Attaque au couteau à la préfecture de police de Paris : comment l'assaillant a-t-il pu être habilité "secret défense" ?

Attaque au couteau à la préfecture de police de Paris : comment l'assaillant a-t-il pu être habilité "secret défense" ?
La préfecture de police de paris a été la cible d'une attaque au couteau jeudi 3 octobre.

, publié le samedi 05 octobre 2019 à 10h29

Vendredi, le parquet antiterroriste s'est saisi de l'enquête sur l'attaque au couteau à la préfecture de police de Paris perpétré par Mickaël H., technicien informaticien à la Direction du renseignement de la préfecture de police de Paris et habilité "secret défense". 

La police attaquée de l'intérieur. Mickaël H., qui occupait depuis 2003 un poste de technicien informatique à la Direction du renseignement de la préfecture de police de Paris (DRPP), "était habilité au secret défense" et était "en règle avec les obligations inhérentes à ce type d'habilitation", a assuré vendredi 4 octobre le préfet de police Didier Lallement.

Avant d'intégrer la DRPP, l'auteur de l'attaque au couteau jeudi à la préfecture de police de Paris s'est soumis à un "criblage" de sa vie privée censé garantir la probité requise pour avoir accès à des données sensibles. 

"Secret défense" ? Cette habilitation permet l'accès "aux informations et supports dont la divulgation est de nature à nuire gravement à la défense nationale", explique sur son site le Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale (SGDSN).

Comment s'obtient l'habilitation "secret défense" ? 

Cette habilitation, accordée par la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) pour les agents relevant du ministère de l'Intérieur, s'obtient après un scrupuleux passage au tamis de la vie du candidat. Le futur agent doit d'abord remplir un dossier avec notamment "toute une série d'informations sur son parcours, les pays qu'il a visités, mais aussi sur ses parents, ses frères et sœurs, ses cousins, ses oncles", énumère Eric Dénécé, directeur du Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R).




De son côté, la DGSI consulte son casier judiciaire, scrute ses activités politiques, liste les sociétés dont il est mandataire et le nombre de ses comptes en banque, vérifie ses diplômes et adresses, voire mène une enquête de voisinage, incluant les employeurs, développe le chercheur. Les services peuvent également demander les "factures téléphoniques détaillées", exploiter ses "recherches électroniques" ou éplucher "la liste de ses amis sur les réseaux sociaux", selon Éric Dénécé. L'intrusion dans la vie privée peut même aller, selon la confidentialité du poste, jusqu'à "une mise sous surveillance" ou des "filatures", ajoute-t-il. 



Une radicalisation possible entre deux renouvellements d'habilitation ? 

L'enquête, aussi poussée soit-elle, n'est pas infaillible, notamment durant la période qui s'écoule entre deux renouvellements d'habilitation, d'une durée variable selon les missions et le niveau de classification de l'agent. "Si l'individu a une vie dissimulée, qu'il se soit converti à l'islam (comme c'est le cas de Michael H., ndlr) ou devenu membre d'une structure clandestine d'extrême gauche, ça ne sera pas détecté", convient Eric Dénécé.

Ainsi selon des sources proches de l'enquête, des éléments attestant d'une radicalisation ont été retrouvés dans le téléphone portable de l'assaillant. Certaines de ses fréquentations "appartenant à la mouvance salafiste", intriguent également les enquêteurs, selon des sources concordantes. L'ensemble de ces éléments ont conduit le parquet antiterroriste à se saisir de l'enquête vendredi.

"Une immense faille" pour les syndicats de police

Le syndicat Unité SGP Police FO a d'ailleurs dénoncé vendredi sur Franceinfo une "faille immense". 



"On s'aperçoit qu'on a eu une faille immense dans le système, une faille criminelle, terroriste. Et aujourd'hui, la question à se poser c'est comment cela a-t-il pu arriver ? On va attendre de voir un peu plus loin dans l'enquête, mais aujourd'hui ça crée un climat encore plus anxiogène. On savait que la menace était particulièrement palpable depuis 2015, mais à l'intérieur on ne pensait pas que ça puisse nous arriver, même s'il y avait quelques cas de radicalisation signalés", a ainsi déclaré Yves Lefebvre, secrétaire général du syndicat Unité SGP Police FO. 

"Un certain nombre de policiers sont connus pour être radicalisés et font l'objet d'un suivi administratif. Ce suivi est-il efficace et quelles mesures doivent être prise au regard de cette situation pour éviter tout nouveau drame ? Les autorités ont le devoir et la responsabilité d'éviter qu'un nouveau bain de sang se produise", a de son côté estimé le syndicat Alternative Police dans un communiqué samedi. 
 

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