Attaque de Marseille : Laura et Mauranne, deux cousines tuées à 20 ans

Attaque de Marseille : Laura et Mauranne, deux cousines tuées à 20 ans
Des proches de Mauranne s'étreignent à Éguilles (Bouches-du-Rhône), le 2 octobre 2017.

Orange avec AFP, publié le mardi 03 octobre 2017 à 18h30

PORTRAITS. Mauranne Harel, 20 ans, était étudiante en médecine à Marseille.

Sa cousine, Laura Paumier, 21 ans, étudiante infirmière à Lyon, était venue passer le week-end avec elle. Elles ont été poignardées à mort dimanche 1er octobre, sur le parvis de la gare Saint-Charles, par Ahmed Hanachi, un Tunisien de 29 ans, qui les a attaquées en criant "Allah Akbar".

Sur Facebook, Laura s'affichait souriante, aux côtés de sa cousine. La photo illustre désormais le post publié par le petit ami de Mauranne pour leur rendre hommage.

"C'est un choc, un traumatisme", confie au Parisien Robert Dagorne, maire du village d'Éguilles (Bouches-du-Rhône), d'où était originaire Mauranne. "J'ai rendu visite à sa mère ce matin (lundi, ndlr). C'est impossible de décrire la détresse dans laquelle elle se trouve. L'assassin n'a pas seulement ôté deux vies, il a aussi brisé deux familles."



La jeune étudiante en médecine est décrite par ses proches comme douée, généreuse et enjouée. Elle avait trois soeurs, précise le Parisien. La petite ville d'Éguilles lui a rendu hommage lundi. Environ 200 à 300 personnes de tous âges sont venues observer une minute de silence, devant l'ancien château où est installée la mairie. Sous un soleil rasant, devant un panorama plongeant sur la plaine d'Aix-en-Provence, le maire a fait sonner à 18h00 "la sirène de l'alerte et de la détresse". À l'écart de la foule, dans un coin du parking de la mairie de ce village de Provence où elle a grandi, les parents et les membres de la famille de Mauranne, en larmes, formaient un groupe compact.

DEUX FAMILLE "PLONGÉES DANS L'ENFER"

"Un odieux barbare, une personne sans foi ni loi a enlevé la vie à deux jeunes filles et a plongé leurs familles dans l'enfer", a déclaré Robert Dagorne, ceint de son écharpe tricolore. Mauranne retournait de temps à autre à Éguilles : elle avait travaillé au centre aéré et voulait y proposer du tutorat pour ceux qui tentaient des études de médecine.

Son portrait, celui d'une jeune femme au visage généreux, brune aux cheveux fins, radieuse devant un champ de coquelicots ensoleillé, trônait sur un chevalet, près du livre de condoléancesrempli par des dizaines d'habitants. Après une minute de silence, rythmée par le glas de l'église, attenante à la mairie, la foule a entonné une Marseillaise.

MINUTE DE SILENCE À LA FAC DE MÉDECINE À MARSEILLE

"C'était une jeune fille vraiment très très intelligente", a témoigné après la cérémonie un jeune homme en chemise, un ancien camarade de lycée. "Elle n'aurait pas dû se trouver là à ce moment-là". Autour de lui, les amis de Mauranne, en habits sombres, pleuraient. Certains la connaissaient depuis l'école. Beaucoup d'autres ont simplement voulu exprimer leur solidarité, comme Julien, 43 ans : "Je suis chamboulé, je voulais m'opposer à cet acte de barbarie". Certains habitants ont laissé exploser leur colère : "Il faut que ça cesse ! Il faut qu'on se défende ! On va se laisser trucider encore combien de temps comme ça ?", a lancé une femme.

La même émotion était palpable à l'Université de médecine de la Timone, à Marseille, dont Mauranne était une brillante étudiante de 3e année. "Elle était vraiment très forte, primante, c'est-à-dire qu'elle avait réussi son concours du premier coup, ce qui est assez rare, se souvient Justine, l'une de ses 367 camarades de promotion, pour le Parisien. Elle avait l'image de quelqu'un de très discret et de sérieux." Les étudiants en médecine de la Timone ont observé une minute de silence, mardi après-midi, pour lui rendre hommage.



"TOUS CHOQUÉS ET AFFECTÉS"

"C'était une étudiante "calme et réservée, très impliquée dans la vie associative", souligne le président de l'Université Aix-Marseille, Yvon Berland. Ses résultats étaient particulièrement brillants : réussite du premier coup du très sélectif concours de première année, moyenne de 15/20 la deuxième. "Il y a un grand émoi de la part des étudiants. C'est terrible ce qui arrive, confie Yvon Berland au Parisien. Au-delà de l'enquête, ce qui nous importe, c'est de témoigner à la famille, aux proches de cette étudiante, notre soutien et notre affection."

"On est tous choqués et très affectés", confirme Anthony Mezouard, président de l'association des étudiants, décrivant une "fille plutôt réservée, sérieuse et de bonne humeur".



"REPOSE EN PAIX MON AMOUR"

Sur Facebook lundi soir, le petit ami de Mauranne a affiché sa tristesse : "Repose en paix mon amour, tu as été la femme qui a illuminé ma vie. Je t'aime pour toujours et à jamais. Je pense également à Laura et à toute sa famille, courage pour cette épreuve difficile".

Laura avait elle aussi choisi une filière médicale. La jeune fille faisait des études pour devenir infirmière car elle aimait s'occuper des autres, raconte le Parisien. Elle était en 2e année à l'école Rockefeller de Lyon.



POUR LES GAMINS, LAURA ÉTAIT UN MODÈLE"

Elle était par ailleurs investie dans le mouvement scout, à Rillieux-la-Pape (Rhône) et en Ardèche, précise le Parisien. "C'est quelqu'un qui avait décidé de s'engager pour les autres, résume Hervé Grimaud, responsable des scouts et guides de France des Portes de la Dombes pour le quotidien. C'est formidable et assez rare chez quelqu'un de son âge, qui poursuivait de plus des études assez prenantes."

Il précise que Laura s'occupait avec patience d'enfants des groupes de 8,9 et 10 ans, et des 11, 12 et 13 ans. "On est dans la ZUP ici, pas dans les beaux quartiers, et les gamins, qui venaient de toutes religions, n'étaient pas toujours faciles. Mais avec Laura, ça se passait toujours bien. C'était vraiment quelqu'un de très bien", salue-t-il. "Je ne sais pas comment vont réagir les gamins (à la disparition de la jeune guide, ndlr). Pour eux, Laura était un modèle, ils l'adoraient."

Laura vivait à Rillieux-la-Pape, avec son frère Kévin et son père Fabrice, employé de la Poste à Vaulx-en-Velin, selon le Parisien. Dans le quartier du Loup-Pendu, ses voisins sont très choqués. "Je la voyais partir tous les matins, toujours souriante, polie", salue dans le quotidien Abdelkader Bennat. "J'étais au lycée avec Kévin, le frère aîné de Laura. Pour moi, c'était toujours la petite soeur. Une fille serviable, super sympa", se souvient un proche. La jeune fille faisait du baby-sitting ou travaillait au McDonald's.

MINUTE DE SILENCE À L'ASSEMBLÉE

Ce mardi, à 18h30, à Rillieux-la-Pape, le maire Alexandre Vincendet devait faire respecter une minute de silence, suivie d'une courte allocution. Des fleurs ont été déposées par des habitants devant le pavillon de la famille, depuis lundi, et tous les drapeaux de la commune ont été mis en berne jusqu'à mercredi. "C'était une jeune fille brillante et qui avait des valeurs, confie le maire au Parisien. Les gens veulent savoir si c'est bien elle, si c'est bien la Laura qui était en classe ou aux scouts avec leurs enfants. Ils n'arrivent pas à y croire." Les camarades de promotion de Laura étaient également invités à se recueillir.

Les députés ont observé une minute de silence en mémoire des deux jeunes filles et des victimes de la fusillade de Las Vegas, mardi. "Dimanche à Marseille, deux de nos compatriotes (...) sont tombées sous les coups d'un lâche assassin. Je tiens à assurer à leur famille que la représentation nationale partage leur douleur, comme elle n'oublie pas celle toujours présente des proches des victimes d'acte de terrorisme perpétués dans notre pays", a déclaré le président de l'Assemblée, François de Rugy, à l'ouverture de la séance - alors que les députés votaient mardi le projet de loi antiterroriste.

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