Assassinat de Samuel Paty : la collégienne à l'origine de la polémique aurait menti

Assassinat de Samuel Paty : la collégienne à l'origine de la polémique aurait menti ©Panoramic (photo d'illustration)

, publié le dimanche 07 mars 2021 à 18h03

Le Parisien révèle, dimanche 7 mars, que Z. n'aurait pas assisté au cours sur les caricatures de Charlie Hebdo.

L'adolescente avait accusé Samuel Paty d'y avoir stigmatisé les élèves musulmans.  
 
Z. n'aurait finalement pas été présente durant le cours d'histoire polémique du 6 octobre 2020, au cours duquel Samuel Paty a montré une caricature du prophète Mahomet extraite du journal satirique Charlie Hebdo. C'est le journal Le Parisien qui révèle l'information, ce dimanche 7 mars. L'enseignant de Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines) avait été décapité dix jours plus tard. Selon les informations du quotidien, la collégienne de 13 ans à l'origine de la polémique, mise en examen le 25 novembre pour "dénonciation calomnieuse", aurait reconnu avoir été absente durant ce cours lors de sa garde à vue devant le juge antiterroriste. "Je n'étais pas là le jour des caricatures", aurait admis Z.


 
Des incohérences 
 
Dans la version qu'elle a d'abord avancée en déposant plainte, le 8 octobre 2020, elle soutenait que l'enseignant, souhaitant montrer une caricature du prophète Mahomet, avait demandé aux élèves musulmans de lever la main et de sortir de la classe. Elle se serait indignée de cette stigmatisation confessionnelle auprès du professeur, ce qui lui aurait valu une exclusion de deux jours. Ces déclarations avaient été relayées par son père sur les réseaux sociaux, et ont été le point de départ d'une polémique acculant Samuel Paty d'islamophobie, qui lui coûtera la vie.   
 
Au cours de l'enquête, Le Parisien explique que la sous-direction antiterroriste (SDAT) a toutefois recensé plusieurs témoignages des camarades de Z., qui affirmaient qu'elle n'était pas présente durant le cours du 6 octobre. D'autres ont assuré qu'aucun élève musulman n'avait été contraint de sortir de la salle. Placée en garde à vue à la SDAT le 23 novembre, la jeune fille aurait d'abord maintenu ses accusations, avant de finalement se rétracter durant son avant-dernière audition.  
 
Peur de décevoir son père  
 
Toujours selon Le Parisien, l'adolescente aurait en réalité été exclue de cours la veille, à cause de son absentéisme chronique. N'osant pas l'avouer à son père, et "complexée par la réussite scolaire de sa sœur jumelle", précise le quotidien, elle aurait préféré masquer la vérité. "J'ai menti sur un truc", a admis Z, avant de reconnaître n'avoir jamais vu les caricatures projetées par Samuel Paty, mais en avoir été informée par une camarade de classe le lendemain, le mercredi 7. Elle aurait expliqué ne pas vouloir décevoir son père, qui "est tout pour elle", auraient noté éducateurs et psychologues lors d'une enquête de personnalité. Elle souffrirait par ailleurs d'un sentiment d'infériorité par rapport à sa sœur jumelle. "Z. dit [...] se sentir en difficultés sur le plan scolaire contrairement à sa sœur jumelle qui aurait de très bons résultats. Elle voit en elle un modèle auquel s'identifier", ont ainsi noté ces derniers, toujours selon Le Parisien.  
 
Consciente de la gravité de son mensonge, Z. serait aujourd'hui prise de remords. "Si je n'avais pas dit ça à mon père, il n'y aurait pas eu tout ça et ça n'aurait pas pris cette ampleur", aurait-elle confié au juge anti-terroriste, assurant s'être "mise à pleurer" en apprenant la mort de son professeur.   
 
La famille temporise 
 
Si l'avocate de la famille de Samuel Paty, Me Virginie Le Roy, se dit "prudente" face à ses explications, qu'elle juge "trop légères, d'autant plus au regard des conséquences dramatiques que ce mensonge a provoquées", pour l'avocat de Z., hors de question "que l'on fasse porter la responsabilité de cette tragédie sur le mensonge d'une gamine de 13 ans". "C'est le comportement excessif du père qui enregistre et poste une vidéo incriminant le professeur qui conduit à cet engrenage. Ma cliente a menti mais même si cela avait été vrai, la réaction de son père aurait été tout autant disproportionnée", a ajouté Me Mbeko Tabula, interrogé par Le Parisien.  
 
Le père de famille, mis en examen pour "complicité d'assassinat terroriste", aurait par ailleurs lui aussi rétropédalé. En soutenant sa fille, il avait qualifié Samuel Paty de "malade" et offert de dévoiler son adresse à ceux qui ne sont "pas d'accord" avec son supposé comportement. Le 26 janvier dernier, il aurait finalement expliqué au juge d'instruction qu'il ne "cherchai(t) pas à faire du mal en faisant ce message-là" et n'aurait "pas pensé que mes messages allaient être lus par des terroristes". "Les caricatures, je m'en fiche", aurait-il également déclaré, toujours selon Le Parisien, expliquant avoir surtout été blessé par "les deux jours d'exclusion". "Je n'étais pas là par rapport à la discrimination ou la caricature. Ce n'était pas mon sujet. Je regrette sincèrement l'ampleur des dégâts", aurait affirmé ce dernier, regrettant de ne pas avoir "vérifié" les causes de l'exclusion.  

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