Assassinat du policier Xavier Jugelé sur les Champs-Elysées : Nourredine Allam condamné à 10 ans de prison

Assassinat du policier Xavier Jugelé sur les Champs-Elysées : Nourredine Allam condamné à 10 ans de prison
Hommage au policier Xavier Jugelé, assassiné en avril 2017 sur les Champs-Elysées.

publié le jeudi 17 juin 2021 à 21h35

Il a été condamné pour avoir vendu l'arme avec laquelle Karim Cheurfi a tué le policier. 

Il était accusé d'avoir permis à l'assaillant Karim Cheurfi de "concrétiser son projet terroriste" en lui vendant le fusil d'assaut utilisé lors de l'attaque du 20 avril 2017 au cours de laquelle le policier Xavier Jugelé a été tué sur les Champs-Elysées. Nourredine Allam, 31 ans, a été condamné ce jeudi 17 juin à 10 ans de prison assortis d'une période de sûreté des deux-tiers par la cour d'assises spéciale de Paris, qui a écarté la qualification terroriste.

Le Parquet national antiterroriste (Pnat) avait requis 18 ans de prison à son encontre. 



Au bout d'un délibéré de plus de huit heures, les cinq magistrats professionnels dont le président Laurent Raviot ont estimé que le "simple fait de vendre une arme à un individu dangereux susceptible de tuer des policiers ne suffisait pas à caractériser la qualification terroriste", même si Nourredine Allam, condamné à 19 reprises entre 2004 et 2013, parfois à de la prison ferme, pour des délits de droit commun, avait "les moyens" de savoir que Karim Cheurfi, abattu par les tirs de ripostes des collègues de Xavier Jugelé, projetait de tuer des policiers. 

Selon l'accusation, le projet de Karim Cheurfi était connu dans son quartier de Chelles (Seine-et-Marne), où habitait aussi Nourredine Allam, d'autant que Karim Cheurfi avait été condamné en 2005 à 15 ans de prison pour tentative d'assassinats sur des policiers. La cour a également estimé que l'assassinat perpétré par Karim Cheurfi relevait d'un projet terroriste même si ce dernier "a pu apparaître comme un déséquilibré".

Nourredine Allam, qui a nié les accusations portées contre lui pendant les deux semaines du procès, était le seul à être poursuivi sous la qualification terroriste. Invité à prendre une dernière fois la parole jeudi matin, il a campé sur ses positions, expliquant qu'il "était impossible pour un père de deux enfants" de participer à une telle attaque. "Ce procès a été très difficile pour moi. J'ai été coupé au début (dans ses explications, le premier jour NDLR) : je n'ai pas dû dire les mots qu'il fallait, (j'ai) dû être maladroit. Je voudrais vraiment présenter mes condoléances à la famille du policier", a-t-il ajouté.

"Ce qui s'est passé est atroce, mais nous sommes contents que (Nourredine Allam) ait été acquitté d'association de malfaiteurs terroriste. La force d'un Etat démocratique est de faire la part des choses entre le respect de l'Etat de droit et le fait d'incriminer tout le monde sous le coup de la terreur", a déclaré Me Clarisse Serre, l'une de ses avocates. Selon elle, la cour d'assises spéciale a "fait du droit" et rendu "une décision rassurante". "Le Pnat est peut-être dans un processus de vouloir terroriser les affaires pour répondre à une inquiétude" avec la vague d'attaques terroristes qui touche la France depuis plusieurs années, a-t-elle ajouté.

Le Pnat a la possibilité de faire appel de ce verdict qui s'inscrit également dans un contexte d'attaques envers les policiers, parfois meurtrières, ces derniers mois.

Trois autres hommes comparaissaient aux côtés de Nourredine Allam. Yanis Aidouni et Mohamed Bouguerra ont été respectivement condamnés à six ans et cinq ans d'emprisonnement pour lui avoir vendu la kalachnikov. Ils ont certifié qu'ils n'étaient pas au courant que Nourredine Allam allait ensuite revendre le fusil d'assaut à Karim Cheurfi. Le ministère public avait requis une peine de huit ans de prison à leur encontre. Yanis Aidouni était poursuivi pour acquisition, détention et cession d'arme, Mohamed Bouguerra pour détention et cession. Ils ont certifié qu'ils n'étaient pas au courant que Nourredine Allam allait ensuite revendre le fusil d'assaut à Karim Cheurfi. Le dernier accusé, qui comparaissait libre pour avoir détenu la kalachnikov, a été acquitté.

Le 20 avril 2017, Karim Cheurfi avait tué Xavier Jugelé, qui se trouvait au volant d'un fourgon de police stationné en haut des Champs-Elysées, et blessé trois autres personnes, deux policiers et une touriste allemande. L'assassinat de Xavier Jugelé, à trois jours du premier tour de l'élection présidentielle, avait durci la fin de la campagne et replacé les débats sur la lutte antiterroriste sur le devant de la scène alors que la France avait subi en 2015 et 2016 une vague sans précédent d'attentats, d'autant que l'attentat avait ensuite été revendiqué par le groupe Etat islamique.
 

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