Attaque de Rambouillet: trois personnes en garde à vue, un assaillant au profil encore flou

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Des membres de la police judiciaire arrivent au commissariat de Rambouillet où une fonctionnaire de police a été tuée, le 23 avril 2021
Des membres de la police judiciaire arrivent au commissariat de Rambouillet où une fonctionnaire de police a été tuée, le 23 avril 2021
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© AFP, Bertrand GUAY

publié le samedi 24 avril 2021 à 11h07

Les premières gardes à vue dans l'entourage de l'auteur de l'attaque de Rambouillet près de Paris, qui se poursuivaient samedi matin, doivent aider les enquêteurs à dessiner le profil de ce Tunisien inconnu de la police et du renseignement, qui a tué vendredi à coups de couteau une fonctionnaire de police.

Le France, endeuillée à l'automne par trois attentats jihadistes en quelques semaines, a renoué vendredi avec le "terrorisme islamiste" auquel le président Emmanuel Macron a rappelé ne vouloir "rien céder".

"C'est la République qui est attaquée, c'est l'Etat qui est défié, et  nous ne nous laisserons pas faire", a déclaré samedi le Premier ministre français Jean Castex qui s'était rendu la veille sur les lieux de l'attaque. Il conduira dans la journée à Paris une réunion avec les services et ministres concernés sur "les suites qu'il convient de donner" à l'attentat.

Jamel G., 36 ans, a tué de deux coups de couteau une policière non armée de 49 ans, Stéphanie M., dans le sas d'entrée du commissariat de Rambouillet, selon les premiers éléments de l'enquête.

Le père du meurtrier, abattu juste après les faits par un policier, et deux autres personnes qui l'ont hébergé, l'une récemment à Thiais en banlieue parisienne et l'autre lors de son arrivée en France en 2009, ont été placés en garde à vue vendredi soir, a indiqué une source proche du dossier. Les auditions se poursuivaient samedi matin, selon une source judiciaire.

Deux perquisitions ont également été menées vendredi soir, l'une chez le logeur de Thiais, l'autre au domicile du père à Rambouillet où avait déménagé Jamel G., selon la source proche du dossier.

Arrivé en France en situation irrégulière, ce chauffeur-livreur était titulaire depuis décembre d'une carte de séjour valable un an, selon le parquet national antiterroriste (Pnat), qui s'est saisi de l'enquête quelques heures après les faits.


Les enquêteurs vont désormais tenter de mieux cerner le profil de l'assaillant et son mode opératoire, déjà dessinés par de premiers éléments.

L'homme aurait effectué un "repérage", accréditant la préméditation, avant de s'en prendre à la victime, selon le procureur antiterroriste Jean-François Ricard. 

Des témoins ont par ailleurs rapporté que l'assaillant aurait crié "Allah Akbar", selon une source proche de l'enquête.

- "Héroïne du quotidien" -

Les trois gardes à vue ainsi que les documents et matériels saisis lors des perquisitions devraient permettre de faire progresser encore l'enquête.

L'analyse de ces éléments pourrait éclairer les motivations de Jamel G., son parcours en France depuis son départ de Tunisie, comment il a préparé son acte, si des personnes l'ont aidé ou encouragé dans son projet ainsi que ses éventuels contacts noués en ligne avec des membres de la sphère jihadiste.

Les prochains jours seront aussi ceux des hommages à Stéphanie M., mère de deux filles de 13 et 18 ans, agente administrative du secrétariat au commissariat, depuis 28 ans "à Rambouillet", selon une source policière.

Le commissariat est situé dans un quartier résidentiel cossu de cette ville "tranquille, quasi provinciale", a souligné la maire Véronique Matillon.


Ce drame survient dans une région marquée par l'assassinat à Magnanville, non loin de Rambouillet, d'un couple de fonctionnaires de police, tués à coups de couteau en juin 2016 dans leur pavillon par un homme se revendiquant de l'organisation Etat islamique (EI).

Le 16 octobre 2020, c'est dans la même région qu'un professeur de collège, Samuel Paty, a été décapité par un jeune homme de 18 ans originaire de la république russe de Tchétchénie. 

Depuis 2015, une vague d'attentats jihadistes a fait plus de 260 morts en France.

Plusieurs de ces attaques ont été perpétrées à l'arme blanche et en ciblant les forces de l'ordre, conformément aux mots d'ordre récurrents du groupe EI.

La dernière attaque meurtrière contre les forces de l'ordre en France remonte au 3 octobre 2019, quand, dans l'enceinte de la préfecture de police de Paris, un employé avait poignardé à mort trois policiers et un agent administratif avant d'être tué.

Le pays, dont le plan de vigilance Vigipirate avait été rétrogradé début mars au niveau intermédiaire "risque attentat", vit toujours sous une menace jihadiste très élevée depuis 2015.

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