Attentat de Nice : le témoignage à charge de Sandra Bertin est-il basé sur une erreur ?

Attentat de Nice : le témoignage à charge de Sandra Bertin est-il basé sur une erreur ?
La policière municipale Sandra Bertin à Nice le 24 juillet 2016.

publié le lundi 25 juillet 2016 à 18h45

- Alors que la policière municipale de Nice assure avoir reçu des pressions du ministère de l'Intérieur pour modifier son rapport sur l'attentat du 14 juillet, plusieurs médias affirment que son contact était en réalité une commissaire et non un membre du cabinet de Bernard Cazeneuve. -

Son témoignage dans le Journal du Dimanche a été le point d'orgue de la guerre que se livrent la ville de Nice et le gouvernement après l'attentat qui a fait 84 morts le 14 juillet.

Cheffe du Centre de supervision urbain (CSU) de la ville, en charge de la vidéosurveillance, Sandra Bertin assurait le 24 juillet dans les colonnes du JDD avoir subi des pressions du ministère de l'Intérieur pour indiquer la présence des policiers nationaux dans le dispositif de sécurité, alors qu'elle n'en aurait pas vu sur les vidéos. "J'ai été harcelée pendant une heure, on m'a ordonné de taper des positions spécifiques de la police nationale que je n'ai pas vues à l'écran. À tel point que j'ai dû physiquement renvoyer du CSU l'émissaire du ministère", expliquait la policière municipale qui affirmait par ailleurs que le membre du cabinet du ministère de l'Intérieur lui aurait également demandé de transmettre une version "modifiable" du rapport.

Des propos contestés par le ministre de l'Intérieur, Bernard Cazeneuve, qui a décidé de porter plainte en diffamation contre la policière municipale et a dénoncé "une campagne de vilenies". Malgré cette menace, la policière a maintenu dimanche soir face caméras ses accusations. Il y a un commissaire de police qui s'est présenté dans mon bureau, m'expliquant être envoyé par le cabinet du ministère et avoir besoin d'éléments de réponse quant au visionnage des caméras", a-t-elle assuré. "Il me met en relation téléphonique avec une personne qui se présente elle aussi comme faisant partie du cabinet du ministre de l'Intérieur et qui décline son nom, son prénom et qui m'indique avoir besoin de précisions quant à l'événement", a-t-elle poursuivi. "Je connais la vérité. Je sais que jamais un membre de mon cabinet n'a été en contact avec Sandra Bertin", a insisté de son côté le locataire de la place Beauvau.



UN TÉMOIGNAGE REMIS EN CAUSE

Soutenu par Christian Estrosi, l'ancien maire de Nice et actuel président (Les Républicains) de la région Paca, le témoignage de la jeune femme est néanmoins remis en cause ce lundi 25 juillet par plusieurs médias. Selon Europe 1 et Metronews, qui ont consulté le mail du rapport qu'elle aurait transmis aux autorités du ministère de l'Intérieur le 15 juillet à 17h35, l'interlocutrice aux exigences douteuses ne fait pas partie du cabinet de Bernard Cazeneuve. Il s'agit en réalité d'une commissaire de police travaillant à l'état-major de la Direction centrale de la sécurité publique (DCSP).

Europe 1 précise que son rôle consiste à faire remonter les informations à la Direction générale de la police nationale (DGPN) et à la DCSP. Quant à la demande d'un rapport "modifiable", "ce n'est pas pour falsifier quoi que ce soit, explique la direction de la police, c'est simplement pour pouvoir faire du copier-coller, et reprendre tels quel des éléments transmis par la police municipale dans la note d'information de la sécurité publique", détaille la station de radio. Par ailleurs, le rapport, un document interne à la police qui n'a aucune incidence sur la procédure judiciaire, propose une description minutée de l'attentat de la Promenade des Anglais et ne renseigne pas vraiment sur le dispositif de sécurité mis en place.

Au Monde, le directeur central de la sécurité publique Pascal Lalle confirme : "Mon état-major a sollicité le CSU pour avoir une chronologie des faits. Nous sommes purement dans une démarche administrative qui émane de l'état-major de la DCSP via la direction départementale de la sécurité publique des Alpes-Maritimes, laquelle a délégué auprès du CSU un commissaire de police de Nice". Le quotidien corrobore par ailleurs les informations d'Europe 1 et de Metronews sur l'identité de l'interlocutrice. L'avocat de la policière municipale, Me Adrien Verrier, persiste néanmoins : "Ce qui est sûr, c'est que cette personne s'est présentée comme travaillant au cabinet du ministre".

L'avocat a par ailleurs déposé lundi dans la journée un signalement auprès du procureur de Nice. "Nous avons considéré que les faits, témoignages à l'appui, étaient visiblement constitués sur le plan d'infractions pénales pouvant entraîner des poursuites", a-t-il déclaré à la presse à sa sortie du tribunal de Nice.

DES DOUTES SUR SA NEUTRALITÉ

Le témoignage à charge de Sandra Bertin est-il basé sur une erreur ? Une fois l'identité du fonctionnaire dévoilée, ses accusations pourraient prendre une autre tournure. Plusieurs médias pointent par ailleurs ce lundi matin le soutien affiché de la policière sur les réseaux sociaux vis-à-vis de Christian Estrosi.

Sur des comptes Facebook et Twitter au nom de Sandra Terdeil (son nom de jeune fille avec lequel elle travaille à la mairie de Nice), elle a par exemple relayé une pétition de Christian Estrosi pour renforcer les pouvoirs des polices municipales. Ses comptes, qui ont été fermés durant la nuit de dimanche à lundi, comme le révèle Le Parisien, contenaient également des messages nettement plus polémiques en référence à l'action gouvernementale. Un post remettait en cause la politique en matière d'accueil des réfugiés (qualifiée de "pseudo politique socialo"), un autre sur la politique de la ministre de l'Éducation nationale Najat Vallaud-Belkacem, "dont le bras droit" serait "Monsieur Bibi - Grand voyant Medium".

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