Attentat de Nice : retour sur 10 jours de polémique

Attentat de Nice : retour sur 10 jours de polémique
Bernard Cazeneuve à Nice dans la nuit du 14 au 15 juillet 2016.

publié le lundi 25 juillet 2016 à 14h37

- Le dispositif de sécurité était-il suffisant le soir du 14 juillet sur la Promenade des Anglais ? Le ministère de l'Intérieur a-t-il fait pression pour modifier le rapport de la policière chargée de la vidéosurveillance ? Depuis l'attentat qui a endeuillé Nice, le gouvernement et la ville de Nice s'écharpent. -

Jeudi soir 14 juillet, ils étaient quelque 30.000 à être venus sur la Promenade des Anglais pour admirer le feu d'artifice de Nice, quand soudain Lahouaiej Bouhlel a déboulé au volant de son camion, tuant 84 personnes et en blessant des centaines d'autres.

Un tel attentat aurait-il pu être évité ? Depuis le drame, Christian Estrosi et Bernard Cazeneuve se livrent une guerre sans merci sur le dispositif policier mis en place ce soir-là. Retour sur 10 jours de polémique :

• 15 juillet : les premières attaques de Christian Estrosi

L'ancien maire de Nice et actuel président de la région PACA n'a pas attendu longtemps avant de critiquer l'action gouvernementale. Contrairement aux attentats de janvier et novembre 2015, pas d'union nationale qui tienne cette fois. Au lendemain du drame, l'ancien maire de Nice et actuel président de la région PACA Christian Estrosi (Les Républicains) dénonçait dans Le Point "un mensonge d'État" à propos des effectifs présents la veille sur la Promenade des Anglais. Selon lui, les 64 policiers nationaux promis par le ministère de l'Intérieur pour assurer la sécurité d'un tel événement, en plus des 42 policiers municipaux et des 20 militaires, n'étaient pas présents. "Si tous les moyens avaient été pris, le drame n'aurait pas eu lieu", accuse de son côté Alain Juppé.

Aussitôt, Manuel Valls nie toute faille de sécurité. Le dispositif de sécurité pour le feu d'artifice du 14 juillet était "le même" que lors du carnaval de Nice et que celui de l'EURO 2016 qui s'est en partie déroulé dans la ville de la Côte d'Azur, assure le Premier ministre.

• 16 juillet : Cazeneuve répond à Estrosi

Face aux accusations de l'élu de droite, Bernard Cazeneuve assure que "la police était très présente sur la Promenade des Anglais et est intervenue immédiatement après que le camion a franchi les obstacles pour mettre le plus rapidement possible fin à cette tuerie". Des explications qui ne convainquent pas le Front national, Marine Le Pen réclamant la démission du ministre de l'Intérieur après l'attentat de Nice, qui illustre selon elle "les carences gravissimes" de l'État depuis la vague d'attaques déclenchées en 2015.

• 17 juillet : Sarkozy s'en mêle

Au JT de TF1, Nicolas Sarkozy critique la politique sécuritaire du gouvernement. "Tout ce qui aurait dû être fait depuis 18 mois" et l'attentat de Charlie Hebdo en janvier 2015 "ne l'a pas été" estime le président du parti Les Républicains (LR). Dans la foulée, Bernard Cazeneuve et Manuel Valls publient un communiqué commun dans la soirée, assurant qu'"aucun gouvernement n'a fait autant jusqu'à présent pour lutter contre le terrorisme".

• 19 juillet : Valls recadre Estrosi

Dans les colonnes de Nice-Matin, le Premier ministre demande au président de la région PACA de "se reprendre", en jugeant "inacceptable" ses accusations quant au nombre de policiers nationaux présents à Nice le soir de l'attentat. "Notre patrie a été attaquée. Face à cela, notre devoir est de tout faire pour protéger notre pays et le niveau d'exigence de la parole publique. Se laisser aller aux divisions revient à servir le projet des terroristes et je ne leur ferai jamais ce cadeau", déclare Manuel Valls dans le quotidien régional.

• 20 juillet : les failles des barrages de sécurité

Alors que Christian Estrosi assurait que les 64 policiers nationaux n'étaient pas présents sur place, le Canard Enchaîné révèle, après avoir consulté une liste, qu'ils étaient entre 55 et 64 entre 19h et l'attentat. Outre cette question d'effectifs, le journal note que l'installation de plots en béton sur la Promenade des Anglais, comme ce fut le cas pendant l'EURO 2016, aurait pu stopper le camion. La mairie explique ne pas avoir reçu de consignes en ce sens de la part de la préfecture, pour ne pas entraver l'arrivée des secours en cas d'incident. Il a été choisi en contrepartie de stationner des véhicules de police en travers de la chaussée, et pas sur les trottoirs. Or Mohamed Lahouaiej Bouhlel a juste eu à contourner les obstacles pour faucher la foule sur le trottoir.

• 21 juillet : la Promenade pas sécurisée par la la police nationale ?

Une semaine après le drame, Libération assure "qu'un seul véhicule de police, celui des agents municipaux, se trouvait au milieu de la chaussée, côté mer", à l'endroit où l'artère devenait piétonne en ce soir de fête, peu avant que le camion arrive. Aucun membre de la police nationale n'est alors présent, toujours selon Libération, qui cite notamment un témoin. "Et pour cause, ceux-ci (les policiers nationaux, ndlr) ont été relevés aux alentours de 20h30 par leurs collègues municipaux. Il n'y a donc aucune voiture de police nationale susceptible de barrer la chaussée", poursuit le quotidien.

Le ministère de l'Intérieur réagit alors immédiatement. Dans un communiqué, Bernard Cazeneuve "s'indigne des contre-vérités" du journal. "Le dispositif mis en place le 14 juillet était, pour ce qui concerne la police nationale, conforme en tous points aux réunions préparatoires conduites entre la préfecture et la mairie". Il assure également que la police nationale sécurisait bien l'entrée de la "zone événementielle de la Prom'Party en tant que telle" en tenant un "point de contrôle et de protection" avec deux voitures "stationnées dans le sens longitudinal". "Six policiers nationaux" étaient présents à cet endroit et ont été "les premiers intervenants face au camion meurtrier", ajoute le ministre, qui "confirme donc que l'accès à la zone piétonne de la Prom'Party sur la Promenade des Anglais était sécurisé par une barrage de la police nationale".

Le préfet des Alpes-Maritimes Adolphe Colrat vole au secours du gouvernement et assure qu'à "aucun moment" il n'y a eu un "mensonge des autorités" sur le dispositif de sécurité mis en place. "Le point de contrôle à l'entrée de la Prom Party se situait bien au point (au niveau de la rue) Meyerbeer, tenu par six fonctionnaires de la police nationale. En amont au point (au niveau du boulevard) Gambetta, il y avait un point de déviation de la circulation et de contrôle visuel tenu à partir de 21h00 par la police municipale", détaille le préfet.

Face à la polémique, Bernard Cazeneuve décide finalement de saisir l'IGPN (Inspection générale de la police nationale), la police des polices, dans une "démarche de transparence".

• 22 juillet : Nice refuse d'effacer les images de vidéosurveillance

Selon Le Figaro, une réquisition judiciaire en date du 20 juillet a été envoyée en urgence au service municipal chargé de la vidéosurveillance, visant à faire disparaître les enregistrements pris "entre le 14 juillet 2016 22h30 et le 15 juillet 18h." Le document, émanant de la Sous-direction anti-terroriste (SDAT), prie le responsable du Centre du supervision urbain de Nice de "procéder à l'effacement complet des enregistrements de vidéosurveillance de l'ensemble des caméras desservant la Promenade des Anglais filmant pour la plupart d'entre-elles l'action terroriste commise le soir du 14 juillet".

Cependant, la ville de Nice refuse de se plier à la demande, selon son avocat, Me Philippe Blanchetier, cité Nice-Matin. La municipalité va même aller jusqu'à demander au procureur de la République de Nice la mise sous séquestre de ces images, "afin de ne pas hypothéquer les éventuelles autres procédures qui pourraient voir le jour au-delà de l'enquête antiterroriste en cours".

• 24 juillet : les accusations d'une policière municipale de Nice contre l'Intérieur

Dans un entretien au Journal du dimanche, Sandra Bertin, cheffe du Centre de supervision urbain de la ville, en charge de la vidéosurveillance, affirme avoir subi des pressions du ministère de l'Intérieur pour indiquer la présence des policiers nationaux dans le dispositif de sécurité alors qu'elle n'en a pas vus sur les vidéos. "J'ai été harcelée pendant une heure, on m'a ordonné de taper des positions spécifiques de la police nationale que je n'ai pas vues à l'écran. À tel point que j'ai dû physiquement renvoyer du CSU l'émissaire du ministère", explique à l'hebdomadaire la policière municipale. Elle affirme également que le membre du cabinet du ministère de l'Intérieur lui aurait demandé de transmettre une version "modifiable" de son rapport.

Des propos contestés par le ministre de l'Intérieur, Bernard Cazeneuve, qui a décidé de porter plainte en diffamation contre la policière municipale et a dénoncé "une campagne de vilenies".

• 25 juillet : le témoignage de la policière remis en cause

Soutenu par Christian Estrosi, le témoignage de la jeune femme est remis en cause dès le lendemain par plusieurs médias. Selon Europe 1 et Metronews, qui ont consulté le mail du rapport qu'elle aurait transmis aux autorités du ministère de l'Intérieur le 15 juillet à 17h35, l'interlocutrice aux exigences douteuses ne fait pas partie du cabinet de Bernard Cazeneuve. Il s'agit en réalité d'une commissaire de police travaillant à l'état-major de la Direction centrale de la sécurité publique (DCSP).

L'avocat de la policière a déposé dans la journée de lundi un signalement auprès du procureur de Nice. "Nous avons considéré que les faits, témoignages à l'appui, étaient visiblement constitués sur le plan d'infractions pénales pouvant entraîner des poursuites", a déclaré à la presse Me Adrien Verrier, à sa sortie du tribunal de Nice.

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