Attentat de l'Hyper Cacher : "Parfois, la blessure ressort"

Attentat de l'Hyper Cacher : "Parfois, la blessure ressort"
Quatre personnes ont été tuées le 9 janvier 2015 dans l'Hyper Cacher de la Porte de Vincennes à Paris.

Orange avec AFP, publié le samedi 06 janvier 2018 à 17h55

TÉMOIGNAGE - 9 janvier 2015. Le terroriste Amédy Coulibaly assassine quatre personnes dans un Hyper Cacher situé Porte de Vincennes à Paris.

Trois ans après les faits, l'un des 16 clients survivants et pris en otage dans le supermarché ce jour-là a décidé de témoigner pour la première fois au micro d'Europe 1.

Il s'agit de "Monsieur Jo". Ce retraité, aujourd'hui âgé de 70 ans, assure aller "bien". "Je ne dis pas très bien, mais bien", explique-t-il à la radio. "Au début, je ne voulais pas voir de psy, je ne voulais pas prendre de médicaments. On se croit toujours fort". Son médecin généraliste lui a cependant conseillé d'aller voir un psy car il "commençai(t) à être un peu nerveux à la maison".

"PARFOIS, LA BLESSURE RESSORT"

"C'est là que j'ai commencé à prendre un traitement", poursuit "Monsieur Jo". Son sommeil est encore perturbé et les séances chez le psy sont encore nécessaires. "Il me dit 'Vous vous sentez comment ? Je lui dis '80% de bien'. Parfois, la blessure ressort".



A-t-il peur ? "Ce n'est pas vraiment une peur ou une angoisse mais ma femme ne veut pas en entendre parler", confie-t-il. Il n'est jamais retourné sur le lieu du drame même s'il continue de faire ses courses dans d'autres supermarchés cacher. "Quand je vais là-bas, j'y pense sans y penser. Mais quand je commence à faire mes courses, ça passe un peu", explique-t-il.

Les traumatismes restent profonds. L'enfermement l'angoisse : "C'est vrai que les premiers temps, lorsque j'allais dans un restaurant ou un café, je choisissais mes places. Je me mettais au fond du restaurant, face à l'entrée et pas en terrasse. Aujourd'hui, c'est un peu passé. Mais j'ai toujours ce petit fil conducteur, je ne peux pas le rayer".

"LES BRUITS DE CHANTIER, ÇA ME RAPPELLE UN PEU LES KALACHNIKOVS"

L'homme confie ne plus jamais prendre le métro, même s'il n'aime pas rester chez lui. "C'est vrai que je n'ai pas essayé dans un premier temps car je ne roule qu'en voiture. Mais si je prenais le métro aux heures d'affluence, je ne serai peut-être pas aussi angoissé que ma femme, mais je sens que je ressentirais la peur".

Autres angoisses : le silence, "car durant la prise d'otages, il n'y avait aucun bruit ou presque", ou encore les bruits de la ville : "Les bruits de chantier, ça me rappelle un peu les kalachnikovs, les mitraillettes, les rafales". Pour lutter, il exprime le besoin de "parler beaucoup" ou de chanter. La musique lui sert d'exutoire, explique la radio. Il n'a jamais eu l'intention de faire son alyah (partir vivre en Isräl, ndlr), mais il n'exclut pas de finir ses jours dans l'état hébreu.



Au moins 13 hommes sont poursuivis dans l'enquête sur les attentats de janvier 2015 (Charlie Hebdo, Montrouge, Hyper Cacher). Ils sont soupçonnés à des degrés divers d'avoir apporté une aide logistique à Amédy Coulibaly. Mais trois ans après les attaques, les enquêteurs n'ont pas réussi à établir comment s'étaient coordonnés les frères Kouachi et Amédy Coulibaly, ni où et comment ces premiers se sont procurés leur arsenal.

Dimanche, le ministre de l'Intérieur, Gérard Collomb, devrait participer à une commémoration Porte de Vincennes. Un rassemblement est également organisé place de la République à l'appel du Mouvement pour la paix et contre le terrorisme. Le conseil représentatif des institutions juives de France (Crif) a pour sa part appelé à un rassemblement mardi porte de Vincennes, en hommage au victimes de l'Hyper Cacher.

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