Attentat de Nice : le mois d'après

Attentat de Nice : le mois d'après
Une femme postée devant un mémorial en hommage aux victimes de Nice, le 19 juillet 2016.

, publié le dimanche 14 août 2016 à 11h57

- Un mois après l'attaque qui a causé la mort d'au moins 85 personnes, le point sur l'enquête et les victimes. -

Il y a tout juste un mois, un terroriste de 31 ans fauchait sur plusieurs centaines de mètres des centaines de personnes venues assister au traditionnel feu d'artifices du 14-Juillet, avant d'être abattu par la police.

Aujourd'hui, victimes, témoins et habitants pansent leurs plaies alors que l'enquête se poursuit.

• Les victimes

L'attentat du 14-Juillet a fait au moins 85 morts, depuis le décès il y a dix jours d'un père de famille jusque-là hospitalisé, et 434 blessés physiques dont 28 sont toujours hospitalisés. Sans compter les centaines voire les milliers de personnes présentes ce soir-là sur la Promenade des Anglais et, depuis, traumatisées. "L'attentat de Nice change la donne puisque c'est la première attaque de masse en milieu ouvert avec des milliers de personnes présentes. Plusieurs cas de stress post-traumatique ont été relevés parmi les rescapés qui ont vécu la panique et vu des corps très abîmés", relève dans Le Parisien Stéphane Gicquel, le secrétaire général de la Fédération nationale des victimes d'attentats et d'accidents collectifs (Fenvac). "Ce préjudice doit être réparé." Car au-delà de la dimension psychique, l'enjeu de la définition du statut de victime a un impact direct sur l'indemnisation financière.

C'est le Fonds de garantie des victimes des actes de terrorisme et d'autres infractions (FGTI) qui est chargé d'indemniser les victimes. L'organisme se repose sur l'autorité judiciaire pour définir la liste des bénéficiaires. Après chaque attentat, le parquet dresse plusieurs listes de victimes. Une pour les décès, une pour les blessés physiques et une pour les blessés psychiques. Mais là-encore, l'attaque de Nice bouleverse les habitudes. "Il y a un principe de réalité. Avec une scène de crime en extérieur et des centaines de personnes concernées, il est impossible de consacrer tous nos moyens à les recenser", explique au Parisien un membre du parquet de Paris qui n'établira pas de liste pour les personnes traumatisées. C'est donc au FGTI que reviendra la tâche de recenser les blessés psychiques indemnisables.

Des victimes et des proches de victimes de l'attentat de Nice ont, par ailleurs, créé une association d'entraide, "Promenade des Anges : 14 juillet", a annoncé vendredi 12 août la Fenvac. "Le chemin à parcourir par chacune des victimes, pour pouvoir vivre avec ce drame, est long et semé de multiples difficultés. Se réunir ainsi au sein d'une association va les aider, non seulement à défendre leurs droits, mais également à combattre pour la vérité et contre l'oubli", a déclaré Stéphane Gicquel.



• L'enquête

Depuis l'ouverture de l'enquête par le parquet anti-terroriste, six personnes ont été mises en examen. Quatre hommes, âgés de 21 à 40 ans, et une femme de 42 ans, inconnus des services de renseignement, ont été mis en examen le 21 juillet et placés en détention provisoire. Le sixième, Hamdi Z., un homme de 36 ans, a été mis en examen et écroué le 1er août. Ce dernier suspect, mis en examen pour association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste criminelle, était en relation avec le terroriste Mohamed Lahouaiej Bouhlel "depuis au moins un an", selon une source proche de l'enquête. Il apparaît également dans un selfie pris quelques jours avant l'attentat par le tueur devant le camion lancé sur la foule le soir de la fête nationale.

Chokri C., Mohamed Oualid G. et Ramzi A. sont, eux, poursuivis pour complicité d'assassinats en bande organisée en relation avec une entreprise terroriste. L'enquête a mis en lumière leur présence au côté du tueur dans les jours ayant précédé le carnage, et a révélé que Lahouaiej Bouhlel avait envoyé des SMS à Ramzi A. juste avant la tuerie. Ramzi A. est aussi mis en examen pour infractions à la législation sur les armes en relation avec une entreprise terroriste, avec un couple d'Albanais, Artan H. et Enkeledja Z, soupçonnés d'avoir fourni le pistolet avec lequel Lahouaiej Bouhlel a tiré sur des policiers avant d'être abattu.

• Les hommages

La France récompensera les mérites de ceux, policiers et civils, qui sont intervenus pour secourir et sécuriser les victimes, a affirmé le président François Hollande dans un courrier au député Éric Ciotti, diffusé vendredi 12 août. "J'ai demandé que me soient adressées dans les meilleurs délais les listes de ceux, fonctionnaires ou simples citoyens, qui sont intervenus pour sécuriser ou secourir le soir du 14 juillet à Nice, de sorte à pouvoir récompenser leurs mérites et leur courage", écrit le chef de l'État dans cette lettre rendue publique par les services de l'élu (LR) des Alpes-Maritimes. "La nation leur marquera sa reconnaissance au travers des différentes distinctions créées pour cela", précise le président.

Contrairement aux attentats du 13 novembre, aucune cérémonie d'hommage nationale n'a été pour l'instant organisée. Le chef de l'État y serait pourtant favorable, selon Le Parisien. François Hollande aurait ainsi laissé la porte ouverte à l'organisation d'un tel événement, à condition de trouver une formule qui puisse rassembler tous les participants.

• Les conséquences économiques

Depuis l'attentat, la Côte d'Azur fait face à la baisse de la fréquentation touristique. Avec 12 millions de visiteurs l'an dernier, le tourisme représente dans la région un chiffre d'affaires annuel de 5 milliards d'euros, 75.000 emplois directs et autant d'emplois indirects. À Nice, le taux d'occupation dans les hôtels a chuté de 20,5% en moyenne, comparé à la même période (14 juillet - 10 août) l'an dernier, selon les chiffres obtenus par France Info. Si la chute a été particulièrement importante la dernière quinzaine de juillet, la situation semble toutefois se stabiliser sur les dix premiers jours d'août. Giselda Fennochio, gérante depuis 37 ans d'un glacier constate, par exemple, une baisse de 25% de son chiffre d'affaires. "Les gens ont peur... Je ne sais pas...", explique-t-elle à France Info. "Chaque année, je ferme à deux heures du matin. Là, je ferme à peine à minuit et demie..."

En réaction, le comité régional du tourisme (CRT) de la Côte d'Azur a présenté vendredi un plan de relance du tourisme d'un million d'euros destiné à "relancer la destination azuréenne", selon David Lisnard, maire LR de Cannes et président du CRT.



Un site Internet, "cotedazur-now.com", a été ainsi ouvert. Présenté sous la forme d'un "mur social", il reprendra en direct tous les "posts" sur la Côte d'Azur partagés dans le monde sur tous les réseaux sociaux. Des affiches et un spot télévisé viendront faire la promotion de ce dispositif collaboratif.

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