Assurance chômage : le gouvernement ne veut pas "toucher à la philosophie" de la réforme

Assurance chômage : le gouvernement ne veut pas "toucher à la philosophie" de la réforme
Un panneau indiquant une agence Pôle emploi.

, publié le mercredi 30 septembre 2020 à 22h25

Lors d'une première réunion avec les partenaires sociaux, l'exécutif a indiqué qu'il était prêt à "bouger" certains "paramètres" de la réforme. 

Faut-il s'attendre à une reprise des manifestations contre la réforme de l'assurance chômage ? Une première réunion s'est tenue mercredi entre les partenaires sociaux et l'exécutif afin de discuter certains points de la réforme, réforme qui a été suspendue jusqu'au 1er janvier 2021 par Jean Castex mais dont une partie était d'ores et déjà entrée en vigueur en novembre 2019. Devant l'ampleur de la crise provoquée par le coronavirus, l'exécutif s'est dit prêt à "bouger" certains "paramètres" de la réforme, toujours rejetée par les syndicats, mais en gardant sa "philosophie". 



"Ils ne veulent pas toucher à la philosophie de la réforme mais sont prêts à bouger certains curseurs pour l'atténuer", a résumé Eric Courpotin (CFTC). "On n'a pas eu vraiment des propositions, il y aura des bilatérales et une nouvelle multilatérale fin octobre", avec des scénarios plus précis en terme d'impact sur les gens, a précisé Michel Beaugas (FO). "On a compris qu'on resterait dans les cadres établis et qu'on modifierait les paramètres.

Aujourd'hui c'était un tour de table où chacun a rappelé ses lignes rouges", a souligné, côté patronal, Eric Chevée (CGPME).

Conçue à un moment de baisse du chômage et de difficultés de recrutements, la réforme prévoit notamment un durcissement de l'indemnisation, accusée de ne pas être assez incitative à la reprise d'emploi, et un "bonus-malus" sectoriel pour pénaliser les entreprises qui abusent des contrats courts. Si le ministère s'est dit prêt à adapter les points suspendus "à un contexte qui ne sera pas revenu à la normale à la fin de l'année", "il n'est pas question de revenir sur leur existence car ils ont été mis pour agir sur les comportements des demandeurs d'emploi et des entreprises", a-t-on insisté. "Le but du jeu est que les règles soient applicables au 1er janvier", a souligné le ministère, reconnaissant "ne pas chercher un accord" mais plutôt à réduire les désaccords.

Les syndicats contestent en particulier le durcissement de la durée d'affiliation pour ouvrir des droits (de 4 mois travaillés sur les 28 derniers à 6 mois sur les 24) et des conditions de rechargement lorsqu'on travaille pendant son chômage ; la dégressivité au bout de six mois pour les demandeurs d'emplois de moins de 57 ans ayant perdu un revenu supérieur à 4.500 euros brut ; et enfin le nouveau mode de calcul de l'indemnisation qui pénaliserait ceux, souvent précaires, qui alternent contrats courts et inactivité. A ce stade, le ministère "n'a pas voulu rentrer dans les détails" mais a esquissé des pistes, selon les syndicats, comme un plancher minimal d'allocation ou des aménagements pour les primo-entrants sur le marché du travail et les saisonniers.

Le patronat se mobilise lui sur un autre front, le bonus-malus censé s'appliquer en 2021 sur la cotisation d'assurance chômage payée par les entreprises dans sept secteurs grands consommateurs de contrats courts et d'intérim (hébergement-restauration, agroalimentaire, transports...). Selon Eric Chevée, l'exécutif a proposé de "différencier les métiers" au sein d'un secteur et a accepté de retravailler la période de référence, l'année 2020 étant hors normes, ce qui reviendra à décaler le bonus-malus d'un an.

La concertation a également porté sur la formation professionnelle, et notamment la reconversion des salariés touchés par la crise qui va faire l'objet d'un programme de travail pour rendre plus facile le passage d'un secteur à un autre, de l'aéronautique à l'énergie par exemple.

Même si la réforme sera chiffrée, la concertation laissera de côté la situation financière de l'assurance chômage, considérablement dégradée avec la prise en charge d'une partie du chômage partiel, la hausse des allocations et la baisse des recettes. Fin 2020, la dette devrait dépasser 60 milliards d'euros contre 39 milliards prévus initialement. Cette question sera traitée à la fin de l'année dans le cadre plus général du financement de la protection sociale.
 

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