Attentats : pourquoi deux tribunes de Français musulmans et de Valls font polémique

Attentats : pourquoi deux tribunes de Français musulmans et de Valls font polémique
Une Française musulmane prie pour Jacques Hamel à la cathédrale de Rouen, le 31 juillet 2016.

, publié le lundi 01 août 2016 à 14h53

- Plusieurs responsables juifs critiquent l'"oubli" de la mention des victimes juives des attentats de Toulouse en 2012 et de l'Hyper Cacher en 2015 dans une tribune de Français musulmans publiée dans le JDD. -

Le geste devait être applaudi mais c'est finalement la polémique qui l'emporte.

Dans un appel intitulé "Nous, Français et musulmans, sommes prêts à assumer nos responsabilités", une quarantaine de personnalités - dont le philosophe Abdennour Bidar, l'essayiste Hakim El Karoui et la sénatrice PS Bariza Khiari - se disent "concerné(e)s par l'impuissance de l'organisation actuelle de l'islam de France". Mais le texte a "oublié" de faire mention des victimes juives mortes dans les attentats de Toulouse, en 2012, et dans celui de l'Hyper Cacher en 2015.

Cette tribune débute par une énumération de plusieurs récentes attaques jihadistes en France : "Après l'assassinat de caricaturistes, après l'assassinat de jeunes écoutant de la musique, après l'assassinat d'un couple de policiers, après l'assassinat d'enfants, de femmes et d'hommes assistant à la célébration de la fête nationale, aujourd'hui l'assassinat d'un prêtre célébrant la messe...". Mais les auteurs n'évoquent à aucun moment les victimes de Mohamed Merah, en mars 2012, ni celles d'Amédy Coulibaly, en janvier 2015.

Le Crif a aussitôt relevé cette erreur. Dans un communiqué, le Conseil représentatif des institutions juives de France "note avec inquiétude" cet "oubli lourd de sens", qui constitue, selon lui, "un affront à la mémoire des huit victimes de ces deux attentats, qui ont été ciblées par le terrorisme parce que juifs". Fustigeant la "mémoire sélective" des signataires de la tribune, le Crif estime que cela "empêche surtout de comprendre toutes les dimensions du terrorisme islamiste auxquelles la France est aujourd'hui confrontée". Il et demande à ses auteurs d'"apporter​ ​la clarification ​nécessaire sous peine d'entacher l'utilité de leur démar​che".

L'Union des étudiants juifs de France (UEJF) s'alarme, pour sa part, "de l'effacement du problème de l'antisémitisme" dans l'appel. "Si je ne doute pas des bonnes intentions des auteurs de cet appel, je ne m'explique pas leur indifférence face à l'antisémitisme, qui est pourtant une composante essentielle de l'islamisme radical", affirme le président de l'UEJF, Sacha Reingewirtz, dans un communiqué.

"Nous, Français et musulmans tenons à dire avec la plus grande clarté que nous ne faisons aucune différence entre les victimes du terrorisme aveugle qui frappe notre nation depuis de nombreux mois", a expliqué la sénatrice Bariza Khiari sur sa page Facebook.

BÂTIR UN PACTE

Cette tribune, publiée dimanche 31 juillet dans le "Journal du dimanche", accompagnait celle de Manuel Valls. Dans ce texte, si le Premier ministre constate que "l'islam a trouvé sa place dans la République", "face à la montée du djihadisme", il y a, selon lui, "urgence" à "bâtir un véritable pacte" avec la deuxième religion de France, à travers une "Fondation pour l'islam de France".

Après les attentats de Nice, le 14 juillet, et de Saint-Étienne-du-Rouvray (Seine-Maritime), le 26 juillet, le chef de gouvernement appelle à "un devoir de lucidité face à la montée de l'islamisme et du djihadisme mondialisé avec sa vision apocalyptique", qui prend "en otages de nombreux musulmans de France". Pour finir sur une mise en garde : "Si l'islam n'aide pas la République à combattre ceux qui remettent en cause les libertés publiques, il sera de plus en plus dur pour la République de garantir ce libre exercice du culte."

MAUVAIS "TIMING"

Certains membres de la communauté musulmane juge ce texte maladroit. Comme le rapport Europe 1, à Lens, les membres de l'Union des musulmans citoyens du Pas-de-Calais, qui participaient dimanche à une messe en hommage au prêtre tué à Saint-Étienne-du-Rouvray, ont dénoncé certains passages. Comme celui où Manuel Valls évoque un "devoir de lucidité" des musulmans face au djihadisme.

Les terroristes "sont des repris de justice, des alcooliques, des psychopathes, pas du tout des personnes qui sortent d'une mosquée", estime ainsi Brahim Aït Moussa, un membre du collectif. Il dénonce également le mauvais "timing" de cette tribune : "Il n'y a absolument aucun lien entre le financement et ce qui s'est passé (à Saint-Étienne-du-Rouvray, ndlr), surtout lorsqu'on connaît le profil de ces assaillants, qui n'ont pas de lien direct avec les mosquées. Ce n'est pas le moment de faire de la récupération."

Également interrogé sur Europe 1, Anouar Kbibech, président du Conseil français du culte musulman (CFCM), estime que "les musulmans de France" ont "toujours pris leurs responsabilités depuis les attentats de janvier 2015". "Un vrai travail de fond a été mené", souligne-t-il.

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