Attaque du Thalys : "On était acculés comme dans une souricière", se souvient Jean-Hugues Anglade

Attaque du Thalys : "On était acculés comme dans une souricière", se souvient Jean-Hugues Anglade
Jean-Hugues Anglade, le 26 février 2016 aux César, à Paris.

, publié le mardi 24 novembre 2020 à 12h00

L'acteur français se trouvait dans le Thalys Amsterdam-Paris le 21 août 2015. Il a une nouvelle fois fustigé l'attitude du personnel de bord, qui s'était enfermé dans un fourgon. 

Le procès de l'attaque déjouée du train Thalys, pilotée par le coordinateur des attentats du 13-Novembre, s'est ouvert la semaine dernière à Paris.

L'acteur Jean-Hugues Anglade, qui se trouvait dans le train ce 21 août 2015, a témoigné lundi 23 novembre devant la Cour d'assises spéciale. L'interprète de 37°2 le matin,  qui rentrait de week-end avec sa compagne et ses enfants de 13 et 14 ans, était dans le wagon voisin de celui où est monté Ayoub El Khazzani, muni d'une kalachnikov et de près de 300 munitions. 




Le comédien écoute de la musique lorsque survient l'attaque, rapporte Le Parisien. Tout d'abord il ne comprends pas ce qu'il se passe. Un contrôleur et deux hôtesses de restauration passent en courant et se ruent dans le "fourgon", un local qui se verrouille de l'intérieur, situé à l'avant de la voiture. "Ma première pensée a été de me dire qu'il aurait tout de même été très déplacé que des gens se permettent de jouer au jeu du chat et de la souris pendant leurs heures de service. J'ai donc compris qu'il se passait quelque chose de grave...", raconte à la barre M. Anglade, habillé de noir, lunettes sur le nez.

Puis "une femme a déboulé dans notre voiture en criant 'he's shooting people, he's shooting people', il tire", poursuit-il. "Nous avons alors tenté de nous mettre à l'abri dans le fourgon comme venaient de le faire les employés du Thalys. Nous avons cogné à la porte en expliquant que nous n'étions pas des terroristes. Nous voulions surtout mettre les enfants à l'abri. Mais nous n'avons eu aucune réponse", déplore-t-il. "On est restés là, seuls, abandonnés, impuissants. D'où mon mécontentement. On était acculés comme dans une souricière". 

L'acteur de 65 ans avait vivement critiqué le personnel du Thalys dans les médias après l'attaque. "J'ai été très choqué par cette volonté de ne laisser entrer personne, insiste-t-il devant la Cour d'assises. C'est pour cela que je voulais marquer le coup en me portant partie civile". Le contrôleur, qui s'était enfermé dans le fourgon avec les hôtesses et quelques passagers, s'est expliqué à la barre jeudi. "On pensait que c'était le carnage. J'étais plus moi-même, j'étais comme un animal qui cherche à fuir son prédateur", avait-il témoigné.

Jean-Hugues Anglade, légèrement blessé à la main en brisant une vitre protégeant un bouton d'alarme, a rencontré à l'hôpital Spencer Stone, le soldat de l'armée de l'air américaine qui a évité un probable massacre dans le train et se jetant sur le tireur, ensuite maîtrisé avec l'aide d'autres passagers. "J'ai pu faire une photo avec lui à l'hôpital. Cette photo, je l'ai fait encadrer et quand on se demande à la maison si ça va ou si ça ne va pas, je regarde cette photo et je dis à mes fils : 'Au contraire, tout va très bien. Cet homme nous a probablement sauvé la vie'. Nous lui écrivons parfois pour le remercier", explique-t-il. 

L'ex-militaire américain hospitalisé ne témoignera pas

Arrivé à Paris mercredi pour témoigner devant la cour d'assises spéciale, ce dernier est finalement reparti sans avoir été entendu, après avoir été hospitalisé pour un malaise dès son atterrissage à Roissy. "Il n'est pas en état de parler normalement", a indiqué en début d'audience son avocat Thibault de Montbrial, assurant ne pas savoir de quoi il souffrait. "On m'oppose le secret médical", mais son état a été "préoccupant pendant deux jours", a-t-il dit.

"Nous n'avons pas eu un semblant de certificat médical" justifiant d'être privés d'un témoin "essentiel", s'est indignée l'avocate d'Ayoub El Khazzani, Sarah Mauger-Poliak. "Il ne se serait pas donné tant de mal s'il ne voulait pas déposer. Il a fait avion-réa-hôpital-avion", a répondu Me de Montbrial, assurant que Spencer Stone pourrait témoigner plus tard par visioconférence. 

Le verdict est attendu le 17 décembre.

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