Assassinat de Samuel Paty : le point sur l'enquête, un an après

Assassinat de Samuel Paty : le point sur l'enquête, un an après
Le portrait de Samuel Paty sur la façade de la mairie de Conflans-Sainte-Honorine.

publié le vendredi 15 octobre 2021 à 08h24

Un après l'assassinat du professeur d'histoire-géographie, l'avocate de sa famille dénonce des failles au niveau du ministère de l'Intérieur.


Un an après l'assassinat sauvage de Samuel Paty, le 16 octobre en fin d'après-midi à côté de son collège à Conflans-Saint-Honorine, où en est l'enquête ? Qui savait ? Et exactement quoi ? Les juges antiterroristes tentent de mesurer l'étendue de la connaissance du projet d'Abdoullakh Anzorov par chacune des quinze personnes mises en examen. Le professeur a été poignardé par un jeune réfugié tchétchène radicalisé, tué peu de temps après par la police.




L'enquête a rapidement retracé les étapes de l'engrenage fatal.

Il se met en marche lorsqu'une collégienne rapporte à ses parents que Samuel Paty a montré des caricatures du prophète Mahomet lors d'un cours début octobre sur la laïcité. Elle l'accuse d'avoir demandé aux collégiens musulmans de se signaler.

Le faux témoignage d'une collégienne à l'origine de l'assassinat de Samuel Paty 

Sur la base du témoignage de sa fille, son père Brahim Chnina lance une virulente campagne sur les réseaux sociaux. Soutenu par un militant islamiste, Abdelhakim Sefrioui, il porte plainte contre l'enseignant pour diffusion d'image pornographique. Informé de leur campagne, Abdoullakh Anzorov, 18 ans, se rend le 16 octobre devant le collège. Il y rencontre des élèves qui, contre de l'argent, lui permettent d'identifier le professeur de 47 ans, qu'il tue avant d'être abattu. Dans un message audio en russe, il a revendiqué son geste en se félicitant d'avoir "vengé le prophète" à ses yeux insulté par Samuel Paty.

Quels soutiens matériels a reçu Abdoullakh Anzorov ? 

Au fil de leurs investigations, les policiers ont établi quatre cercles de suspects. D'abord celui des soutiens matériels d'Abdoullakh Anzorov. Deux de ses connaissances de sa ville d'Evreux, Naïm B. et Azim E., ont été mis en examen pour "complicité d'assassinat" terroriste pour l'avoir accompagné acheter un couteau et des pistolets à billes. Le second l'a en outre conduit d'Evreux jusqu'au collège. "C'est la complicité matérielle la plus évidente", note une partie civile. 

Des collégiens poursuivis pour complicité d'assassinat 

Deuxième cercle de complicité, les collégiens. Cinq d'entre eux, âgés de 13 à 15 ans lors des faits, sont soupçonnés d'avoir désigné le professeur à son meurtrier. Poursuivis pour "complicité d'assassinat" terroriste, ils ont été placés sous contrôle judiciaire. La fille de Brahim Chnina a, elle, été mise en examen pour "dénonciation calomnieuse". Elle a reconnu avoir menti sur sa présence au fameux cours sur la laïcité de Samuel Paty. "Sa part de responsabilité sera établie in fine au bout de l'instruction. C'est par elle que la fausse polémique arrive Elle est au cœur du démarrage de cet engrenage. Ella a donc une responsabilité", souligne Viriginie Leroy, avocate de la famille de Samuel Paty, invitée de Franceinfo vendredi 15 octobre. 

Ceux qui ont encouragé le terroriste

Autre série de suspects, ceux qui sont soupçonnés d'avoir encouragé Abdoullakh Anzorov dans ses projets d'attaque, même sans en connaître les détails précis. Un Russe d'origine tchétchène et un Français de 18 ans, ainsi qu'une adolescente de 17 ans, ont été mis en examen début novembre 2020. 




Fin juin, une femme de 33 ans interpellée à Nîmes a été mise en examen pour "association de malfaiteurs terroriste" et placée sous contrôle judiciaire. Elle est soupçonnée d'avoir été en contact avec l'assaillant avant l'attaque et, selon une source proche du dossier, de lui avoir transféré la vidéo de Brahim Chnina.

Quelles responsabilités pour Brahim Chnina et Abdelhakim Sefrioui ?

Un dernier groupe de complicités a concentré l'attention des médias. Parmi ces "influenceurs", Brahim Chnina est poursuivi pour les vidéos où il dénonce Samuel Paty et pour avoir eu des contacts avec le tueur. "Dans ce dossier, on ne fait plus du droit", regrette son avocat, Nabil El Ouchikli. "Une mise en examen pour complicité revient à consacrer l'aide par ignorance totale, en contradiction même avec le principe de la complicité qui est un acte volontaire". Les jugent reprochent à Abdelhakim Sefrioui une autre vidéo diffusée avant le drame. Son camp conteste qu'Abdoullakh Anzorov l'ait vue.

Une responsabilité du ministère de l'Intérieur ?




Cins jours avant son assassinat, Samuel Paty déclare à ses collègues être menacés par des islamistes. Des signes avant-coureurs ont-il été négligés ? "Abdelhakim Sefrioui est quand même très connu des services depuis plusieurs dizaines d'années. C'est un fiché S qui œuvre pour des idées très radicales sur l'islamisme radical. C'est celui qui depuis le début du dossier accompagne le père de famille au collège en menaçant de se répandre dans la presse, de faire des manifestations, de saisir l'administration, etc. Il demande une sanction contre Samuel Paty. (...) Le collège très vite fait l'objet de menaces. À l'époque, la principale prend pleinement conscience de la menace et elle soutient Samuel Paty", commente encore l'avocate de la famille pour Franceinfo. 

"Une enquête complexe"

Pour Virginie Leroy avocate de la famille de Samuel Paty, "si faille, il y a, c'est évidemment des services du ministère de l'Intérieur. Je le dis très clairement, il y a une plainte qui est déposée, des infos qui sont relayées à la préfecture de police, aux renseignements territoriaux. Le terroriste qui passe à l'acte, Anzarov, est signalé sur Pharos, la plateforme de signalement des réseaux sociaux. Il recherche activement sur Twitter, en source ouverte, des cibles et on arrive à ce drame. Et rien n'a été fait pour protéger Samuel Paty", a-t-elle déclaré. 

Elle n'attend de procès avant 2023-2024. "C'est une enquête complexe, il y a plusieurs groupes de mises en examen, plusieurs responsabilités très différentes. Les réseaux sociaux, les collégiens, les instigateurs et les complices purement logistiques également. Et tout ça, c'est très long."

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