Attentat de Saint-Étienne-du-Rouvray : la préfecture de police de Paris dément avoir falsifié des documents pour couvrir ses ratés

Attentat de Saint-Étienne-du-Rouvray : la préfecture de police de Paris dément avoir falsifié des documents pour couvrir ses ratés

Des policiers et pompiers devant l'église de Saint-Étienne-du-Rouvray (Seine-Maritime), le 26 juillet 2016, après l'assassinat du père Jacques Hamel par Adel Kermiche et Abdel Malik Petitjean.

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Orange avec AFP, publié le vendredi 05 janvier 2018 à 15h07

DÉCRYPTAGE. Selon une enquête de Mediapart, la Direction du renseignement de la préfecture de police (DRPP) de Paris aurait eu connaissance de menaces proférées par l'un des deux assassins du père Jacques Hamel le 26 juillet 2016 plusieurs jours avant le drame. Mais un manque de coordination entre services de renseignement et l'absence de personnel, en raison des vacances d'été, auraient empêché l'exploitation de ces éléments. Pire, toujours selon le site d'investigation, la DRPP aurait ensuite falsifié des documents afin de cacher qu'elle aurait eu le temps d'agir. Des accusations que la préfecture rejette en bloc. 

Une vaste enquête de Mediapart publiée jeudi 4 janvier affirme que la DRPP avait Adel Kermiche, 19 ans, l'un des deux auteurs de l'attentat de Saint-Étienne-du-Rouvray (Seine-Maritime), dans le viseur plusieurs jours avant l'assassinat du père Hamel, 85 ans, égorgé alors qu'il célébrait une messe. 

Le 21 juillet 2016, cinq jours avant l'attaque, un brigagier du groupe informatique et procès (GIP) de la DRPP tombe, sur le réseau social Telegram, sur la chaîne "Haqq-Wad-Dalil" (La vérité et la preuve, traduit Mediapart). Non cryptée, celle-ci est accessible à tous. L'administrateur du compte, qui a pour pseudonyme @Jayyed, a choisi comme photo de profil le portrait d'Abou Bakr al-Baghdadi, calife autoproclamé de l'organisation jihadiste État islamique (EI), y fait l'éloge de l'EI et appelle ses "frères" à agir en France. Disert sur ses convictions et ses intentions, il publie notamment une photo de lui le visage découvert. Mediapart indique qu'il livre de nombreux indices qui pourrait permettre de l'identifier : il explique porter un bracelet électronique depuis sa sortie de prison, après avoir purgé une peine pour avoir tenté de rejoindre la Syrie, donne des détails sur son périple avorté, sur ses codétenus. "Il invite même ses abonnés rouennais à venir assister aux cours qu'il dispense les lundis, mardis et jeudis dans une mosquée 'à Saint-Étienne-du-Rouvray'", explique le site. 

"Tu vas dans une église (...) et tu déglingues tout le monde"

Plus inquiétant : dans un message audio de 7 minutes et 20 secondes, il expose son projet d'attaquer des églises en France. "Avec un couteau, se vante-t-il, 'il pourrait faire un carnage en tranchant deux ou trois têtes'", raconte Mediapart. "Au cours de son monologue, Kermiche insiste : l'important lors d'une attaque n'est pas forcément le nombre de morts, mais davantage le symbole visé. Il insiste à propos des lieux de culte, cible idéale selon lui. 'Tu vas dans une église où il y a du polythéisme et tu déglingues tout le monde, je ne sais pas moi ! Tu fais ce qu'il y a à faire et voilà !', cite le site. Enfin, il conclut de façon très explicite à l'encontre des aspirants djihadistes : 'Au jour d'aujourd'hui, les gens qui sont en France, je vous conseille de taper. Voilà ! Je le dis clairement : tapez !'". 

Derrière ces messages, se cache Adel Kermiche, 19 ans, un jeune Normand connu pour sa dérive radicale. En mars et mai 2015, il a tenté de se rendre en Syrie. Interpellé en Turquie, il a purgé une peine de dix mois à Fleury-Mérogis (Essonne), où, selon Mediapart, il côtoie des jihadistes chevronnés. Il est remis en liberté en mars 2016, sous contrôle judiciaire, et porte un bracelet électronique. 

L'information est restée coincée

Le policier qui a repéré son activité suspecte sur Telegram ignore encore son identité. Il remplit alors une fiche "Gesterext", pour Gestion du terrorisme et des extrémismes à potentialité violente, le fichier de renseignement de la DRPP. Mais, @Jayyed ayant été localisé dans la banlieue de Rouen, son suivi n'est pas du ressort de la DRPP, qui s'occupe de Paris et la petite couronne, mais de la Direction générale de la Sécurité intérieure (DGSI). L'agent met donc en route le processus pour transmettre sa note à la DGSI, à la compétence nationale. 

Seulement, la fiche se perd dans les rouages de l'administration, selon Mediapart. Le policier "doit transmettre sa note blanche destinée à être corrigée et validée par quatre échelons hiérarchiques (...) qui doivent décider de la suite à donner", explique le site. "Ils veulent contrôler tout ce qu'on produit mais ne nous font pas confiance, ni même entre eux. Cela crée un goulet d'étranglement, des notes restent en souffrance", confie à Mediapart un ex-employé du service. "L'information reste coincée, confirme un autre policier. Parce que ce qu'on écrit est classé secret défense, il y a trop de contrôle, trop de lecture, trop de chefs qui souhaitent corriger les notes, apporter leur grain de sel, se donner l'impression d'y conférer leur valeur ajoutée. Ils retiennent les notes parce qu'une virgule est mal placée... On privilégie la satisfaction du supérieur N+1, on oublie le caractère opérationnel de la note", déplore le fonctionnaire. En outre, les faits se produisent en plein été et quatre des cinq gradés de la DRPP sont en vacances. 

Kermiche avertit qu'il prépare un "projet" "exceptionnel"

Pendant que les renseignements stagnent, Kermiche publie des messages de plus en plus inquiétants sur sa chaîne. Le 25 juillet, veille de l'attaque, à 14h45, il avertit ses abonnés qu'il prépare un "projet" "exceptionnel" et "surprenant", et les appelle à prier pour lui. 

"Deux heures plus tard, Adel Kermiche publie sur l'application de partage d'images Snapchat une photo qui le montre 'en tenue de camouflée', selon l'expression d'un de ses amis, en compagnie d'un inconnu. Cet individu, on le découvrira plus tard, s'appelle Abdel-Malik Petitjean", explique Mediapart. Ce dernier, âgé de 19 ans également, est l'autre auteur de l'attentat. Ils sont entrés en contact sur internet, quelques jours plus tôt seulement. "Dans la foulée, les deux hommes à peine sortis de l'adolescence se présentent devant l'église de Saint-Étienne-du-Rouvray où ils trouvent portes closes. Ils remettent leur macabre projet au lendemain matin." 

Des documents trafiqués ?

Le 26 juillet, à 8h31, @Jayyed enjoint aux usagers de sa chaîne Telegram de  "télécharger ce qui va venir et partager le en masse !!!!!" (sic). Une heure après, durant une messe à l'église de Saint-Étienne-du-Rouvray, le père Hamel sera égorgé devant trois religieuses de 72 à 82 ans et un couple de paroissiens de 86 et 87 ans. Les deux terroristes seront tués dans l'assaut de la police, sur le parvis. 

Plus tard dans la journée, à la DRPP, on découvre que l'un des deux assaillants n'est autre que l'administrateur de la chaîne "Haqq-Wad-Dalil". Le policier qui le surveillait est alors convoqué par sa hiérarchie, affirme Mediapart. "Sous le contrôle d'un coordinateur, le cyberpatrouilleur écrase sa fiche Gester et sa note blanche. D'après le récit concordant effectué par plusieurs sources, il réécrit les documents en les postdatant au jour même afin de masquer l'énorme bévue de la DRPP", affirme le site. "On ordonne également (au policier) d'effacer son historique de navigation sur son moteur de recherches, histoire que personne n'aille vérifier de quand date sa découverte de la chaîne Telegram de Kermiche. 'Oui, nos supérieurs ont bien essayé d'effacer les traces et ils l'ont mal fait', confirme un agent" à Mediapart

La préfecture se défend de tout raté

Ce que dément formellement la préfecture de police de Paris, vendredi 5 janvier. Selon elle, la note datée du 22 juillet n'évoque "en aucun cas (...) l'imminence d'un passage à l'acte, et encore moins le ciblage d'un lieu précis". "Cette note, qui ne comportait pas de caractère d'urgence et s'inscrivait dans le travail de détection quotidien du service, a suivi le circuit habituel de validation", indique-t-elle dans un communiqué. Selon la préfecture, cette note identifiait simplement un individu donnant des cours à la mosquée de Saint-Étienne-du-Rouvray, appelant "sur les réseaux sociaux, 'les fidèles' à le rejoindre dans le but de former un groupe à vocation terroriste" et faisant part de "sa volonté de se rendre en Syrie pour rejoindre les rangs de Jabbat-Al-Nosra", un groupe terroriste jihadiste en Syrie affilié à al-Qaïda. 

Lorsque l'attentat a lieu le 26 juillet, "le rédacteur de la note a immédiatement fait le lien avec l'individu qu'il avait identifié", indique la préfecture. "Sans délai, la DRPP a informé oralement les services enquêteurs et a rédigé une nouvelle note datée du 26 juillet (...) Les deux documents originaux, enregistrés et traçables dans les serveurs de la DRPP, sont à disposition de toutes les autorités administratives et judiciaires", se défend-elle.  

Me Mehana Mouhou, avocat de deux victimes de l'attentat (le prêtre et le paroissien blessé), va "solliciter du juge d'instruction la déclassification totale des documents classés secret-défense afin que toutes les pièces soient versées au dossier". "La vérité est due aux victimes", estime-t-il. "Le but du renseignement est de prévenir le terrorisme mais pas de laisser filer et ensuite d'étouffer un raté gravissime". 

 
116 commentaires - Attentat de Saint-Étienne-du-Rouvray : la préfecture de police de Paris dément avoir falsifié des documents pour couvrir ses ratés
  • plus rien ne m'étonne de leur part ... ils font comme ça les arrange !

  • Et si le coupable était celui qui a égorgé le prêtre?
    De ce que j'ai vu, il n'y avait ni adresse, ni date, ni autre élément (à notre connaissance, nous, simples lecteurs) qui puisse prédire cette attaque macabre.

  • Bien que je défende avec vigueur nos forces de l'ordre, je n'exclus pas qu'il puisse y avoir des "ratés" et ne serais pas étonné qu'une magouille puisse être orchestrée pour sauver l'honneur de quelques hauts responsables ayant commis un imper.

  • Bien que je défende avec vigueur nos forces de l'ordre, je n'exclus pas qu'il puisse y avoir des "ratés" et ne serais pas étonné qu'une magouille puisse être orchestrée pour sauver l'honneur de quelques hauts responsables ayant commis un imper.

  • Tu vas dans une église (...) et tu déglingues tout le monde"
    Ces animaux consanguins sont complètement décérébrés.
    J'ai grandi parmi eux, dans un quartier du Havre, du CP à la 1ere, DESCARTE, puis Claude MONET;
    Ca date de 20 ans, ils étaient déjà complètement tarés à l'époque, ils pendaient les chats par la queue et leurs mettais le feux,, tabassaient des SDF pour ensuque les brûler, le moindre incident les faisaient partir en vrille, j'en ai vu tabasser des père de famille pour un regard de travers.
    Aujourd'hui ils ont des bombes, ils font des bombes, voila, c'est le principale changement, je ne suis pas PSY mais peu être aurait il fallu prendre le problème à la base.

    "ils", mais qui exactement?

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