Premiers émois, premières trouilles: c'est l'amour à l'école

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"Le sentiment amoureux occupe une grande partie de l'énergie psychique des enfants", rappelle le psychiatre psychanalyste Didier Lauru
"Le sentiment amoureux occupe une grande partie de l'énergie psychique des enfants", rappelle le psychiatre psychanalyste Didier Lauru
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© AFP

, publié le mercredi 12 février 2020 à 15h39

"On joue ensemble", "on se fait des bisous": ils ont entre 6 et 10 ans et leurs premiers amours se jouent à l'école, un "galop d'essai" dans l'éducation sentimentale.

Depuis le début de l'année, Lucas, en CM1 dans une école près de Paris, collectionne les lettres d'amour. Il en a reçu cinq, écrites à la main sur des papiers quadrillés, agrémentées de nombreux cœurs.

"A chaque fois, les filles me décrivent leurs sentiments et espèrent que je ressens la même chose", raconte-t-il. Il leur répond qu'il les "aime bien"... "pour être gentil".

Dans sa vie, il n'a été amoureux "que" deux fois. La dernière fois, il trouvait la fille "jolie et drôle". Il n'a jamais osé lui déclarer sa flamme mais affirme qu'il a "cassé" à la fin du CE2.

Selon le psychiatre psychanalyste Didier Lauru, auteur du livre "La sexualité des enfants n'est pas l'affaire des grands", le sentiment amoureux occupe une grande partie de l'énergie psychique des enfants.

"Souvent, cela se résume au fait de trouver l'autre gentil(le) ou joli(e)", explique-t-il. "Les sentiments existent vraiment mais ils sont rarement très profonds, c'est un petit galop d'essai de la vie amoureuse".

Du haut de ses 7 ans, Charlotte, en CE1 dans une école des Hauts-de-Seine, en connaît déjà un rayon: "L'amour, ça te fait battre le cœur, tu as un peu la trouille aussi", dit-elle, en affirmant qu'avec l'élu de son cœur - le même depuis la maternelle - ils se sont déjà fait des "bisous sur la bouche".

Pour Fanny, professeure des écoles dans le sud de la France, les manifestations amoureuses des élèves varient beaucoup en fonction de l'âge: "Au CP, ça les amuse beaucoup de se chercher un amoureux ou une amoureuse, ça s'apparente souvent à un jeu". "A partir de 8-9 ans, il y a davantage de retenue dans l'expression des sentiments, une sorte de gêne commence à s'installer". 

- "Un truc de filles" -

"C'est un peu la honte de dire qu'on aime quelqu'un, tous les autres vont nous embêter avec ça", confirme Vincent, en CM2 dans une école de l'ouest parisien.

"Si je suis amoureux, on va me dire que c'est +un truc de filles+", renchérit son camarade Léo, qui n'en parle qu'à ses "meilleurs copains".

Ces mots, Kevin Diter, post-doctorant à l'Ecole des hautes études en santé publique, les a souvent entendus. Après avoir passé un an auprès d'une centaine d'enfants dans une école primaire, il a publié l'an dernier une thèse sur "L'enfance des sentiments", dans laquelle il constate des différences dans l'apprentissage de l'amour entre filles et garçons. 

"Les premières en parlent volontiers, alors que cela reste souvent un sujet de moquerie chez les seconds", décrit le sociologue. Une différence qui s'explique, selon lui, par le fait que de nombreux jouets, vêtements ou livres participent dès le plus jeune âge "à l'assignation sexuée des sentiments amoureux". 


Ainsi, le symbole du cœur ou les inscriptions "I love you" figurent généralement sur des vêtements féminins. "Dans de nombreux films pour enfants, ce sont les filles qui portent ce sentiment", explique-t-il encore.

Autre enseignement de son enquête: "les mères servent généralement d'interlocutrices principales" quand il s'agit de raconter les histoires de cœur. Mais "si les pères s'investissent dans l'éducation sentimentale de leurs garçons, ces derniers déclarent plus volontiers qu'ils sont amoureux".

Paul, en CM2 à Lille, n'est pas du genre à cacher ses émotions: "J'ai été plein de fois amoureux. La première fois j'avais 3 ans". Sa dernière conquête remonte à une semaine: "Pendant la classe, je lui ai envoyé un petit mot, avec écrit +je t'aime+; le lendemain, à la récré, elle me disait qu'elle aussi".

"On joue ensemble, on se fait coucou dans la classe, mes parents sont au courant", lâche-t-il. Mais ce cœur d'artichaut est aussi fataliste: "A un moment, on se lasse..."

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