Attentat déjoué à Villejuif : Sid Ahmed Ghlam a-t-il pu téléphoner en prison ?

Attentat déjoué à Villejuif : Sid Ahmed Ghlam a-t-il pu téléphoner en prison ?
Une photo de Sid Ahmed Ghlam obtenue le 8 décembre 2015 et prise le 20 avril de la même année.

Orange avec AFP, publié le samedi 30 avril 2016 à 10h15

Selon le Figaro, le terroriste présumé Sid Ahmed Ghlam aurait communiqué par téléphone avec l'extérieur pendant les six premiers mois de sa détention. "Un scandale" pour le député Les Républicains Thierry Solère.

La sécurité dans les prisons est-elle exemplaire ? Visiblement non selon Le Figaro.

Le quotidien affirme en effet que Sid Ahmed Ghlam, soupçonné d'avoir planifié un attentat contre une église de Villejuif en avril 2015 et d'avoir tué Aurélie Châtelain, aurait passé des milliers de coups de téléphone à l'extérieur durant les six premiers de détention alors qu'il était placé à l'isolement à la prison de Fresnes. Des appels interrompus le 13 novembre 2015, jour des attentats qui ont fait 130 morts à Paris et Saint-Denis et revendiqués par Daech. La puce électronique a été retrouvée une semaine après, le 20 novembre, lors d'une fouille. Selon France Info, une enquête préliminaire a été depuis ouverte à Créteil.

Le jeune homme de 25 ans est-il lié aux attentats de Paris ? Selon Le Figaro, une seconde puce aurait également été retrouvée, ainsi que des documents sur papier "retraçant des organigrammes et les pedigrees d'individus partis pour la Syrie" et plusieurs noms impliqués dans les attentats du 13 novembre".

"L'existence de cette enquête n'a pas à être mise en lien avec les attentats du 13 novembre", a déclaré à l'AFP Me Matthieu de Vallois, l'avocat de Sid Ahmed Ghlam, à la suite des révélations du Figaro. "Rien ne permet d'affirmer que notre client aurait pu régulièrement échanger par téléphone dans sa cellule, alors qu'il faisait l'objet d'une surveillance accrue de la part de l'administration pénitentiaire", a toutefois précisé le conseil.

Selon une source proche du dossier, Sid Ahmed Ghlam a été transféré de Fresnes à Beauvais fin mars, "peut-être pour l'éloigner des complicités dont il aurait pu bénéficier a Fresnes". Ces éléments sur la puce n'ont pas été versés au dossier d'instruction Ghlam, selon cette même source.


- "Un scandale" -

Pour le député Les Républicains Thierry Solère, la présence d'un téléphone dans la cellule d'un terroriste présumé est "un scandale parce que l'État, sa mission numéro un, c'est d'assurer la sécurité des Français". "On ne peut pas assurer la sécurité des français, lutter efficacement contre le terrorisme si on permet à nos détenus, même ceux qui sont à l'isolement, même ceux qui sont condamnés pour des actes de terrorisme, d'être dans leurs cellules, tranquillement, avec un téléphone portable, en contact avec des organisations terroristes" s'indigne l'élu des Hauts-de-Seine ce samedi 30 avril sur Europe 1.



Thierry Solère, qui réclame au gouvernement un "audit précis de toutes les défaillances de la chaîne de sécurité dans notre pays", déplore que l'exécutif n'ait pas encore fait installer des brouilleurs dans les prisons. "Que l'État finisse par comprendre qu'il est là pour s'occuper de sa mission régalienne, personne d'autre n'est là pour assurer la sécurité publique dans le pays ! Si l'Etat ne le fait pas, personne ne le fera à sa place..."

- Multiples versions -

Arrêté le 19 avril 2015 après avoir lui-même appelé les secours après s'être tiré une balle dans la jambe, Sid Ahmed Ghlam est rapidement suspecté par les policiers qui le trouvent dans une rue du XIIIe arrondissement de Paris. Et pour cause : dans sa voiture et sa chambre, ils découvrent quatre kalachnikovs, deux armes de poing, des gilets pare-balles. L'analyse de son matériel informatique montre que le Franco-algérien, signalé pour ses velléités de départ en Syrie, projetait d'attaquer une église à Villejuif, dans le Val-de-Marne, trois mois après les attentats de Charlie Hebdo, Montrouge et de l'Hyper Cacher. Le plan a capoté mais il a fait une victime collatérale : Aurélie Châtelain, 32 ans, est retrouvée morte sur le siège passager de sa voiture, tuée par balle, près d'un hôtel. Très vite, les enquêteurs exhument du matériel informatique de Ghlam des messages cryptés révélant des instructions pour "trouver une bonne église avec du monde" et l'ombre de possibles complices liés à la nébuleuse d'islamo-délinquants, selon une source proche du dossier.

Sid Ahmed Ghlam, 24 ans, affirme avoir été missionné depuis les zones turco-syriennes pour commettre un attentat après deux voyages en Turquie, fin 2014 et début 2015, mais il nie le meurtre et a multiplié les versions. Dans l'une d'elles, il se présente comme un jeune naïf, "une chair à canon" sous l'emprise d'un membre du groupe État islamique, Abou Moutana, non identifié. Et charge un mystérieux complice, Abou Hamza, d'avoir volé la voiture d'Aurélie Châtelain et de l'avoir tuée accidentellement alors qu'ils devaient se rendre dans une église, mais seulement pour "tirer en l'air", selon une source proche du dossier. Puis il a affirmé que ce complice était Samy Amimour, l'un des kamikazes du Bataclan qu'il aurait reconnu à la télévision après le 13 novembre. Mais la thèse d'un deuxième homme, évoquée par un témoin, est jugée "inenvisageable" par une source proche de l'enquête.

Un an après, les enquêteurs cherchent toujours à identifier son ou ses commanditaires. Ils s'interrogent notamment sur le rôle joué par Fabien Clain, le vétéran du jihadisme français qui a enregistré la revendication audio des attentats de novembre. Pour l'avocat de la famille Châtelain, "les enquêtes doivent être croisées, des liens existent entre les protagonistes et les dossiers".

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