Attentats de Paris : les confessions du "commando" arrêté en Autriche

Attentats de Paris : les confessions du "commando" arrêté en Autriche
Attentats

, publié le mardi 26 avril 2016 à 13h30

Les terroristes qui ont frappé la France le 13 novembre auraient pu être 11 au lieu de 9, si deux d'entre eux n'avaient pas été retardés dans leur périple vers la capitale française.

C'est sur l'île grecque de Leros, que le destin de deux terroristes et de leur potentielles victimes s'est joué. En ce jour d'octobre 2015, 198 migrants arrivent de Turquie.

Parmi eux, quatre hommes qui ne sont pas venus en Europe pour fuir la guerre et la misère. Ils sont tous en possession de faux passeports syriens. Deux d'entre eux vont pouvoir continuer leur route à travers l'Europe. Le 13 novembre, ils déclencheront leur veste explosive aux abords du Stade de France.

Les deux autres seront retenus trois semaines, quand les policiers grecs découvriront leurs passeports falsifiés. Le 10 décembre, ils seront de nouveau arrêtés dans un camp de réfugiés en Autriche, cette fois à la demande des autorités françaises.

C'est le parcours de ces hommes que le Washington Post a retracé, après avoir consulté les documents relatifs à l'enquête sur ces deux terroristes en puissance. Aujourd'hui détenus dans une prison en Autriche, ils sont passés aux aveux au cours d'interrogatoires d'une durée totale de 150 heures, et ont permis aux services de sécurité européens d'ouvrir des enquêtes sur différents pistes.



Ces deux hommes, ce sont Adel Haddadi, un algérien de 29 ans, et Mohamed Usman, un Pakistanais de 23 ans. Les deux hommes sont déjà connus des services de contre-terrorisme, Haddadi figurant sur une liste algérienne en raison de son extrémisme, et Usman étant lié à deux groupes terroristes pakistanais proches d'Al-Qaïda.

Pour eux, le périple commence en septembre, dans une ville syrienne contrôlée par l'Etat islamique. Là, ils participent à une réunion, au cours de laquelle un dirigeant du groupe jihadiste leur assigne une mission. "Votre mission est de vous rendre en France, pour tuer, pour devenir un martyr", leur dit-il, selon le témoignage d'Haddadi et d'Usman, cité par un membre d'une force de sécurité européenne. Leur voyage débute alors. Ils franchissent d'abord la frontière turco-syrienne avec l'aide de passeurs, rejoignent la côte, puis traversent la Méditerranée jusqu'à l'île de Leros.

- Haddadi et Usman piégés par leur méconnaissance de la Syrie -

C'est là que la machine se grippe. Alors que les deux terroristes irakiens qui les accompagnent sont autorisés à poursuivre leur route, Haddadi et Usman attirent l'attention de l'agence européenne qui gère les frontières, Frontex. Le Pakistanais Usman ne parle pas bien arabe, tandis que l'Algérien Haddadi ne connaît presque rien de la ville syrienne de laquelle il est censé être originaire. Selon les règlements européens, Frontex est tenue, dans un tel cas, de livrer les suspects aux autorités du pays d'arrivée. Les Grecs vont alors les renvoyer à la masse de migrants qui utilisent de faux documents pour demander l'asile en Europe. Jugés quelques semaines plus tard, ils sont condamnés à une peine avec sursis et invités à quitter la Grèce sous un mois.

Ce qu'ils font volontiers, après avoir reçu de l'argent de leur commanditaire en Syrie. Ils traversent alors les Balkans, et arrivent le 14 novembre, le lendemain des attentats, en Autriche. D'après leur témoignage, ils ont reçu l'instruction de rester sur place et, le 4 décembre, ils finissent par demander l'asile. Depuis un hangar reconverti en centre d'accueil, Haddadi et Usman entrent en contact avec des personnes dans toute l'Europe, parmi lesquelles des migrants nouvellement arrivés, et d'autres liés aux milieux criminels.

Pendant ce temps, les investigations sur les attentats du 13 novembre progressent et se tournent notamment vers les migrants, alors qu'un passeport syrien a été retrouvé près du corps d'un kamikaze du Stade de France. Les enquêteurs étudient la liste des personnes arrivées le même jour que les kamikazes, et Haddadi et Usman, qui ont utilisé de faux passeports, sortent du lot. Le 10 décembre, les services de renseignement français transmettent leurs photos à la police autrichienne, qui localise les deux hommes en moins de 4 heures. Une équipe d'intervention est envoyée sur place et interpelle les terroristes.

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