Attaques dans l'Aude : "L'assaillant était fiché S depuis 2014" (François Molins)

Attaques dans l'Aude : "L'assaillant était fiché S depuis 2014" (François Molins)
Le procureur de la République de Paris, François Molins, en septembre 2017.
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Orange avec AFP, publié le vendredi 23 mars 2018 à 22h20

VIDÉO. Le procureur de la République de Paris, François Molins, a confirmé que le "terroriste islamiste" ayant tué 3 personnes ce vendredi 23 mars à Carcassonne et Trèbes (Aude) s'était dit "prêt à mourir pour la Syrie" avant d'être abattu par le GIGN.

"Il était fiché S depuis 2014" mais "aucun signe précurseur ne pouvait laisser présager un passage à l'acte", selon le procureur.

L'assaillant Radouane L., né au Maroc il y a 25 ans et habitant à Carcassonne, s'est dit "prêt à mourir pour la Syrie" lors son entrée dans un supermarché de Trèbes. "Il a sollicité la libération de frères (d'armes) avant de tirer sur un client et un employé du magasin qui, tous deux, sont décédés sur place", a expliqué François Molins lors d'une conférence de presse tenue dans la soirée.



Parmi ces "frères", il a - selon une source proche du dossier interrogée par l'AFP - cité celui de Salah Abdeslam, seul membre encore en vie des attentats du 13 novembre 2015, actuellement emprisonné à Paris. Selon le procureur, Radouane L. avait fait l'objet d'un suivi des services de renseignements et été fiché "S" à l'été 2014 pour ses liens "avec la mouvance salafiste".

L'homme était également "connu de la justice pour des faits de droit commun", a-t-il précisé. En mai 2011, il avait été condamné à "une peine d'un mois d'emprisonnement avec sursis pour une infraction de port d'arme prohibé" et avait été condamné à nouveau en mars 2015 pour "usage de stupéfiants et refus d'obtempérer" à une peine d'un mois d'emprisonnement exécutée en août 2016. À sa sortie, il n'a pas montré de signes de radicalisation "pouvant laisser présager un passage à l'acte", a précisé François Molins. Sa surveillance a alors été arrêtée.



Sa conjointe placée en garde à vue

Une enquête a été ouverte par le parquet antiterroriste pour "assassinats en relation avec une entreprise terroriste" et "tentatives d'assassinat sur personnes dépositaires de l'autorité publique en relation avec une entreprise terroriste", a ajouté le procureur.

Une proche de l'assaillant a également été placée en garde à vue pour "association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste criminelle", a annoncé le procureur. Cette personne est une "proche qui partageait (la) vie" de l'assaillant. La perquisition a eu lieu dans la cité Ozanam de Carcassonne, à quelques centaines de mètres du centre historique de la ville.

"Nous pensions qu'il n'y avait pas de radicalisation"

Un peu plus tôt dans l'après-midi, le ministre de l'Intérieur, Gérard Collomb, avait expliqué que Redouane L. avait agi "seul". "Il était connu pour des faits de petite délinquance et nous l'avions suivi et nous pensions qu'il n'y avait pas de radicalisation, mais il est passé à l'acte brusquement", avait-il précisé sur place.

"Notre pays a subi aujourd'hui une attaque terroriste islamiste. Un individu a tué trois personnes et en a blessé 16 autres, dont au moins deux sont dans un état grave", a lui précisé Emmanuel Macron lors d'un point de presse à l'issue d'un "point de situation" place Beauvau, à Paris.

Macron réclame des "réponses"

Le chef de l'État a souhaité que l'enquête apporte "des réponses à un certain nombre de questions importantes : quand et comment (l'auteur de l'attaque) s'est-il radicalisé ? Où s'est-il procuré cette arme ?". "Tous les moyens nécessaires à l'obtention de ces réponses seront mobilisés", a-t-il assuré, avant d'exprimer sa "détermination absolue et la détermination du Premier ministre et de tout le gouvernement pour mener" la lutte contre le terrorisme. "J'invite chacune et chacun à être conscient de la gravité de la menace terroriste mais à être également conscient de la force et de la résistance que notre peuple a démontrées chaque fois qu'il a été attaqué", a-t-il conclu.



Le meurtrier présumé a mené ses attaques en trois temps : il a d'abord "volé une voiture à Carcassonne, tuant un passager et blessant gravement le conducteur". Puis un peu plus loin, il a tiré sur un CRS qui rentrait d'un footing avec plusieurs collègues près d'une caserne. Le CRS a été légèrement blessé à l'épaule. Quelques minutes plus tard, vers 11h15, le "terroriste" est entré dans un supermarché Super U de Trèbes où il "a tué deux autres personnes", un employé et un client.

Alors que les autres otages avaient réussi à prendre la fuite, il a ensuite retenu une femme. Un lieutenant-colonel de gendarmerie dépêché sur les lieux s'est alors proposé pour prendre la place de celle-ci. Vers 14h30, il a été "gravement blessé" par balles par l'assaillant, ce qui a déclenché l'assaut du GIGN, a précisé Gérard Collomb, en saluant l'"héroïsme" du gendarme. Un autre militaire de l'antenne GIGN de Toulouse a également été blessé par balles à la jambe lors de l'assaut.

"Si le profil d'étranger fiché pour radicalisation se confirme, ceux qui ont refusé la proposition des députés FN d'expulser immédiatement les étrangers fichés S porteront une responsabilité politique dans ce drame", a réagi sur Twitter la présidente du Front national, Marine Le Pen, après avoir écrit que "toutes (ses) pensées" allaient aux "victimes et à leurs familles".

Il s'agit des premières attaques de ce type en France depuis celle, le 1er octobre dernier, qui avait fait deux morts à la gare Saint-Charles de Marseille. Parmi les trois personnes tuées figure un Portugais, a indiqué Lisbonne.

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