Attentat à Nice de 2016 : des victimes s'estiment "menées en bateau" par la justice

Attentat à Nice de 2016 : des victimes s'estiment "menées en bateau" par la justice
Un hommage à l'attentat de Nice, qui s'est produit le 14 juillet 2016 sur la promenade des Anglais.

publié le lundi 02 novembre 2020 à 19h07

Promenade des Anges, l'association des victimes de l'attentat du 14 juillet 2016 à Nice, a publié un communiqué sur son compte Facebook déplorant le troisième report d'une audience promise en février dernier.

Des victimes de l'attentat du 14 juillet 2016 à Nice ont déploré le "sentiment d'être méprisés", par la voix de l'association Promenade des Anges. Celle-ci a regretté dans un message posté sur Facebook le 28 octobre que l'enquête sur les mesures de sécurité pour protéger la foule piétine plus de quatre ans après le drame.



Après l'annulation d'un rendez-vous avec les magistrats instructeurs, l'association a fait part de son désarroi sur le réseau social.

"Cette audition nous a été promise dès février 2020, quand nous nous insurgions de nous voir refuser l'accès au dossier (légitime pour les parties civiles). Si nous sommes conscients des difficultés créées par le contexte sanitaire, ce troisième report nous donne tout de même le sentiment d'être menés en bateau.", ont critiqué les victimes.

"Nous, victimes de l'attentat de Nice, avons le sentiment d'être méprisés par la Justice. Et à l'égard des victimes étrangères, nous éprouvons un sentiment de honte vis-à-vis de la Justice de notre pays", a poursuivi l'association.

86 morts

Le 14 juillet 2016, environ 30.000 personnes étaient massées sur la Promenade des Anglais pour admirer le feu d'artifice. Un individu a foncé dans la foule avec un camion de location de 19 tonnes. "86 morts, 450 blessés, 30 000 personnes ciblées, 11 repérages du camion...", a rappelé Promenade des Anges.

Ouverte pour "mise en danger de la vie d'autrui", l'enquête sur le dispositif de sécurité mis en place ce soir-là a été élargie à la qualification d'"homicide et blessures involontaires", davantage susceptible de déboucher sur un procès.

Début 2020, la justice a refusé aux parties civiles tout accès direct au dossier, invoquant notamment "le caractère exceptionnel des faits, la personnalité des témoins assistés et le contexte électoral" avant les municipales.

Zones ouvertes ou fermées, effectifs des forces de l'ordre sur le terrain ce soir-là, absence de blocs de béton pour bloquer les véhicules... Les juges ont décortiqué les réunions préparatoires pour vérifier qui avait décidé quoi entre la préfecture et la mairie, pointant un "sentiment de flou" et demandant en 2019 aux responsables de s'expliquer.

Une enquête qui semble traîner

Réélu en juin, Christian Estrosi, le maire LR de Nice, a ainsi été entendu comme témoin assisté, comme l'ancien préfet des Alpes-Maritimes Adolphe Colrat et son ancien directeur de cabinet François-Xavier Lauch, aujourd'hui directeur adjoint du cabinet du ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin.

L'enquête semble depuis trainer, mis à part une expertise versée au dossier en juin 2020 pour savoir si des plots en béton sur la chaussée et sur le trottoir auraient pu immobiliser le poids-lourd, le ralentir ou dévier sa course.

Selon une source proche du dossier, ce rapport conclut, après un essai, qu'une rangée de séparateurs en béton d'une tonne percutée à 40 km/h rend le camion incontrôlable et "son parcours aléatoire".

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