans l'avion qui a ramené Peter Cherif de Djibouti et avait dit à la cour attendre "des réponses" sur son rôle. 

Après plusieurs démarches infructueuses, le président de la cour cède la parole. Seul un avocat de la partie civile, Antoine Casubolo-Ferro, se risque au "tour de questions". 

"Est-ce que la ville de Dammartin-en-Goële vous dit quelque chose?", questionne l'avocat de Michel Catalano, patron de l'imprimerie où s'étaient retranchés les frères Kouachi, avant d'être abattus par les forces de l'ordre. 

Me Casubolo-Ferro s'interroge notamment sur un stage effectué par Peter Cherif fin 2010-début 2011, juste avant son départ au Yémen, dans une auto-école de Dammartin jouxtant l'imprimerie. Un élément "troublant", aux yeux de l'avocat.

Sur l'écran, Peter Chérif maintient son attitude défiante. Après 23 minutes, le président de la cour interrompt la visio-conférence: "Au revoir Monsieur", lui lance-t-il, sans plus de réponse.

Une attitude regrettée après l'audience par plusieurs avocats. "Par son refus de communiquer, il nous dit: +eh bien moi je suis toujours dans l'autre camp, je suis toujours votre ennemi et vous êtes toujours des +koufars+ (mécréants, ndlr)", estime Me Casubolo-Ferro. 

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